Emploi : «Les seniors risquent de payer une partie du coût de la crise du Covid-19»

Bruno Ducoudré, économiste à l’OFCE, spécialiste du marché de l’emploi, analyse les conséquences de la pandémie pour les salariés les plus âgés.

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 Les seniors devraient être les premières victimes des restructurations dans les entreprises à cause de la crise du Covid-19.
Les seniors devraient être les premières victimes des restructurations dans les entreprises à cause de la crise du Covid-19. Getty Images/iStockphoto/Ridofranz

Avec la crise du Covid-19, les prochaines années devraient voir se multiplier les faillites et les restructurations d'entreprise, assure Bruno Ducouvré, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). Les employeurs devront compenser leur perte en taillant dans l'effectif salarial. Les seniors devraient être les premiers concernés par ces suppressions de postes.

Observe-t-on actuellement une hausse du chômage des seniors ?

BRUNO DUCOUDRÉ. Pour l'instant, les chiffres restent plutôt stables. En 2020, les seniors ont été protégés, ils sont davantage en CDI que les salariés moins âgés et ont plus bénéficié de l'activité partielle. Par ailleurs, si vous êtes senior et que vous tombez au chômage, vous avez a priori acquis des droits. Vous bénéficiez donc du filet de la sécurité sociale via l'Unédic et Pôle emploi, ce qui n'est pas le cas pour certains jeunes, par exemple.

Comment leur situation peut-elle évoluer ?

Sur les deux ou trois années qui viennent, il se peut que l'on assiste à une montée des faillites d'entreprises et que l'on observe des restructurations massives. Les entreprises vont alors devoir ajuster l'emploi pour compenser les pertes liées à la crise du Covid-19. L'impact social serait alors moins ciblé sur les jeunes et dériverait davantage sur les seniors.

Pourquoi ?

Ce sont les salariés âgés de plus de 50 ans qui touchent les rémunérations les plus élevées. Or, lorsqu'une entreprise veut tailler dans la masse salariale, c'est ce qu'elle regarde. Cela va jouer en défaveur des seniors. Les entreprises ont d'autant moins de scrupules à se séparer d'un salarié âgé ou à faire des plans qui incluent leur départ qu'ils sont proches de la retraite. Ce phénomène peut être amplifié à l'avenir. Les seniors risquent de payer une partie du coût de la crise. Les entreprises sont largement aidées par l'Etat avec les PGE (prêts garantis par l'Etat). Le jour où il faudra rembourser, il se pourrait qu'il y ait des vagues de faillite. Si c'était le cas, on peut se retrouver avec 100 000 ou 200 000 chômeurs de plus, dont des seniors qui ne retrouveront pas facilement un emploi. Les seniors restent plus longtemps au chômage que les autres catégories de la population.

Comment expliquer la discrimination à l'embauche liée à l'âge ?

Il y a une déveine à être catégorisé « senior » sur le marché du travail. Pour certaines entreprises, c'est une question d'habitude. Elles préfèrent embaucher des jeunes car ils coûtent moins cher. D'autres refusent de prendre un senior parce qu'elles ont dans l'idée qu'il ne va pas s'investir, qu'il ne va rester que deux ou trois ans, avoir du mal à être dirigé par une hiérarchie plus jeune. C'est encore pire pour les femmes seniors, qui sont doublement pénalisées.

Cela dans un contexte où le gouvernement compte toujours mettre en œuvre sa réforme des retraites…

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Cela entre effectivement en conflit avec la volonté du gouvernement de prolonger la durée des carrières et repousser l'âge de départ à la retraite. Si les entreprises sabrent dans leurs effectifs, cela va retarder les effets attendus de la réforme qui sont, justement, de faire travailler les gens plus longtemps. Avec cet objectif que les salariés partent plus tard pour que, quand ils partent, ils aient accumulé assez de droits pour toucher une pension convenable.