Aide-soignant, livreur, ingénieur : ces métiers qui résistent à la crise

Si certains secteurs sont très touchés par la crise du Covid-19, d’autres font face à une pénurie de main-d’œuvre. Selon le dernier baromètre Randstad, que nous présentons en exclusivité, plusieurs secteurs retrouvent des niveaux de recrutement comparables à 2019.

 La livraison est en plein boom. 2300 emplois doivent par exemple être créés dans les prochains mois par Amazon (illustration).
La livraison est en plein boom. 2300 emplois doivent par exemple être créés dans les prochains mois par Amazon (illustration). LP/Aurélie Ladet

Aides-soignants, infirmières, commerciaux, livreurs, ingénieurs… Des CDI, CDD et contrats en intérim sont à pourvoir par dizaines de milliers dans ces professions très recherchées par des entreprises qui peinent à recruter en dépit d'un vivier de main-d'œuvre disponible. Dans un contexte de chômage de masse, le sujet des métiers en tension est brûlant. Encore plus avec cette crise.

Ce lundi 9 novembre, la ministre du Travail, Elisabeth Borne, compte mettre le dossier sur la table avec les organisations syndicales et patronales. L'objectif? Trouver les solutions en matière de rémunération, d'attractivité ou de formation pour réussir à faire enfin coïncider offre et demande d'emploi. Il y a urgence : depuis près d'un an, des secteurs comme la restauration, historiquement sur le podium des plus gros pourvoyeurs d'emplois, sont à l'arrêt tandis d'autres désespèrent de trouver des candidats.

D'autant que la situation n'est pas si sombre qu'imaginée. L'emploi salarié privé a rebondi de 1,8 % au troisième trimestre, soit 344 400 créations nettes d'emplois, selon l'estimation provisoire de l'Insee publiée vendredi. C'est 214 000 emplois en moins par rapport à 2019 mais un niveau comparable à celui de fin septembre 2018. Malgré un contexte morose au second trimestre, le déconfinement a également permis la reprise des embauches en CDI à un niveau égal à celui de 2019, indique la Dares, le service des statistiques du ministère du Travail.

Aide-soignant, livreur, ingénieur : ces métiers qui résistent à la crise

Mieux : selon Randstad, qui a analysé les offres de plus de 11 000 sites de recrutement, le nombre d'offres d'emploi en CDI, CDD et contrats d'intérim retrouve au mois d'octobre un niveau « identique à celui de 2019 », souligne Gaëtan Deffrennes, directeur général de l'entreprise spécialisée dans le recrutement.

Le secteur de l'aide à la personne manque de bras

Sans surprise le secteur de l'aide à la personne, où le manque de main-d'œuvre a été révélé au grand jour avec la pandémie, les fiches de poste sont surreprésentées au mois d'octobre. Dans le top dix des métiers les plus demandés, se retrouvent ainsi la garde d'enfants à domicile (14 097 postes + 29 %), les infirmiers (12 740 postes + 80 %) et les auxiliaires de vie (8 927 postes, + 38 %), avec des contrats en CDI dans plus de la moitié des cas.

Le groupe Korian, qui gère 308 Ehpad en France cherche ainsi à recruter immédiatement « 1 200 CDI à temps complet, dont 300 infirmières, 400 aides-soignantes, mais aussi une quarantaine de kinésithérapeutes et psychologues », annonce son directeur général de la santé, Nicolas Mérigot. Des dizaines de postes sont également à pourvoir dans les services hôteliers et de la restauration en maison de retraite. Pour accélérer ces embauches, le groupe a publié sur son site Internet un moteur de recherche des offres.

Aide-soignant, livreur, ingénieur : ces métiers qui résistent à la crise

La logistique, l'administration publique et certaines activités de l'industrie manufacturière, qui regroupent aussi bien les industries alimentaires, textiles, pharmaceutiques ou encore informatiques, apparaissent comme des potentiels employeurs en pleine crise. En particulier dans le secteur des équipements électriques, qui représentent près d'un quart des prévisions de recrutements annoncées dans le secteur industriel depuis début juin avec 3 240 embauches sur les 14 694 enregistrées par l'observatoire de l'emploi Trendeo. Et ce n'est pas fini. Son créateur et gérant, David Cousquer, évoque « de gros projets d'investissements dans les batteries pour véhicule électriques ».

Le constructeur automobile PSA a lancé une campagne de recrutement d'agents de fabrication pour ses sites de Douvrain (Belgique) et d'Hordain (Nord). A l'horizon 2023, ce sont 2 000 postes d'agents de production, d'ouvriers qualifiés et d'encadrants qui sont à pourvoir. Le chinois Envision, spécialisé dans les énergies renouvelables, pourrait aussi produire en France des batteries destinées aux véhicules électriques. A la clé : un millier d'emplois, là aussi d'ici à 2023.

La livraison en plein essor

Contrairement à la crise de 2008, où le gouvernement avait soutenu tardivement et pas assez fortement les secteurs en difficulté, les dispositifs mis en place depuis le printemps produisent également des effets positifs. « Le chômage partiel et toutes les mesures de liquidité, dont le prêt garanti par l'Etat et le fonds de solidarité pour les indépendants, ont réussi à jouer à fond leur rôle d'amortisseur pour limiter la casse et permettre aux ménages de continuer à consommer », confirme Emmanuel Jessua, économiste au centre de recherche Rexecode.

Ils consomment mais différemment, et cela se traduit dans les chiffres de l'emploi. La livraison à domicile est ainsi en plein boom. 2 300 emplois doivent être créés dans les prochains mois par Amazon. Fin octobre, le géant américain a reçu un premier feu vert pour l'installation d'un entrepôt géant près de Rouen. Il doit aussi en ouvrir un à Montbert, en Loire-Atlantique.

« D'autres entreprises de livraison à domicile recrutent car elles se sont bien adaptées à la production sur site, avec des mesures de précaution sanitaires appropriées qui leur permettent de produire plus », souligne Emmanuel Jessua, qui pointe également l'adaptation « des commerces qui développent des solutions numériques de livraison innovantes comme le click and collect pour s'adapter au reconfinement ».

Reste à savoir si, justement, ce nouveau confinement, qui met à nouveau à l'arrêt une partie de l'économie française, ne risque pas de mettre un sérieux coup de frein à toutes ces embauches. Réponse à la fin de l'année.