E-commerce : cet audacieux duo qui a sauvé la Redoute

Ils ont repris et relancé la société de vente par correspondance, sur le déclin il y a six ans. Elle, c’est Nathalie Balla. Lui, Eric Courteille. Deux coprésidents qui décident tout ensemble, dans une gouvernance à «quatre yeux», comme en Allemagne.

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 Roubaix (Nord), le 26 janvier 2021. Coprésidents de la Redoute, Nathalie Balla et Eric Courteille, qui partagent tout, ont métamorphosé la célèbre entreprise.
Roubaix (Nord), le 26 janvier 2021. Coprésidents de la Redoute, Nathalie Balla et Eric Courteille, qui partagent tout, ont métamorphosé la célèbre entreprise. LP/Olivier Corsan

Ils ne se sont pas concertés mais arrivent tous deux avec un col roulé en cachemire la Redoute. Voilà six ans maintenant que Nathalie Balla et Eric Courteille, coprésidents de la Redoute, pilotent la résurrection de cette entreprise ch'ti, qu'ils ont rachetée et relancée alors qu'elle était en grande difficulté. Pas de portefeuille attitré, pas de répartition des rôles, juste un même regard croisé sur toutes les décisions à prendre. Ils se parlent plusieurs fois par jour; lui privilégie les appels téléphoniques, elle les SMS. Qu'importe le média, leur complicité saute aux yeux.

A l'époque, en 2014, la société de vente par correspondance va très mal. Les projets de reprise ne conviennent ni à Eric Courteille, alors secrétaire général de Redcats, la maison mère de la Redoute, ni à Nathalie Balla, la PDG de la Redoute. Ces deux-là se connaissent depuis 2009, s'apprécient professionnellement. Partagent, surtout, la même volonté.

« Il fallait préserver l'acquis, à savoir une marque incroyable et son savoir-faire unique en matière de création », se souvient Eric Courteille. A eux deux, ils rachètent 51% de l'entreprise pour un euro symbolique et enquillent 250 réunions en interne, afin de rallier des troupes perturbées par le gros plan social en cours (1178 postes).

«Les plus gentils nous disaient juste : Vous êtes courageux»

Au final, 1600 des 2500 salariés restants décideront d'investir en moyenne 200 euros pour acquérir collectivement les derniers 49% du capital. A l'extérieur, peu y croient. « Les plus gentils nous disaient juste : Vous êtes courageux », sourit Nathalie Balla. Ils le seront, ne compteront pas leurs heures, travaillant en vertu du principe allemand de la gouvernance à «quatre yeux».

Quitte, bien sûr, à ne pas être d'accord. « Quand c'est le cas, on n'élude pas le problème, on discute », explique la première. « Et si besoin, avant de trancher, on dort dessus une nuit », complète l'autre. Tous deux en sont convaincus : cette tête bicéphale, loin de ralentir les prises de décision, les accélère.

C'est fin 2015 que le bout du tunnel est apparu : alors que le célèbre catalogue vient d'être arrêté, la croissance des ventes repart à la hausse. L'accord signé en 2018 avec les Galeries Lafayette, qui s'engagent à reprendre d'abord 51% puis fin 2021 la totalité du capital, est un autre signal très fort.

Aujourd'hui, ces deux grands sportifs se disent qu'ils ont sûrement commis des erreurs, mais n'affichent aucun regret. Fierté ultime : avoir été transparents, même dans les moments durs. «On a toujours dit ce qu'on allait faire, c'était l'unique façon de restaurer la confiance.»

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