Emploi dans les Hauts-de-France : les secteurs qui recrutent en 2021

De l’industrie ferroviaire à la sécurité informatique, la région tire son épingle du jeu malgré, ou grâce, à la crise sanitaire, selon l’enquête du Parisien-Aujourd’hui en France.

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 Crespin (Nord). L’usine Bombardier a lancé un plan d’investissement de près de 25 millions d’euros.
Crespin (Nord). L’usine Bombardier a lancé un plan d’investissement de près de 25 millions d’euros.  LP/Jila Varoquier

Devant l'automobile, le BTP, l'industrie agroalimentaire et les transports, le numérique est le secteur le plus en tension dans les Hauts-de-France, selon Pôle emploi. Seul un quart des 2000 postes de développeurs informatiques sont pourvus. Une faille que va contribuer à combler la Holberton School, née dans la Silicon Valley (Etats-Unis), qui vient tout juste d'installer son premier campus virtuel français sur le site d'Euratechnologies, à Lille (Nord), avant une prochaine implantation physique.

« Nous n'exigeons aucun diplôme à l'entrée, explique Benjamin Dhellemmes son cofondateur, et nos étudiants ne paient leur formation qu'après avoir décroché leur premier emploi. On apporte une souplesse que n'ont pas les écoles traditionnelles françaises. »

Autre filière, les services à la personne et à la collectivité, qui promettent un nombre conséquent d'embauches avec 30 950 offres d'emploi actuellement enregistrées par Pôle emploi. Il y a de quoi voir loin puisque, d'ici 2050, le nombre de seniors dépendants devrait augmenter de 50 % dans la région.

Train, textile et pharmacie

Côté transport, la bonne nouvelle vient du constructeur ferroviaire Bombardier – fabricant, entre autres, des voitures de RER et trains régionaux – qui a lancé son Plan 1000. Un programme d'investissement sans précédent de près de 25 millions d'euros. Il vise à moderniser son usine de Crespin (Nord), dans le Valenciennois, pour augmenter la capacité de production à 1000 véhicules par an. Ce plan s'accompagne des embauches d'environ 400 salariés en CDI, dont 160 ont déjà été réalisées.

C'est aussi le Valenciennois qu'a choisi l'entreprise nordiste Dickson Constant, fabricant de tissus techniques, pour la création d'un second site industriel à Hordain (Nord). Installée à Wasquehal, dans la métropole de Lille, depuis 2017, cette filiale du groupe américain Glen Raven investit quarante millions d'euros pour aménager son nouveau site. Les travaux doivent s'achever en 2022 et 150 emplois y sont annoncés.

Avec l'explosion des commandes, liée à la crise sanitaire, le géant américain du e-commerce et de la distribution Amazon continue son développement dans les Hauts-de-France, où il compte 3370 CDI répartis sur six sites. Les recrutements se poursuivent, via notamment l'ouverture d'une nouvelle agence de livraison à Avion (Pas-de-Calais), où 30 CDI sont créés.

Côté santé, le laboratoire britannique GlaxoSmithKline (GSK) a démarré la production de son adjuvant, qui entre dans la fabrication du vaccin anti-Covid, sur son site de production de Saint-Amand-les-Eaux (Nord). Un plan de recrutement a permis la création d'une centaine d'emplois ces dernières semaines.

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Enfin, le circuit court s'avère d'autant plus apprécié en cette période qu'il permet de limiter les contacts. Les distributeurs automatiques de produits devant les exploitations agricoles n'ont jamais aussi bien marché : « La demande est exceptionnelle ! » se réjouit Manuel Moutier, patron du Casier Français, seule marque de distributeurs automatiques à casiers connectés fabriqués en France. Basée à Ennevelin (Nord), l'entreprise a multiplié par deux son chiffre d'affaires et croule sous les commandes. Passé de 9 à 23 salariés l'an dernier, son effectif se renforcera d'au moins dix personnes en 2021. Son dirigeant est très optimiste : « On va voir fleurir nos distributeurs automatiques connectés sur nos départementales de manière exponentielle ».

Astérix, si le ciel ne lui tombe pas sur la tête

Dans l'Oise, des dizaines de machines de ce type ont été installées. Par des restaurateurs, des boulangers, des fleuristes, des producteurs… Avec l'espoir de sauver les meubles en pleine pandémie. Mais avec plus ou moins de succès.

Comme toujours en cas de coup dur pour l'emploi, les autorités se tournent avec espoir vers les filières et métiers en tension du département : chaudronnerie, conducteur poids lourds, services à la personne… Le BTP et la santé recrutent aussi beaucoup. « A eux deux, ils représentent 60% des offres », précise Estelle Charles, directrice territoriale Pôle emploi Oise.

L'espoir est donc permis, d'autant que l'un des plus gros recruteurs du département, le Parc Astérix, n'a pas dit son dernier mot. Et si l'embauche des 1000 saisonniers n'a pas encore été lancée, contrairement aux années précédentes, « nous tablons toujours sur une ouverture en avril, avec le même nombre d'emplois », espère le parc.

Les secteurs et les métiers qui recrutent le plus dans les Hauts-de-France

Top 5 des secteurs

1. Commerce de détail

2. Action sociale

3. Commerce de gros

4. Services généraux

5. Ingénierie informatique

Top 5 des métiers

1. Magasinage

2. Mécanique

3. Vente

4. Conduite d’engins

5. Médecine généraliste

Source : Adecco Analytics

Taux de chômage au 3e trimestre 2020 : 10,8%

Evolution du taux de chômage en un an : +0,5%

Source : Insee

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LE TÉMOIN. Kelly et ses collègues deviennent plaquistes-plâtrières

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« La poussière ne me dérange pas, au contraire, je suis épanouie ! » Comme douze autres femmes, Kelly Grare a intégré en novembre une formation de plaquiste-plâtrière. Auparavant auxiliaire de vie et nourrice à domicile, la jeune maman a sauté le pas en recevant un email de son agence Pôle emploi sur l'opération « Des talents féminins dans le bâtiment ». Une première qui cartonne dans le Pas-de-Calais. « Je n'ai pas hésité. Mon mari et mon beau-père m'ont dit : Fonce ! C'est pour toi. »

Si elle ne redoute pas de travailler dans un milieu encore très masculin, cette trentenaire est convaincue d'apporter une touche féminine supplémentaire : « J'adore les finitions, j'aime vérifier chaque détail, c'est peut-être une qualité féminine », sourit-elle.

Et ce n'est pas Corentine Vaillot, directrice de l'agence Pôle emploi de Liévin (Pas-de-Calais), qui la contredira. « Les perspectives de progression dans ces métiers n'existent pas ailleurs, souligne-t-elle. Nous organisons la troisième session de formation. L'une des jeunes femmes issues de la première va passer cheffe d'équipe, un an seulement après son embauche. Nous n'avons que très peu d'abandons en cours de route, ce qui est révélateur. »

A la fin la première session, 60% des participantes ont retrouvé un emploi. Pour la seconde, qui n'est pas encore finie, sept femmes sur douze ont déjà des propositions d'embauche.

Le programme des formations, qui se déroulent en alternance au centre des Apprentis d'Auteuil de Loos-en-Gohelle et au lycée François-Hennebique du Greta, à Liévin, est conçu avec les entreprises partenaires. Les perspectives sont encourageantes puisque les besoins en recrutement du secteur du bâtiment sur le bassin minier sont forts avec 23 000 logements en cours de rénovation.

En attendant la fin de sa formation, Kelly s'entraîne, en conditions réelles : après avoir entièrement refait sa maison, elle consacre une grande partie de son temps libre à aider ses proches à retaper les leurs.