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Grève du 15 octobre : le monde de la santé en ébullition

Appel à la grève à l’hôpital et dans les secteurs médico-social et social le 15 octobre, coups de gueule des infirmières et médecins libéraux, des entreprises du soin à domicile… Loin d’avoir tout réglé, le Ségur de la santé réveille de nombreuses frustrations.

Grève du 15 octobre : le monde de la santé en ébullition

« Je n'ai pas signé pour ça! ». Sophie (NDLR : le prénom a été changé à sa demande) est infirmière au CHU de Bicêtre (Val-de-Marne) et depuis lundi elle est en arrêt de travail pour cause de burn-out. Depuis le 27 juillet, 95 % des 67 infirmières de son service sont en grève afin d'obtenir des effectifs car elles devraient être 96. Elles veulent aussi des hausses de salaire, « car on n'en peut plus de la pression, des heures supplémentaires non payées… » Et les 183 euros de hausse de salaire accordés lors du Ségur? « Ils sont bienvenus, mais très insuffisants! »

L'infirmière aux dix années d'expérience en réanimation pédiatrique et néonatale, se désole de conditions de travail qui se dégradent depuis deux ans, dit-elle : « On est censées être 16 infirmières pour respecter les quotas légaux, on est onze le jour, huit la nuit ! La bronchiolite va arriver, en plus du Covid et de la grippe ; ça va être un enfer ». Dix infirmières ont quitté son service depuis mars. « Et moi ? Je m'interroge », souffle-t-elle, contrariée d'en être là.

«Le personnel manque partout»

Moins de trois mois se sont écoulés depuis les décisions du Ségur de la Santé, et le monde hospitalier replonge dans la colère et la frustration de ne rien voir se concrétiser. Un mécontentement qui gagne d'autres secteurs.

 A l’occasion de la sortie de son 22e album, Philippe Geluck, le père du Chat, illustre le Parisien-Aujourd’hui en France du mercredi 14 octobre./Philippe Geluck
A l’occasion de la sortie de son 22e album, Philippe Geluck, le père du Chat, illustre le Parisien-Aujourd’hui en France du mercredi 14 octobre./Philippe Geluck  

Ce jeudi 15 octobre, à l'appel de l'intersyndicale CGT, Sud, CFE-CGC, des collectifs Inter urgence et Inter blocs, de la coordination des hôpitaux et maternités de proximité, les personnels hospitaliers et des secteurs médico-social et social, sont appelés à la grève. « Les manques d'effectifs récurrents partout dans les services et les établissements dans tout le pays sont inacceptables et doivent cesser ! », proteste l'intersyndicale qui dénonce la suppression de 3400 lits en 2019.

« Le personnel manque partout, témoigne Olivier Milleron, membre du Collectif interhôpitaux et médecin à l'hôpital Bichat, à Paris. Sur le groupe nord de l'Assistance publique hôpitaux de Paris, 192 embauches, mais 192 départs depuis le Covid, et toujours 100 postes vacants. Avant d'embaucher, il faudrait déjà arrêter l'hémorragie ! »

«On n'a pas tiré les leçons de la première vague»

« On est solidaires, car c'est pire qu'avant le Ségur de la Santé. Non seulement les promesses n'ont pas été tenues, non seulement le Ségur a oublié plein de gens, dont nous, mais en termes d'organisations des soins on n'a pas tiré les leçons de la première vague de Covid. » Présidente du Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux, Sniil, Catherine Kirnidis témoigne d'un « ras-le-bol » chez les infirmières de ville. « On n'a même pas été invités au Ségur, pourtant, il y a beaucoup à dire sur les 120 000 infirmières libérales parties la fleur au fusil au printemps pour prendre en charge les patients, sans masque, sans protection ! ».

Président de la fédération des Psad, représentant 2000 petites entreprises qui soignent et aident chaque jour deux millions de patients à domicile, Charles Henri de Villeneuve se dit « énervé ». « C'est encore la même musique : pour 2021 on nous impose de faire 150 millions d'euros d'économies alors que la situation de nos entreprises est dramatique. L'activité s'est ralentie au point de faire économiser à l'assurance maladie 100 millions d'euros, et on nous demande de nous serrer encore la ceinture ! Des économies, toujours des économies ! »

«Pas de baguette magique»

Colère aussi chez les médecins de ville dont les tarifs bloqués depuis 2017 font l'objet de discussion avec l'Assurance maladie. Premier syndicat de médecins, la CSMF a claqué la porte mercredi dernier jugeant ridicule l'offre de revalorisation : « moins de 0,50 euro par acte », s'insurge son président, Jean-Paul Orthiz qui réfléchit « à des actions ».

« On ne résout pas un problème ancien d'un coup de baguette magique, plaide le cabinet du ministre de la Santé, Olivier Véran. Il y a beaucoup de fatigue et beaucoup d'attente, mais les décisions sont prises, les premières hausses de salaires ont été anticipées… Une enveloppe vient d'être annoncée pour financer 4000 lits supplémentaires dans les hôpitaux. Nous avons rouvert les places en formation… Mais il faut un peu de patience pour que tout cela se mette en place. »