Drame de Valence : faut-il renforcer la sécurité dans les agences Pôle emploi ?

Syndicats et direction doivent se retrouver ce mercredi après l’assassinat jeudi d’une conseillère de Valence par un ingénieur sans emploi. Les représentants du personnel veulent poser les «bonnes questions».

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 Les syndicats s’accordent tous pour plaider « un renforcement de la présence du personnel » à l’accueil.
Les syndicats s’accordent tous pour plaider « un renforcement de la présence du personnel » à l’accueil. AFP/Philippe Desmazes

Cinq jours après le drame de Valence, l'ensemble des quelque 900 agences Pôle emploi du pays ont rouvert leurs portes au public, lundi 1er février. Seule l'agence de la rue Victor-Hugo, à Valence (Drôme), où Patricia Pasquion, une conseillère de 53 ans, est morte jeudi 28 janvier sous les balles de Gabriel F., reste fermée jusqu'à nouvel ordre. « On est dans le jour d'après, commente Guillaume Bourdic, représentant CGT au comité d'entreprise de Pôle emploi. Il y avait beaucoup d'appréhension pour certains, ce lundi matin, au moment de la reprise. »

Après le choc et l'effroi, l'heure va être au dialogue et aux discussions autour des conséquences à tirer d'un tel drame. « Il ne faut pas tout mélanger. Ce drame, nous n'aurions peut-être jamais pu l'éviter. Mais il y a de bonnes questions à se poser », souligne Didier Gudet, délégué CGT en Auvergne Rhône-Alpes. Deux réunions sont prévues mercredi 3 février entre la direction, les représentants syndicaux et les élus du personnel. Deux sujets domineront l'ordre du jour des temps d'échange : celui de la sécurisation des agences et celui d'une potentielle réorganisation de l'accueil, ce poste difficile où, dénoncent les syndicats, trop de jeunes inexpérimentés en CDD sont placés.

Les syndicats opposés au «tout sécuritaire»

Faut-il mettre en place des portiques de sécurité, des vigiles ? Doit-on instituer une fouille systématique des sacs des demandeurs d'emploi ? Ces questions se poseront, même si dans leur ensemble, les syndicats s'opposent au « tout sécuritaire », préférant des mesures moins intrusives. « On ne va pas transformer les agences en bunkers ! » s'agace Didier Gudet. « Si l'on commence à fouiller les gens, cela va être contre-productif, estime de son côté Laurent Méric, représentant national du Snap-Pôle emploi. Lui avance l'idée d'un « bouton d'alerte silencieux sur les postes d'accueil » ou encore d'une « pièce de mise en sécurité où se replier en cas d'agression ».

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Les syndicats, à l'instar de la CFDT, premier syndicat représentatif à Pôle emploi, s'accordent tous pour plaider « un renforcement de la présence du personnel » à l'accueil, ces postes situées en première ligne, les plus en contact avec le public. Avec, en filigrane, la volonté de l'établissement public « d'individualiser les parcours » avec deux référents possibles par demandeur d'emploi et une gestion des parcours de chacun par rendez-vous individuel. « Les pratiques changent. Désormais, comme dans d'autres administrations publiques, la communication se fait beaucoup par messagerie électronique, les réponses de Pôle emploi arrivent en différé. Cette absence de contact humain va créer de la violence et des situations tendues à l'heure de la crise sociale liée au Covid », s'inquiète Guillaume Bourdic, à la CGT.

«Ce bashing systématique, il faut y répondre»

Enfin, il sera aussi question de la valorisation à mener auprès du grand public de l'image de Pôle emploi. La CFDT évoque notamment l'idée d'un renforcement des moyens de l'établissement public sur Internet, mais aussi la possibilité de mettre en place de l'affichage en agence sur les réussites et l'utilité du travail mené à Pôle emploi. Le week-end dernier, à la suite du drame et de la journée de fermeture des agences décrétée par la direction, de nombreux internautes se sont exprimés sur la page Facebook de l'établissement public.

Certains se sont montrés très critiques, faisant part de leur incompréhension et leur colère face à la « journée de grève » ou au « repos » pris par les agents de Pôle emploi. « Ce bashing systématique, il faut y répondre et tenter d'y remédier », revendique David Vallaperta, à la CFDT. Contactée, la direction de Pôle emploi n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet.