«Les seniors n’ont pas la priorité dans l’entreprise» : ces quinquas racontent leur galère

A l’image de Bernard ou de Sophie, la cinquantaine passée, au chômage, le parcours est long et difficile pour retrouver un emploi. Une situation qui risque de s’aggraver avec la crise du Covid-19.

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 « Dans l’entreprise, les gens ne comprennent pas qu’il est intéressant d’embaucher des salariés avec de l’expérience », déplore Bernard Ribiollet, 54 ans, au chômage depuis six mois
« Dans l’entreprise, les gens ne comprennent pas qu’il est intéressant d’embaucher des salariés avec de l’expérience », déplore Bernard Ribiollet, 54 ans, au chômage depuis six mois Gilles Piel/Alpaca/Andia.fr

Elle ne compte plus ces entretiens professionnels décevants où on lui a fait comprendre, à demi-mot, que son « profil ne correspond (ait) pas », assure-t-elle. A 59 ans, Sophie (le prénom a été modifié), au chômage depuis 2019, le reconnaît : le marché de l'emploi est « très dur » pour les seniors, cette catégorie de la population dont elle fait désormais partie. « D'autant plus ces derniers mois avec la crise du Covid-19, j'ai l'impression que dès qu'il y a une offre, davantage de candidats postulent, dont de nombreux jeunes, ce qui accroît la sélection », déplore-t-elle.

Licenciée pour motif économique de la petite entreprise où elle travaillait depuis de longues années près de Colmar (Haut-Rhin), cette responsable des ressources humaines, forte de 35 ans d'expérience, s'est attelée dans la foulée à sa recherche d'emploi avec beaucoup d'énergie.

Des remarques maladroites, voire humiliantes

C'était la première fois qu'elle se retrouvait au chômage. « J'ai foncé, j'ai répondu à 300 offres d'emploi en quelques mois », assure-t-elle avant d'ajouter, amère, « mais j'ai vite compris que les seniors n'ont pas la priorité dans le monde de l'entreprise aujourd'hui ». Elle raconte ce recruteur qui lui lance, maladroit, « vous avez trop d'expérience » ou encore cette phrase, sibylline, dont elle se souvient encore : « L'équipe est trop jeune. Vous aurez sans doute du mal à vous intégrer ». Un jour, même, elle essuie une « humiliation », lâche-t-elle, quand une femme qui lui fait passer un entretien lui demande d'emblée tandis qu'elle arrive dans l'entreprise : « Ça va ? Vous arriverez à monter l'escalier ? »

Au final, après des mois de recherche, Sophie constate : « A mon âge, j'ai l'impression que si je veux retrouver un emploi, je dois accepter des postes au rabais ». Comme ce CDI à temps partiel qu'une entreprise lui a récemment proposé… payé au smic. De guerre lasse, elle a fini par modifier son CV. « J'ai retiré cinq années d'expérience et j'ai même fini par enlever mon âge », confie cette femme déterminée qui ne perd pas espoir et multiplie les ateliers et aides de coaching comme « l'opération coup de pouce » récemment organisée par Syntec conseil pour les cadres en recherche d'emploi.

Des recrutements axés sur le CV plus que sur les compétences

« Dans l'entreprise, malheureusement, les gens ne comprennent pas qu'il est intéressant d'embaucher des salariés avec de l'expérience », déplore de son côté Bernard Ribiollet, 54 ans, au chômage depuis six mois après une mission qui a pris fin en septembre dernier. Selon lui, les méthodes de recrutement dans notre pays sont trop axées sur le nombre et la nature des diplômes. « Aux Etats-Unis, c'est différent, on regarde davantage la personne et ses compétences plutôt que son CV. »

Doté d'un parcours atypique, ancien officier de l'armée de terre puis directeur de supermarché, cet habitant de Chambéry (Savoie) estime qu'il faut parfois « casser les idées reçues » pour être embauché dans une entreprise passé 50 ans. « Au regard de mon expérience, les recruteurs ont parfois peur que je leur coûte trop d'argent. Mais moi, je suis prêt à le baisser, mon salaire. Tout ce que je veux, c'est faire un métier qui me plaise, dans lequel je m'éclate. »