Des pays «avantagés» par le changement climatique ? Le cabinet de consultants retire son étude

Publiée par l’antenne praguoise du cabinet Deloitte, cette étude concluait que les économies situées à certaines latitudes, comme le Canada, la Norvège et la Russie, tireraient profit de la hausse des températures.

 Des experts interrogés par l’AFP la semaine dernière avaient qualifié le rapport de « naïf et trompeur » ainsi que de « parfaitement insensé ».
Des experts interrogés par l’AFP la semaine dernière avaient qualifié le rapport de « naïf et trompeur » ainsi que de « parfaitement insensé ». REUTERS/Zohra Bensemra

Une approche cynique, trompeuse et déconnectée de toute réalité. Depuis une semaine, les critiques s'abattent sur un rapport du célèbre cabinet d'audit et de conseil Deloitte. Cette étude, qui mettait en lumière les « avantages économiques » qu'un tiers des pays du monde pouvait tirer du dérèglement climatique, vient d'être retirée, a annoncé ce vendredi la direction.

Publiée par le bureau de Deloitte à Prague la semaine dernière, cette étude concluait que les pays situés à certaines latitudes, comme le Canada, la Norvège et la Russie, devraient être « ceux qui bénéficieront le plus de la hausse des températures » sur le plan économique.

« Une formulation malheureuse »

La hausse du Produit intérieur brut (PIB) de la République Tchèque, par exemple, devrait atteindre 25 % d'ici 2100 « dans les scénarios où le réchauffement climatique est le plus rapide », selon un résumé de cette étude. De manière surprenante, le rapport constate que le scénario climatique le plus extrême des Nations unies - qui prévoit un réchauffement de la planète de quatre degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels d'ici 2100 - profiterait davantage à la République Tchèque qu'une augmentation de 2C.

« La formulation malheureuse n'est pas représentative de la position générale de Deloitte sur l'impact du changement climatique. C'est pourquoi, ce rapport a été retiré et n'est plus accessible au public », a indiqué la firme. « Deloitte pense qu'il est essentiel que tout le monde - des gouvernements aux entreprises, en passant par les ONG et les particuliers - agissent pour protéger la planète », ajoute le texte.

Une « étude apparemment logique mais qui est aussi parfaitement insensée »

Les conclusions du rapport, basées sur la relation entre les températures annuelles moyennes et le PIB, contredisaient la plupart des recherches sur les impacts économiques à long terme du changement climatique.

De nombreux chercheurs ont ainsi fustigé la méthodologie de cette étude. « Calculer les effets du changement climatique sur la seule base des changements de la température moyenne ou des précipitations qui modifient le PIB est naïf et trompeur », a commenté Tim Lenton, professeur à l'Institut du système mondial de l'université d'Exeter, en commentant le rapport Deloitte.

Gernot Wagner, professeur associé en économie du climat à l'université de New York, dresse le même jugement. que les grands risques liés au réchauffement de la planète proviennent de phénomènes météorologiques extrêmes tels que les vagues de chaleur et les inondations, et non de changements de la température moyenne. « Le climat est un phénomène mondial », a fait remarquer M. Wagner. « Aucun pays n'est une île, y compris la République Tchèque ». C'est un exemple d'une « étude apparemment logique mais qui est aussi parfaitement insensée », a-t-il tranché.

Une équipe de chercheurs du Centre environnemental de l'Université Charles à Prague a également critiqué l'analyse de Deloitte, soulignant dans une longue réfutation que l'économie d'exportation ouverte de la République Tchèque dépend de l'évolution des marchés mondiaux, ce qui est ignoré dans le rapport.

Le PIB par habitant diminuerait de 7 % par habitant, selon le FMI

Des études récentes publiées dans des revues à comité de lecture scientifique montrent que l'économie mondiale sera fortement touchée par le réchauffement climatique d'ici à la fin du siècle, et qu'elle se contractera de 20 % d'ici à 2100 si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. Dans une estimation plus prudente, le FMI a déclaré l'année dernière que le PIB par habitant diminuerait de plus de 7 %.

La publication de cette étude étonnait d'autant plus que Deloitte avait annoncé au début de ce mois un engagement « à atteindre un niveau d'émissions de gaz à effet de serre net zéro d'ici 2030 pour nos propres activités ».