Croissance : le FMI place tous ses espoirs dans la vaccination

L’institution a dévoilé des prévisions mondiales plus optimistes pour 2021 à la faveur de la campagne de vaccination contre le Covid-19 : le PIB devrait rebondir de 5,5%, soit 0,3% de mieux que dans les estimations d'octobre.

 La chef économiste du FMI Gita Gopinath a présenté de nouvelles prévisions pour 2021, mardi, depuis le siège de l’institution à Washington.
La chef économiste du FMI Gita Gopinath a présenté de nouvelles prévisions pour 2021, mardi, depuis le siège de l’institution à Washington. AFP/Andrex Caballero-Reynolds

Le Fonds monétaire international l'assure : la pandémie va laisser des traces pendant longtemps sur l'économie mondiale. Il estime d'ores et déjà la perte cumulée pour le Produit Intérieur Brut mondial, du fait de la crise sanitaire, à 22.000 milliards de dollars.

Ce chiffre colossal a été calculé à partir des estimations faites avant la pandémie pour les années à venir, a expliqué mardi l'économiste en chef du FMI Gita Gopinath, lors d'une conférence de presse pour présenter les dernières prévisions mondiales. Elle a qualifié cette perte de « substantielle ».

Mais alors que le FMI s'attendait il y a trois mois à un rebond de 5,2 %, il mise désormais sur une croissance mondiale de 5,5 % à la faveur de l'accélération de la vaccination et des plans d'aide massifs des gouvernements.

Avant le retour de la croissance, un «effondrement dramatique »

Cette croissance suivra « un effondrement dramatique », souligne Gita Gopinath, tout en notant « l'incertitude extraordinaire » qui entoure ces prévisions. Que la croissance soit plus forte ou plus faible « dépendra du résultat de la course entre le virus en mutation et les vaccins, et dans quelles mesures le soutien politique se poursuit », a-t-elle résumé.

Le scénario de référence repose sur une « large disponibilité » des vaccins dans les économies avancées et certains pays émergents à l'été 2021, puis dans la plupart des pays d'ici à la seconde moitié de 2022, soit un calendrier accéléré par rapport aux attentes d'octobre. Pour autant, cette dernière estimation recouvre des réalités disparates d'un pays à l'autre.

Les Etats-Unis, première puissance économique mondiale, devraient ainsi enregistrer une croissance de 5,1% de leur PIB (+ 2 points), dopé par le dernier plan de soutien économique de 900 milliards de dollars adopté fin décembre. Il s'agirait alors de la plus forte croissance annuelle depuis 1984.

C'est sans compter l'impact potentiel du gigantesque plan de sauvetage de 1.900 milliards dévoilé début janvier par le nouveau président démocrate Joe Biden, qui doit être prochainement négocié au Congrès. Ce plan pourrait apporter 5 % de croissance supplémentaire sur trois ans (2021, 2022 et 2023), selon une estimation très préliminaire du FMI.

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La Chine enregistrera, elle, une croissance de 8,1 %, à peine moins que les 8,2 % projetés il y a trois mois. Mais la deuxième puissance économique mondiale a retrouvé depuis le dernier trimestre 2020 ses niveaux d'avant pandémie.

Dans la zone euro, la résurgence de la pandémie et les mesures de confinement ont affaibli de nouveau l'activité. Le retour au niveau économique de fin 2019 n'est pas prévu avant 2022. Le FMI n'attend plus qu'un PIB à 4,2 % (-1 point). L'Allemagne devrait enregistrer une croissance de 3,5 % (-0,7 point), la France + 5,5 % (-0,5 point), l'Italie + 3 % (-2,2 points) et l'Espagne + 5,9 % (-1,3 point).

Quant au Royaume-Uni, frappé par le variant du nouveau coronavirus, il voit sa prévision également abaissée, à 4,5 % (-1,4 point). Les Etats-Unis et le Japon devraient, quant à eux, retrouver leur niveau d'avant crise dès le second semestre 2021.

Une fin de la pandémie plus rapide synonyme d'une reprise plus forte

Face à l'incertitude, l'heure n'est pas au retrait prématuré des aides gouvernementales, a insisté Gita Gopinath. Cette mise en garde intervient au moment où des réticences apparaissent dans les rangs républicains et démocrates aux Etats-Unis concernant le plan de sauvetage proposé par Joe Biden. Les craintes reposent notamment sur l'explosion attendue du déficit budgétaire en cas d'adoption de ce gigantesque plan.

Parmi les éléments donnant matière à espérer une croissance encore meilleure que prévu en 2021 : la fabrication de vaccins, y compris ceux en cours de développement, dans les économies émergentes, ainsi que leur distribution et l'efficacité des thérapies. Cela signifierait une fin de pandémie plus rapide, renforçant la confiance des entreprises et des ménages. Une hypothèse qui entraînerait une reprise plus forte de la consommation, de l'investissement et de l'emploi.

A contrario, la croissance pourrait s'avérer inférieure aux 5,5 % attendus si la flambée de virus, y compris à partir de nouveaux variants, s'avère plus difficile à contenir. Les espoirs d'une sortie relativement rapide de la pandémie seraient alors anéantis, affaiblissant la confiance. Le FMI envisage aussi des troubles sociaux potentiels en raison d'une inégalité accrue et d'un accès inégal aux vaccins et aux thérapies.

Pour 2022, le Fonds a laissé inchangée sa prévision à 4,2 %. En revanche, la contraction du PIB enregistrée l'an passé a finalement été moindre quoique toujours historique : -3,5 %, loin cependant des 5,2 % estimés en juin 2020.