Elles ne survivent que grâce aux aides : Bercy s’inquiète des «entreprises zombies»

Les entreprises «mortes-vivantes», artificiellement maintenues en vie sous perfusion des aides publiques liées à la crise du Covid-19, préoccupent Bercy. En jeu ? Un empoisonnement de la croissance.

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 Le secteur de l’hôtellerie-restauration risque d’être particulièrement frappé par la « zombification » de l’économie.
Le secteur de l’hôtellerie-restauration risque d’être particulièrement frappé par la « zombification » de l’économie. LP/Philippe de Poulpiquet

« Walking dead » à Bercy! Cette série américaine qui décrit un univers apocalyptique grouillant de morts-vivants semble très éloignée des préoccupations des hauts fonctionnaires du ministère de l'Économie. Et pourtant! « 2021, l'année des zombies? » La question n'est pas posée par un hurluberlu, mais par… Agnès Benassy-Quéré, la chef économiste du Trésor, cette puissante direction qui a pour mission de suivre la conjoncture économique et de conseiller le gouvernement.

Qu'est-ce qu'un zombie au sens de Bercy ? « Une entreprise morte-vivante, qui n'a que très peu d'activité et survit grâce aux aides financières », décrit un col blanc. L'OCDE est encore plus précise et qualifie de « zombie » une entreprise d'au moins dix ans d'âge, dont les résultats annuels ne permettent pas de financer les intérêts de ses emprunts. Par ricochet, son endettement explose et ses investissements (outil de production, R&D) se tarissent. Ces entreprises « vivotent et deviennent des boulets pour la croissance », résume Agnès Benassy-Quéré.

Elles ne survivent que grâce aux aides  : Bercy s’inquiète des «entreprises zombies»

En 2020, le nombre de procédures collectives (redressements judiciaires et liquidations) a diminué d'environ 40 % grâce aux aides massives de l'État. « Cet indicateur à la baisse nous conduit mécaniquement à nous interroger », observe Pierre Pelouzet, le médiateur des entreprises.

Dans un rapport dévoilé début janvier, le Conseil national de productivité (CNP) - qui, via France Stratégie, conseille Matignon - tirait lui aussi la sonnette d'alarme. « Une question importante est de savoir si la hausse des dettes privées constatées lors de la crise de la Covid-19 mènera à une hausse des entreprises zombies, et, in fine, à une baisse de la productivité », s'inquiétaient les auteurs.

Les chefs d'entreprise pessimistes

Car les chiffres font froid dans le dos. La Banque de France estime que l'endettement des entreprises a gonflé de 174,5 milliards d'euros de février et septembre 2020, dont 120,7 milliards d'euros de prêts garantis par l'État (PGE). « Ce qui m'inquiète, c'est que ces zombies surendettés sont aussi des sociétés au rôle structurel », pointe Agnès Verdier-Molinié, la directrice de l'Ifrap, un think-tank libéral.

Les hypothèses à moyen terme, dès lors ? Un lent empoisonnement de la productivité et donc de la croissance par ces entreprises qui végètent, ou une défaillance massive. « Le PGE a beau être un prêt flexible, il n'en constitue pas moins une dette qu'elles devront un jour rembourser », souligne Agnès Benassy-Quéré.

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Las ! Entre 5 et 10 % des 638 000 entreprises ayant souscrit un PGE pourraient ne pas être en mesure à terme d'honorer ce crédit, a estimé la semaine dernière Philippe Brassac, le président de la Fédération bancaire française. Les chefs d'entreprise, eux, sont encore plus pessimistes. Un sondage récent de la CPME indique que 67 % des dirigeants sont très inquiets pour la pérennité de leur société, 52 % estimant qu'ils ne pourront pas acquitter leur dette PGE.

Le ministère a fait tourner ses logiciels économétriques pour mesurer le taux de contamination du tissu productif. Ouf ! Les simulations du Trésor ne valident pas - à ce stade - la crainte d'une zombification globale de l'économie. « La crise du Covid-19 a frappé plus durement des entreprises relativement peu productives, avec un effet sectoriel marqué (hôtellerie-restauration, transports, culture) », relève Agnès Benassy-Quéré. Et Pierre Pelouzet se prend à rêver : « Une vraie reprise forte, et certains zombies actuels pourraient même guérir. »