Etats-Unis : 7,5 milliards de prêts pour les compagnies aériennes, des milliers d’emplois toujours menacés

Sauf accord de dernière minute du Congrès, ces emprunts ne semblent pas assurer la pérennité des milliers d’emplois qui risquent de disparaître dès jeudi 1er octobre.

 En septembre, les aéroports américains enregistrent toujours 60 à 70 % de passagers en moins que l’an dernier.
En septembre, les aéroports américains enregistrent toujours 60 à 70 % de passagers en moins que l’an dernier.  REUTERS/Adrees Latif

Le Trésor américain a annoncé mardi soir avoir bouclé des accords pour octroyer des prêts à sept grandes compagnies aériennes, dans le but de sauvegarder l'emploi. Octobre s'annonce comme un mois noir dans l'aérien : des dizaines de milliers d'emplois pourraient disparaître, dans le sillage de la paralysie quasi-totale du ciel au printemps, du fait du confinement d'une partie du globe.

La réouverture de l'économie s'est faite progressivement, mais les transporteurs aériens peinent à faire revenir les passagers dans leurs avions et les lignes internationales sont toujours extrêmement réduites, en raison des interdictions décrétées par les différents gouvernements.

Les deux grandes compagnies, American Airlines et United Airlines, ont signé l'accord, de même qu'Alaska Airlines, Frontier Airlines, JetBlue Airways, Hawaiian Airlines, et SkyWest Airlines. Delta Airlines et Southwest Airlines avaient déjà indiqué qu'elles n'y prendraient pas part.

« Sous certaines conditions »

Les sept compagnies vont recevoir « un prêt d'un montant maximum de 7,5 Mds$ ou 30 % de 25 milliards ». « Nous sommes heureux de conclure des prêts qui soutiendront cette industrie essentielle tout en assurant une compensation appropriée des contribuables », a commenté le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, cité dans le communiqué.

Si les compagnies doivent obtenir leur prêt « sous certaines conditions », celles-ci n'ont pas été précisées. Il est juste dit que les compagnies signataires obtiendront leur prêt « sous certaines conditions ». En juillet, au début des négociations, le Trésor avait indiqué que les emprunteurs devraient s'engager à certaines conditions comme le maintien d'un certain niveau d'emplois et des plafonds sur les rémunérations des employés, le versement de dividendes et les rachats d'actions.

Des sources proches du dossier ont affirmé à l'AFP que ces prêts ne changeaient pas la donne quant à l'emploi. Cet argent ne serait pas destiné à couvrir les salaires, contrairement aux 25 Mds$ de subventions en échange desquels American Airlines, Delta, United et Southwest s'étaient engagés il y a quelques mois à ne licencier personne jusqu'au 30 septembre.

Des dizaines de milliers d'emplois déjà détruits

Les compagnies ont déjà beaucoup sabré dans leurs effectifs via des plans de départs volontaires, des départs à la retraite anticipée et des congés sans solde. Chez Delta Airlines, par exemple, plus de 40 000 salariés ont déjà choisi l'une de ces options. Southwest a renoncé, définitivement ou temporairement, à 27 % de sa masse salariale. Lundi, les pilotes de United ont notamment accepté de réduire leurs horaires jusqu'en juin prochain pour éviter la mise au chômage technique de 2 850 d'entre eux.

Ces mesures ne suffisent pas à permettre la pérennité des compagnies. Par rapport à septembre 2019, le nombre de passagers passant la sécurité dans les aéroports américains a baissé de 60 à 70 %. Les grandes compagnies sont les plus touchées : elles pâtissent du manque de passagers internationaux et d'affaire.

American Airlines pourrait licencier jusqu'à 19 000 personnes dès jeudi, United 13 000. Les syndicats, qui comme les patrons du secteur plaident à Washington depuis plusieurs semaines pour une rallonge du programme de subventions, estiment que le secteur pourrait licencier au total plus de 100 000 salariés. Ils espèrent que le Congrès tranchera une nouvelle subvention en leur faveur d'ici à ce mercredi soir, permettant de tenir les salaires six mois. Mais les discussions entre démocrates et républicains sur un nouveau plan de soutien à l'économie sont pour l'instant dans l'impasse.

Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a exhorté mardi le Congrès à étendre le programme d'aide à la masse salariale de l'industrie aéronautique. Les démocrates de la Chambre des représentants ont soutenu une mesure de 2,2 milliards pour de nombreux secteurs, sur le principe d'une aide directe aux employés. Ils sont pour le moment réticents à soutenir une mesure isolée qui n'aiderait que les travailleurs des compagnies aériennes.