Carrières : la menuiserie suscite des vocations

La magie du bois agit de plus belle sur les jeunes. Le CAP reste la voie royale d’accès à l’emploi et ouvre de nombreuses perspectives.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Les 65 000 entreprises de menuiserie recensées en France emploient 100 000 salariés.
Les 65 000 entreprises de menuiserie recensées en France emploient 100 000 salariés. IStock/Gilaxia

« On s'attend toujours à ce qu'on nous parle de la charpente de Notre-Dame et du tour de France des Compagnons ». Thierry Ducros, président de l'Union des métiers du bois, connaît bien le fantasme du jeune menuisier fraîchement diplômé. Pour autant, la profession recouvre différentes réalités. De l'artisan d'art de quartier jusqu'aux grands groupes comme Ridoret, à La Rochelle (Charente-Maritime), et ses 670 salariés. Ou encore la construction industrielle de maisons, chalets ou d'immeubles en bois, celle de fenêtres par les menuisiers sur les chantiers.

« Nous répondons à l'internationalisation du métier en sortant des guides en français, allemand et anglais. Ils traduisent la totalité des noms des outils et les terminologies bien spécifiques », annonce fièrement Thierry Ducros. « Dans l'Hexagone, certaines régions françaises sont très denses en entreprises de menuiserie, comme le littoral breton, l'Auvergne - Rhône-Alpes, l'Est et le Nord. Chez nous, il y a du travail partout ! » se réjouit-il.

Un solide cursus de deux ou trois ans

Avant la profession, il y a une formation, le CAP de fabricant de menuiserie, mobilier et agencement. Les épreuves y sont variées : expression française, histoire-géo, mathématiques, sciences, épreuve écrite d'un projet d'agencement - une maison de campagne par exemple -, fabrication d'un ouvrage, pose de mobilier d'agencement intérieur… Ce solide cursus de deux ou trois ans, doublé le plus souvent d'un apprentissage dans une entreprise (sans le bac, après la troisième) constitue la voie royale pour exercer ce métier.

On peut évoluer plus tard avec un bac Pro technicien menuiserie agenceur, ou le Brevet Professionnel (BP) menuisier, accessible après le CAP pour ceux qui veulent diriger des équipes. Il existe par ailleurs un CAP spécifique pour le métier de charpentier.

Au total, 310 établissements de formation sont ouverts dans toute la France, en continu à temps plein ou en apprentissage. Une fois le diplôme en poche, le salaire de départ tourne autour du smic, mais un menuisier très confirmé, chef d'équipe, peut gagner jusqu'à 3000 euros net par mois.

Maîtriser la géométrie et le dessin technique

Quelles sont les qualités requises pour se lancer ? Selon Thierry Ducros, « ce métier exige une rigueur, une patience et une méticulosité à toute épreuve, de bonnes connaissances en géométrie et plus globalement en mathématiques afin de rendre un travail précis, soigneux et esthétique, sans oublier de solides notions sur l'isolation et l'insonorisation des habitats. Enfin le menuisier ou la menuisière devra également maîtriser le dessin technique, une étape essentielle afin de visualiser précisément le travail à effectuer. »

En France, 65 000 entreprises de menuiserie sont recensées, qui emploient 100 000 salariés. Et ça continue! « Depuis 1993 - à part une pause entre 2010 et 2013 -, le nombre d'entreprises n'a cessé de croître, rappelle le président de l'UMB. Depuis 2014, c'est reparti de plus belle, ce métier exerce une grande attractivité grâce à la magie du bois. Quand on y a touché, on ne veut plus le quitter… »

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Infos pratiques sur le site de l'Onisep qui produit et diffuse toute l'information sur les formations et les métiers.

« Il faut changer les mentalités »

Riccardo Agnesina, patron d’une menuiserie à Reims

Vous êtes dans le métier depuis longtemps ?

RICCARDO AGNESINA. Mon entreprise a été créée par mon grand-père en 1936 ! Depuis, nous nous sommes transmis la même passion. J’ai une cinquantaine de salariés aujourd’hui. Ils travaillent dans l’agencement, la décoration et la création dans la menuiserie.

Y a-t-il une marque de fabrique familiale ?

Depuis toujours, notre famille milite pour la formation des apprentis. C’est une mine d’or ! On a formé 230 apprentis chez nous depuis l’origine. Et on a embauché 80 % d’entre eux. C’est cela, notre marque de fabrique. Je mets un point d’honneur à discuter des heures avec chaque candidat. Pour moi, c’est un investissement humain à long terme.

Quels sont vos critères d’embauche ?

Cela dépasse largement le diplôme du CAP, même s’il est indispensable. Durant son apprentissage dans notre entreprise, le jeune, pendant deux ou trois ans, prépare son CAP tout en étant formé chez nous en alternance. Il peut prolonger sa période jusqu’à 7 ans pour passer des CAP spécialisés. On détecte très vite ceux qui ont de l’avenir dans la maison. Ils ont l’œil qui brille et la passion du métier.

Quelles sont les spécialités que vous recherchez ?

J’ai besoin de menuisiers poseurs qui exécutent des travaux, mais aussi de jeunes plus confirmés, qui opèrent sur des chantiers, et enfin de menuisiers spécialisés dans l’agencement.

Comment évolue la profession ?

Le métier est de plus en plus complexe avec les nouveaux outils numériques. Je recherche des têtes bien faites ! D’autant qu’il y a de belles carrières pour les meilleurs avec des passerelles vers des écoles d’ingénieurs… Je préside un établissement du supérieur à Reims (Marne) et je suis très impliqué dans la formation des jeunes en général. Je constate que la transmission des savoirs et des expériences est fondamentale. Les entreprises devraient toutes comprendre cet enjeu et former encore plus de jeunes. Il faut changer les mentalités !