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Et si on supprimait la très petite monnaie ? Une consultation lancée en Europe

La Commission européenne sollicite l’avis des citoyens pour savoir s’il faut arrêter d’utiliser les pièces d’un et de deux centimes d’euros. Mais attention aux conséquences sur les prix… et l’emploi.

 La circulation des petites pièces, stockées chez soi dans des bols ou tirelires, chute. En moyenne, chaque citoyen de la zone euro en détient 181.
La circulation des petites pièces, stockées chez soi dans des bols ou tirelires, chute. En moyenne, chaque citoyen de la zone euro en détient 181. LP/Jérémie Jung

Bien difficiles à attraper dans nos poches et nos porte-monnaie, les pièces d'un et deux centimes d'euros sont en sursis. La Commission européenne vient d'ouvrir une consultation publique pour laquelle elle invite les 342 millions d'Européens des 19 Etats utilisant la devise européenne à donner leur avis en ligne jusqu'au 11 janvier pour savoir s'il faut les conserver ou non.

Parallèlement, l'exécutif bruxellois lance une analyse d'impact afin d'étudier « s'il y a lieu d'introduire une règle pour arrondir les paiements en espèces aux 5 cents les plus proches. Cette règle pourrait entraîner la suppression progressive des pièces de 1 et 2 cents », précise la Commission. Ses conclusions, attendues fin 2021, pourraient donner lieu à « une proposition de loi introduisant des règles d'arrondi, éventuellement assorties de la suppression des pièces de 1 et de 2 cents ».

Des pièces coûteuses et encombrantes

Depuis leur introduction en 2002, ces piécettes cuivrées font débat. Et pas qu'en France. Plusieurs pays européens ont déjà banni cette mitraille de leurs porte-monnaie. La Finlande a été la première à s'en affranchir dès leur lancement en 2002, suivie par les Pays-Bas, la Belgique, l'Irlande et l'Italie en 2017.

Et si on supprimait la très petite monnaie ? Une consultation lancée en Europe

Encombrante, la petite monnaie revient aussi cher à émettre alors que le paiement par carte bancaire sans contact prend de l'ampleur avec la crise du coronavirus. Dans sa précédente analyse, qui remonte à 2018, la Commission soulignait les coûts élevés de production et de traitement de ces pièces par rapport à leur valeur faciale. Produire une pièce d'un centime coûte 1,65 centime d'euros, contre 1,94 centime pour celle de deux centimes. « Avec l'inflation, on estime qu'elles ont perdu 28 % de leur valeur faciale », précise Guillaume Roty, porte-parole de la Représentation en France de la Commission européenne.

C'est d'autant plus préoccupant que leur volume ne cesse d'augmenter depuis 2002. « Elles représentent 48 % des pièces fabriquées chaque année (NDLR : contre 35 % lors de leur lancement en 2002), soit 61 milliards de pièces sur les 126 milliards de pièces frappées chaque année dans la zone euro, alors même que leur circulation chute », confie le porte-parole. Elles sortent en effet des circuits, stockées à domicile dans des bols, des tirelires d'appoint et ressortent lors d'opérations caritatives. En moyenne, chaque citoyen de la zone euro en détient 181 contre 145 en 2013.

Un risque d'inflation ?

Sauf que si on supprimait ces piécettes, c'est la règle de l'arrondi à 5 centimes qui l'emporterait, comme c'est déjà le cas dans les cinq pays qui les ont exclues de leur territoire. Avec une hausse des prix à la clé ? « Aucun effet inflationniste n'a été constaté, notamment en Irlande et aux Pays-Bas », note Guillaume Roty. Pour une raison simple : « L'arrondi n'est effectué que sur l'addition finale du consommateur, donc l'impact à la hausse ou à la baisse reste faible, avec un consommateur tantôt perdant, tantôt gagnant de la règle de l'arrondi à 5 cents ».

Une absence d'impact sur les prix que nuance toutefois l'économiste Philippe Herlin, spécialiste de monnaie. « Cela n'entraîne aucune inflation si l'arrondi se fait sur l'addition finale, mais s'il se fait directement sur les prix des produits, il en va autrement, car on peut facilement penser qu'ils seront plus souvent alignés à la hausse sur les 5 cents… », explique-t-il.

Mais ce qui le préoccupe le plus est « l'impact psychologique » d'une telle mesure sur le consommateur. « Si ces pièces disparaissent, cela veut dire que l'euro perd de sa valeur à cause de la hausse des prix… Et ensuite, à qui le tour, aux pièces de 5 cents ? ».

Des craintes à l'usine de Pessac

Autre inquiétude, sociale cette fois. En France, c'est à Pessac (Gironde), dans une usine industrielle ultra-sécurisée de 180 salariés, que sont frappées chaque année de 1,2 milliard à 1,5 milliard de pièces, parmi lesquelles « 300 à 350 millions de pièces de 1 et 2 centimes », précise Nicolas Dumont, porte-parole de La Monnaie de Paris, gestionnaire de l'usine.

« Cela concerne environ 25 salariés, c'est 15 % de notre effectif et cela aurait un impact très important pour nous qui devrait être compensé », insiste-t-il, précisant mettre en place « une stratégie de diversification » pour produire des « monnaies courantes étrangères » et développer « des monnaies de collection liée à l'augmentation des cours des métaux précieux », or et argent. « Cette stratégie doit nous permettre de pallier les variations de niveau de la commande annuelle de l'Etat de pièces », espère-t-il, convaincu que le cash a encore de beaux jours devant lui.