Eure : nouvelle mobilisation contre une ferme XXL

Ouvrira, ouvrira pas ? Le préfet de l’Eure doit trancher en autorisant ou non un projet d’exploitation laitière géante dans le village d’Houlbec-Cocherel, près de Vernon. Les opposants à cette ferme intensive dite « des 1000 vaches » manifestent ce samedi.

 Dans l’Eure, les opposants à l’agrandissement d’une exploitation laitière craignent une autorisation préfectorale imminente.
Dans l’Eure, les opposants à l’agrandissement d’une exploitation laitière craignent une autorisation préfectorale imminente. LP/Lou Garçon

Véronique Brzezinski et Florence Pinault ont chaussé leurs bottes et font, une nouvelle fois, le tour de la ferme de la Cailleterie. Les riveraines s'enfoncent dans des rejets nauséabonds de l'exploitation dont elles dénoncent les nuisances et le modèle d'élevage : « Vous sentez les odeurs ? Imaginez ce que c'est, en été, quand il fait chaud et qu'on est sur nos terrasses. Ici, c'est un endroit où les gens vivent. En face de la ferme, il y a 80 maisons, et une cinquantaine de l'autre côté ».

Craignant un arrêté préfectoral favorable à un agrandissement de l'activité, le collectif de riverains dont elles font partie, mais aussi des associations locales, écologistes et des élus, ont relancé la mobilisation ces derniers jours et manifesteront samedi 6 février devant la mairie de Vernon.

Car à Houlbec-Cocherel, près de Vernon, la SCEA Pérault (également installée dans la commune limitrophe de Douains), une installation classée qui compte pour le moment environ 400 têtes, a déposé une demande d'extension de son cheptel à 634 vaches. Selon l'association de riverains Adheca, valider ce projet équivaut à accepter une augmentation, en comptant les génisses et les veaux, « de 60 % du cheptel, et donc une augmentation des nuisances pour les habitants ainsi que des pollutions engendrées ».

La députée LREM opposée à l'extension

En novembre 2019, un premier avis, défavorable, avait été émis par un commissaire enquêteur, dans le cadre d'une enquête publique demandée par la préfecture. L'exploitant du site, Bonifacius Van Ranst, avait alors annoncé des modifications apportées à son projet et notamment une réduction du nombre de génisses et de veaux sur l'exploitation.

Depuis, après plus d'un an d'attente et un report de l'instruction en raison de la pandémie, la décision finale concernant cette possible ferme XXL est sur le point d'être prise côté préfecture. Fin janvier, les conclusions de quatre tierces expertises ont ainsi été dévoilées. Quelques jours plus tard, c'est l'avis consultatif du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) qui a été remis. « Les documents ne sont pas accessibles tant que la décision du préfet n'est pas prise », communique la préfecture. Mais dans les deux cas, les associations craignent des positions largement favorables à l'extension de l'exploitation.

L'exploitant se dit ouvert au dialogue

Un stand-by qui n'augure en tout cas rien de bon pour les opposants au projet. Parmi eux, il y a la députée LREM de la 5e circonscription de l'Eure, Claire O'Petit, qui a pris la plume fin janvier, dénonçant derrière cette ferme « un archaïsme moderne » destiné à « faire du volume » et mettant en péril « le modèle agricole français ».

A Houlbec-Cocherel, les habitants mobilisés remettent eux aussi en cause le modèle d'élevage : « Les études – uniquement techniques — commandées par le préfet ne s'intéressent pas à ce modèle, selon Véronique Brzezinski. Et c'est contradictoire. Car ce genre d'exploitation a un bilan carbone ridicule. Le modèle est dépassé et c'est une fuite en avant ».

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Face à ces critiques, l'exploitant dit lui être ouvert au dialogue : « J'attends maintenant la décision du préfet. Mais ce qui me préoccupe tout autant, c'est de communiquer avec les riverains et de trouver des solutions satisfaisantes pour tout le monde. Et de discuter des raisons de notre choix de modèle, que nous avons pensé avec les institutions agricoles. »