Carrières : l’hydrogène vert, filon pour l’emploi

C’est la nouvelle énergie à la mode. Entre plan du gouvernement pour la filière et anticipation du secteur se profilent de nombreux emplois aux niveaux de qualification divers.

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 Aspach-Michelbach (Haut-Rhin). Cette future usine du groupe belge John Cockerill, spécialisée dans les électrolyseurs de grande capacité, est l’un des maillons de la filière hydrogène en France. PHOTOPQR/L’ALSACE/Darek Szuster
Aspach-Michelbach (Haut-Rhin). Cette future usine du groupe belge John Cockerill, spécialisée dans les électrolyseurs de grande capacité, est l’un des maillons de la filière hydrogène en France. PHOTOPQR/L’ALSACE/Darek Szuster 

L'hydrogène, c'est le H dans H2O, la molécule de l'eau. En ce début d'année maussade, ce gaz suscite beaucoup d'espoirs. Séparé de l'oxygène, il permet de produire de l'énergie, potentiellement de manière quasi illimitée au vu de l'abondance d'eau sur Terre, pour chauffer nos maisons, faire rouler nos voitures, voguer les navires ou encore voler les avions.

Il est aussi au cœur de la stratégie de relance du gouvernement. En investissant 7 milliards d'euros sur les dix années à venir, l'Etat entend construire une filière de « portée internationale » et créatrice de « 50 000 à 100 000 emplois directs et indirects », selon les estimations gouvernementales.

« Aujourd'hui, l'hydrogène vert, c'est 5 % des projets de recrutement dans le domaine de l'énergie. Mais cela va prendre de l'ampleur. Nous disposons du savoir-faire, des compétences et des métiers pour produire cette énergie et industrialiser la production », juge Jens Bicking, dirigeant d'Elatos, cabinet de recrutement spécialisé dans les métiers de l'énergie et de l'environnement.

Les métiers de la R&D

Les solutions existent, reste à les perfectionner. Les ingénieurs en génie électrique, en électrochimie, en génie des procédés et les chercheurs en hydrogène vont être très sollicités pour relever les défis techniques, anticipe l'Association française pour l'hydrogène et les piles à combustible ( Afhypac ).

Premier défi : réduire le coût. Pour obtenir l' hydrogène et donc le séparer de l'oxygène, les ingénieurs en électrochimie utilisent un procédé appelé électrolyse. Ils font passer un courant électrique dans l'eau et s'aident de métaux chers, comme le platine ou l'iridium, pour accélérer la séparation des deux atomes (hydrogène et oxygène). Des chercheurs de l'université australienne de Nouvelle-Galles du Sud ont montré que l'on peut remplacer ces métaux onéreux par d'autres moins coûteux comme le fer et le nickel.

Deuxième défi : transformer le gaz en énergie. L'hydrogène peut être soit réinjecté sous forme gazeuse dans le réseau pour chauffer les habitations (reste à trouver le mélange idéal), soit transformé en électricité grâce à une pile à combustible (c'est l'option choisie par nombre de constructeurs automobiles) ou encore changé en liquide en étant refroidi jusqu'à - 253 °C pour être utilisé en carburant (Air Liquide travaille assidûment sur le sujet).

Troisième défi : le stockage. A l'état gazeux, il est très léger et explosif, à l'état liquide il doit être maintenu à de très faibles températures. Il faut donc concevoir les bons réservoirs.

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Engagés pour atteindre tous ces objectifs, les petits génies de la recherche et développement peuvent escompter entre 28 000 et 34 000 euros brut de salaire par an pour un jeune diplômé, selon l'étude 2021 du cabinet de recrutements Michael Page.

Les métiers de l'industrialisation

Avec son plan, le gouvernement entend passer d'initiatives expérimentales à l'édification d'une véritable industrie. « Pour produire et distribuer en masse cette énergie, il faut des électrotechniciens, des techniciens réseau gaz, des techniciens en conduites des procédés (entre 25 000 et 27 000 euros brut par an pour un débutant), des automaticiens (26 000 à 29 000 euros brut par an pour un débutant), des assembleurs (22 000 à 25 000 euros brut par an pour un débutant), des tuyauteurs, des chaudronniers (20 000 à 22 000 euros brut par an pour un débutant) et des techniciens en maintenance (25 000 à 30 000 euros brut par an pour un débutant) », évalue l'Afhypac.

Pour Jens Bicking, dirigeant d'Elatos, c'est justement là que le bât blesse : « Les BTS formant à ces métiers attirent peu les jeunes. Depuis l'annonce du plan hydrogène, nous constatons heureusement une hausse des candidatures d'ingénieurs. Mais côté techniciens, c'est le calme plat. »

Une PME parisienne métamorphose les camions

« Nous travaillons pour 2030 », explique Arnaud Pigounides, dirigeant de Retrofuture Electric Vehicles (REV). La start-up parisienne de huit salariés, qui transforme jusque-là les automobiles, utilitaires et camions à essence en véhicules électriques, a un nouveau projet : faire rouler les camions de livraison à l’hydrogène.

« Les grandes villes refoulent les véhicules polluants et les constructeurs ne commercialiseront qu’à partir de 2026 leurs premiers camions à hydrogène », explique-t-il. Transformer l’existant c’est moins cher, plus rapide - REV a pour ambition d’opérer les premières métamorphoses dès 2023 - et pas si compliqué.

« C’est le même moteur qu’un véhicule électrique classique, sauf qu’il est alimenté par une pile à combustible à la place d’une grosse batterie. Au lieu de recharger pendant deux heures son camion, on se rend dans une station pour faire en quelques minutes le plein d’hydrogène », anticipe-t-il.

La start-up va créer un bureau d’études et recrutera dès 2021 une quinzaine d’ingénieurs en génie électrique et en contrôle qualité.