Christine, chômeuse longue durée, revit grâce à un «emploi vert garanti»

Christine, 60 ans, a profité d’une expérimentation de l’Etat pour retrouver un emploi durable il y a trois ans. Sur ce modèle, des Think tanks, des ONG et des élus lancent une pétition pour « un droit à l’emploi vert » : économie circulaire, agroécologie, habitat…

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 Christine Vidal travaille au sein d’Actypoles pour Bébés lutins, une entreprise qui produit et commercialise notamment des couches lavables en coton.
Christine Vidal travaille au sein d’Actypoles pour Bébés lutins, une entreprise qui produit et commercialise notamment des couches lavables en coton. DR

« Au début, j'ai pensé que c'était un peu magique, on m'a promis de signer un CDI, on verrait après ce que je saurais en faire », rembobine Christine Vidal dans un petit rire. Cette femme de 60 ans a retrouvé un emploi via l'expérimentation « Territoires zéro chômeur » à Thiers (Puy-de-Dôme). « Cela fait trois ans depuis le mois de janvier », précise-t-elle.

En France, dix villes se sont lancées dans ce test avec pour objectif de créer des entreprises embauchant les chômeurs longue durée du secteur. Très souvent dans des emplois verts. C'est le cas de Christine : elle travaille au sein d'Actypoles pour Bébés lutins, entreprise qui produit et commercialise des couches lavables en coton Made in France mais aussi des lingettes démaquillantes, des protections périodiques. Autant de produits qui limitent les déchets plastiques. La sexagénaire a accepté d'être payée au smic « un retour en arrière », mais n'échangerait pourtant plus sa place pour rien au monde. Trop heureuse de « vivre de nouveau à temps plein ».

Des Think tanks, hémisphère gauche et l'institut Rousseau, soutenus par des ONG comme l'Affaire du Siècle, les amis de la terre et des élus lancent ce lundi une pétition pour généraliser ce type de solutions en réclamant « un emploi vert pour tous ». Un projet de loi en ce sens pourrait être déposé dans la foulée par des députés de différents bords politiques. « L'objectif est de conjurer le chômage de longue durée et de réussir la reconstruction écologique », explique Chloé Ridel, présidente de l'Institut Rousseau. Cette proposition comme le test « Territoire zéro chômeur » repose sur le principe selon lequel financer des emplois coûte moins cher que financer le chômage.

«Nous créons d'abord l'emploi, nous trouvons l'activité après»

Daniel Le Guillou, patron de Christine Vidal et très engagé dans la démarche « zéro chômeur longue durée », applaudit des deux mains : « Il y a un indéniable besoin massif d'emplois tournés notamment vers l'économie circulaire, le recyclage, la réparation. A la faveur du Covid, on l'a plus vu encore », conclut après cinq ans d'expérimentation celui qui est par ailleurs l'auteur de « zéro chômeur ». Mais l'acteur de terrain prévient : « Généraliser cette expérience aux quelque 3 millions de chômeurs longue durée peut poser des questions. Car dans ce type de structure, nous créons d'abord l'emploi, nous trouvons l'activité après », détaille-t-il.

Pour Christine Vidal, la proposition de ce job aux contours très flou est tombée du ciel. Elle sortait alors d'un énième « petit contrat » et avait connu des « périodes de malchance ». Cette ancienne commerçante « femme d'antiquaire » a divorcé après dix ans à « aider » son époux et choisit de revenir à Thiers dans sa région natale. La sous-préfecture, historiquement connue pour son industrie coutelière, est pourtant largement malmenée par la concurrence étrangère. Dans les quartiers concernés par l'expérimentation, le taux de chômage atteint les 25 %. « Je suis revenue seule avec un bébé, je ne pouvais accepter que des temps partiels, les options n'étaient pas très nombreuses », euphémise la Thiernoise.

Pendant deux décennies, elle enchaîne les petits boulots, et quelques CDI mais « joue de malchance ». Une fois son patron décède, et son entreprise n'y survit pas. Une autre fois, alors qu'elle travaille dans un tout nouveau centre de jeux gonflables pour enfants, l'activité ne prend pas et elle se retrouve de nouveau au chômage.

«Ce n'est pas facile tous les jours, mais j'aime beaucoup la philosophie»

Quand Christine Vidal tombe sur l'emploi au sein de cette entreprise dite « à vocation d'emploi », elle opte cette fois pour un temps plein. « Ma fille a désormais 30 ans, elle peut se débrouiller seule… », plaisante-t-elle.

A 57 ans, elle signe un contrat, elle commence par conduire des personnes âgées et des chômeurs, au sein du « pôle mobilité », avant de rejoindre l'équipe de « Bébés lutins ». « La démarche n'est pas basée sur notre CV mais sur nos savoir-faire, rapporte Christine Vidal. Certains de mes collègues n'ont jamais travaillé, d'autres très peu. Ce n'est pas facile tous les jours mais j'aime beaucoup la philosophie ». Dans sa nouvelle branche, elle se retrouve à compulser les pages jaunes à la recherche de médecins et sages-femmes d'Auvergne Rhône Alpes pour présenter les couches lavables. Après une formation interne, elle travaille désormais à la facturation.

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« Je m'occupe de la paperasse, minimise-t-elle. Un travail de bureau que je n'avais jamais fait ! » Et elle semble y avoir trouvé sa place. « Je suis tranquille désormais », confie celle qui compte bien rester dans cette structure jusqu'à sa retraite.