Emploi en 2021 : «Les entreprises se projettent à nouveau dans l’avenir»

Alexandre Viros, PDG France du groupe Adecco, dresse les perspectives du marché de l’emploi en 2021, alors que sévit la pandémie de Covid-19.

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 Certains secteurs, comme le digital et le e-commerce, ont mieux tenu le choc que d’autres, et devraient continuer à embaucher en 2021, analyse Alexandre Viros.
Certains secteurs, comme le digital et le e-commerce, ont mieux tenu le choc que d’autres, et devraient continuer à embaucher en 2021, analyse Alexandre Viros. LP/Olivier Lejeune

Sans tomber dans l'angélisme, le PDG France du groupe Adecco, spécialisé dans l'intérim, estime qu'il y a de bonnes raisons d'espérer des jours meilleurs, même si le nombre de chômeurs va mécaniquement augmenter. Les secteurs dynamiques, la formation… Alexandre Viros nous donne les clés du marché de l'emploi en 2021, en temps de Covid-19.

Quelles sont les perspectives d'emploi en France cette année ?

ALEXANDRE VIROS. Il est encore un peu compliqué de se projeter, car l'économie est suspendue à l'exécution de la stratégie vaccinale de la France. Certains secteurs sont durablement affectés, d'autres ont vu une accélération assez forte de leur activité. Grosso modo, l'année 2021 sera celle où il faut encaisser le choc de la crise. On prévoit un fort accroissement du chômage aux premiers et seconds trimestres. La bonne nouvelle, c'est que les entreprises se projettent à nouveau dans l'avenir. Là où, lors du premier confinement, certaines ne prévoyaient pas de recrutement au-delà d'une semaine, elles tentent aujourd'hui de faire des prévisions à trois ou six mois. L'état de sidération est derrière nous, on s'adapte à un nouvel environnement.

Quels sont les métiers les plus touchés par la crise du Covid-19 ?

Sans surprise, c'est le secteur des services, et notamment l'ensemble des métiers de l'hôtellerie, de la restauration et de l'événementiel qui a été très exposé ces derniers mois et qui continue de l'être sur l'ensemble du territoire national. Certaines branches comme le nettoyage et la propreté ont été concernés dans un premier temps, mais la tendance devrait s'inverser.

A contrario, certaines filières deviennent-elles plus attractives en termes d'emplois ?

Oui, heureusement. On peut évoquer notamment le cas du secteur digital et du e-commerce qui ont tenu le choc pendant cette période. L'un des aspects positifs de la situation actuelle, c'est qu'on a accéléré la révolution digitale de notre pays. On a réalisé en trois mois, ce qui aurait pu prendre trois ans en temps normal. Nous avions beaucoup de retard sur nos voisins et ce retard est en train de se résorber. On observe donc une forte accélération des besoins en main-d'œuvre dans ces secteurs-là.

Y a-t-il des régions plus touchées que d'autres ?

Toutes les régions ont vécu difficilement les derniers mois et ont connu des baisses de leurs prévisions de recrutement. Selon les chiffres de la profession du travail temporaire (Prism'Emploi), les deux régions les plus touchées en novembre ont été dans l'ordre l'Ile-de-France et l'Occitanie, notamment parce qu'elles disposent de bassins d'emplois importants dans les secteurs aéroportuaires et aéronautiques. En revanche, certaines régions ont mieux résisté que d'autres. C'est le cas des Hauts-de-France et de la Normandie, deux régions qui disposent de plates-formes logistiques importantes et d'une forte activité dans le bâtiment et les travaux publics.

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Adecco n'a pas qu'une activité dans l'intérim, mais accompagne aussi des candidats à plus long terme. L'année 2021 sera-t-elle aussi, selon vous, celle de la reconversion pour de nombreux salariés ?

Avec la crise qui se profile, le chômage va augmenter et on compte toujours en France entre 200000 et 400000 emplois non pourvus. On va donc se retrouver dans un pays qui va compter des milliers de chômeurs et en face, de plus en plus de secteurs en pénurie de main-d'œuvre. L'enjeu va être de permettre à des gens qui se retrouvent dans des situations difficiles de se former dans les meilleures conditions possible. C'est ce que nous comptons faire.

C'est-à-dire ?

Nous comptons embaucher d'ici la fin de l'année 15000 personnes grâce à un nouveau dispositif, lancé il y a quelques mois, qui s'appelle « le CDI apprenant ». On prend les candidats en CDI, on les forme sur un métier en tension dans leur bassin d'emploi et au bout, ils trouvent du travail. Nous permettons aux gens d'avoir un nouvel horizon. Cela leur permet de sortir de la fatalité de la formation de départ. Car certains se retrouvent prisonniers d'une première vie professionnelle. A chaque fois, nous essayons de faire de la dentelle, du cas par cas.