Hôpital : «Les surcoûts liés au Covid seront compensés», assure le président de la FHF

Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF), milite pour une remise à plat du système de santé, dont les dysfonctionnements ont été mis à jour par la pandémie actuelle.

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 Le Premier ministre, Jean Castex et le président de la Fédération hospitalière de France, Frédéric Valletoux, ont échangé vendredi.
Le Premier ministre, Jean Castex et le président de la Fédération hospitalière de France, Frédéric Valletoux, ont échangé vendredi. DR

Le maire « Agir » de Fontainebleau, Frédéric Valletoux, en est à son deuxième mandat à la tête de la puissante Fédération hospitalière de France. Convaincu, après la crise du Covid-19, qu'il faudra remettre à plat l'organisation du système de soins, il milite pour que l'on s'attaque à des questions taboues aujourd'hui, comme la différence de rémunérations entre médecins du public et du privé.

Vous avez rencontré le Premier ministre ce vendredi. Que retenez-vous de votre entretien ?

FRÉDÉRIC VALLETOUX. J'en ressors relativement satisfait. D'abord, il s'est engagé, une fois cette crise passée, à faire un vaste retour sur expérience afin de regarder ce qui fonctionne, ou non, à l'hôpital. Un exemple est celui de la régulation des dépenses de santé : nous mettons 11 % du PIB, soit 220 milliards d'euros par an, dans la santé. Nous n'avons pas besoin de plus d'argent mais de mieux le dépenser. Macron lui-même a dit en 2018 que 30 % des actes étaient redondants ou inutiles. Il faut mieux organiser l'hôpital, notamment pour dégager de l'argent, afin de mieux rémunérer les aides-soignantes, etc. L'hôpital, qui a prouvé qu'il était un bouclier sanitaire en ces temps de crise, devra être au cœur du débat de la présidentielle.

Qu'en est-il des surcoûts liés au Covid à l'hôpital ?

Notre crainte est que cette crise ne déstabilise encore plus financièrement les établissements. Là encore, je suis satisfait car Jean Castex a réaffirmé le principe du « quoi qu'il en coûte » : non seulement, les surcoûts directs (équipements, etc.) liés à l'épidémie seront compensés, mais dans un système financé par le paiement à l'acte, la déprogrammation d'un certain nombre d'actes chirurgicaux se traduisant par un fort manque à gagner, cela sera également compensé.

Durant la première vague, les déprogrammations d'opérations avaient été massives. Où en est-on aujourd'hui ?

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Lors de la première vague, 30 % des actes chirurgicaux avaient été déprogrammés, c'est énorme. Cette fois, le fait que l'on place moins les patients Covid en réanimation, parce que l'on a appris de cette maladie, a permis de limiter les déprogrammations : elles ne concernent que 5 à 10 % des actes. Mais c'est à un prix énorme, payé par les soignants, à qui on a demandé beaucoup d'efforts, et qui ont pris beaucoup moins de vacances que les années précédentes pour « tenir » l'hôpital.

On compte 3 300 patients en réanimation. Jusqu'où, en termes de lits occupés en « réa », l'hôpital public peut-il tenir ?

Il est très compliqué de répondre à cette question. Lors de la première vague, nous étions allés jusqu'à 8 000 ou 9 000 lits de réanimation occupés, mais une fois encore parce qu'on avait déprogrammé de nombreuses opérations, la situation n'était donc pas tenable. Actuellement, la situation varie fortement d'un hôpital à l'autre, dans certains services 80 % des lits de réa sont occupés, ailleurs parfois c'est bien moins…

Êtes-vous favorable à la suspension de la vaccination des soignants par le produit d'AstraZeneca, aux effets secondaires plus importants qu'annoncés ?

Il faut vacciner avec tous les produits disponibles. Il serait inconcevable d'arrêter, même temporairement, de le faire pour les soignants qui sont en première ligne et les plus exposés.

Il y a deux semaines, vous appeliez à un reconfinement général. Êtes-vous toujours du même avis ?

J'y suis encore favorable si jamais il y avait la moindre accélération de l'épidémie, parce qu'on partirait d'un point très haut du nombre de patients hospitalisés, soit près de 30 000.

Que pensez-vous de l'idée, comme celle envisagée ces jours-ci pour la Moselle, d'un confinement centré sur une zone géographique ?

J'y suis favorable depuis longtemps.

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Quelles mesures permettraient de redonner un peu de cœur à l'ouvrage au personnel soignant ?

Le Ségur de la santé a répondu à une urgence, en revalorisant notamment tous les personnels non médicaux à hauteur de 183 euros nets par mois. Mais aujourd'hui, les soignants attendent aussi que l'on arrête de faire peser sur les seuls hôpitaux publics tous les dysfonctionnements du système de santé. Avec certains sujets tabou qu'il faut absolument régler. Où est le médecin disponible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24? À l'hôpital public! Pourquoi l'ensemble des acteurs de santé ne sont-ils pas davantage présents pour assurer cette permanence des soins? Et est-il normal qu'un médecin gagne le triple, voire le quadruple d'un autre, pourtant formé à la même école, parce qu'il travaille dans le privé?