Emploi à Paris : développeur web, analyste réseau... les métiers du numérique ont la cote

Dans la capitale, le marché du travail souffre de l’arrêt des recrutements dans l’hôtellerie et la restauration. Mais il profite du dynamisme des métiers du digital, selon l’enquête du Parisien-Aujourd’hui en France.

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 Développeur web, analyste réseau, ingénieur logiciel sont les postes les plus recherchés par les entreprises à Paris.
Développeur web, analyste réseau, ingénieur logiciel sont les postes les plus recherchés par les entreprises à Paris. IStock/CreativeDJ

En matière d'emploi, Paris reste l'un des meilleurs élèves de France. Mais son « bulletin de notes » s'est nettement dégradé. Le taux de chômage (7,3 % fin 2020) y a augmenté de 0,8 point en un an. Et le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A (146 300 inscrits au 3e trimestre 2020) a bondi de 14 % durant la même période. Beaucoup plus qu'à l'échelon national où ce chiffre n'a augmenté « que » de 9,5 %.

Mais il y a des motifs d'espoir… pour l'instant. « Globalement, les entreprises tiennent, le nombre de défaillances enregistrées l'an dernier est inférieur de 35 % à celui de l'année précédente », rappelle Dominique Restino, dirigeant d'un cabinet de recrutement et président de la Chambre de commerce de Paris. « Mais beaucoup d'entre elles sont sous oxygène », précise-t-il en énumérant les dispositifs de soutien mis en place par l'Etat, la région, la Ville de Paris, la CCI… « La baisse (NDLR : du nombre de procédures pour défaillances) devrait probablement s'inverser à l'arrêt des mesures de soutien », complète l'Observatoire consulaire des entreprises en difficultés (OCED) dans son rapport de janvier.

Le point noir, c'est la quasi-disparition des offres d'emploi dans le secteur du tourisme, de l'hôtellerie et de la restauration. Ces filières, piliers de l'économie parisienne, figuraient dans le trio de tête des secteurs les plus porteurs des précédents baromètres. Derrière les métiers de l'informatique et ceux de la santé. Sur le site Parisjob, les offres d'emploi dans l'hôtellerie-restauration ne représentent plus que 1 % des annonces… contre 14 % pour la filière du numérique, le principal moteur du marché de l'emploi de la capitale.

Télétravail, l'explosion du e-commerce

Vous êtes développeur web, analyste réseau, ingénieur logiciel ? Bonne nouvelle : votre profil est celui qui intéresse le plus les recruteurs dans la capitale. Selon le classement établi par Adecco-analytics, ces emplois arrivent en tête du palmarès des métiers qui recrutent à Paris.

Les conséquences de la crise sanitaire, la généralisation du télétravail, l'explosion du e-commerce ont démultiplié les besoins. Experis, entreprise de conseil spécialisée dans « la transformation digitale des entreprises », s'apprête ainsi à recruter en CDI 150 nouveaux collaborateurs dans la capitale pour faire face à la demande croissante de ses clients.

Les jeunes pousses de l'informatique, plus « souples » que les autres entreprises, ont traversé la crise et le confinement total du printemps dernier avec moins de difficultés que leurs aînées. En première ligne pour accompagner la « digitalisation de l'économie », elles ont rapidement repris leur croissance. C'est le cas de celles qui sont hébergées à Station F, le grand campus numérique ouvert en 2017 dans le XIIIe arrondissement qui réunit sous un même toit plus de 1000 start-up dites « early stage » (en phase de démarrage).

En ce début d'année, c'est plus de 450 offres d'emploi qu'elles affichent sur le site interne du campus. « Essentiellement des postes en CDI », insiste le porte-parole de Station F en précisant que le profil le plus recherché est celui des développeurs. Dans l'incubateur de start-up qui reçoit chaque année près de dix fois plus de demandes d'installation que de places disponibles, on note que la crise sanitaire a eu un effet sur la qualité des projets des entreprises candidates.

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« Leur nombre n'a que très légèrement augmenté, note un responsable. Mais ils sont beaucoup plus aboutis qu'avant. Ils portent désormais principalement sur deux domaines d'application : les productivity tools (NDLR : les outils de digitalisation des entreprises) et la Med Tech. »

Les secteurs et les métiers qui recrutent à Paris

Top 5 des secteurs

1. Programmation et conseil informatique

2. Services généraux

3. Associations

4. Ingénierie informatique

5. Commerce de détail

Top 5 des métiers

1. Développement informatique

2. Stratégie commerciale

3. Vente

4. Support informatique

5. Logistique

Source : Adecco Analytics

Taux de chômage au 3e trimestre 2020 : 7,3%

Evolution du taux de chômage en un an : +0,8%

Source : Insee

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LE TÉMOIN. Lynda apprend à coder chez BNP-Paribas

/LP/B.H.
/LP/B.H.  

Il y a encore un an, sa pratique de l'informatique se limitait à l'utilisation des logiciels grand public. Et JavaScript, Angular ou CSS3 sonnaient, pour elle, comme des noms de langues étrangères. Aujourd'hui, Lynda Ferri, « développeuse stagiaire » dans un des services informatiques de BNP Paribas à Montreuil (Seine-Saint-Denis), utilise au quotidien ce langage de codage pour créer les pages web ou les applications de la banque.

Et elle compte bien en faire son métier. La jeune femme de 29 ans, domiciliée dans le XXe arrondissement, a intégré l'an dernier la première promo de l'école DesCodeuses. Ouverte par l'association sociale du même nom avec le soutien de Paris-Code et de Pôle emploi, elle propose des formations professionnalisantes (et gratuites) aux femmes issues des quartiers populaires.

« J'avais une formation en comptabilité-gestion, mais pas de travail… Mon conseiller Pôle emploi m'a parlé des écoles de codage. Je me suis lancée », explique Lynda, qui se souvient avoir un peu hésité avant de tenter cette reconversion intimidante. S'en sont suivis 6 mois de cours intensifs en salle, « avec pas mal de maux de tête en fin de journée », puis un stage de validation en entreprise que la néodéveloppeuse web est encore train de suivre.

« Quand j'y suis arrivée, j'avais un peu peur. Après tout, j'avais seulement six mois de formation, au côté de pros de l'informatique », reconnaît Lynda. « Mais si on s'accroche et qu'on travaille beaucoup pour rester à jour dans un domaine qui évolue très vite, on y arrive », poursuit-elle en précisant que ses collègues ne la considèrent pas comme une stagiaire. « Coder, c'est apprendre une langue. Pour la maîtriser, il faut la pratiquer en permanence », précise la développeuse qui avoue faire régulièrement des lignes et des lignes de code pour s'exercer, chez elle, durant les week-ends.

A quelques mois de la fin de son stage rémunéré, Lynda Ferri ne sait pas encore s'il sera prolongé par un contrat. Mais elle ne s'inquiète pas pour son avenir professionnel. « Les collègues de ma squad (NDLR : équipe) à la BNP me conseillent de postuler. Je vais le faire, bien sûr. Ici et dans d'autres entreprises. Les développeurs sont très demandés. Dans le domaine du codage, les opportunités d'emploi sont énormes. Je trouverai un poste. »