Crise du covid : la jeunesse aidée… par la plus jeune commune de France

Créée en 1981, Val-de-Reuil dans l’Eure est la dernière-née des villes nouvelles françaises. Quarante ans plus tard et en pleine crise du covid, la municipalité tend la main à ses jeunes, en offrant 250 € par étudiant affecté.

 Prévue à l’origine pour accueillir 140 000 habitants, la ville nouvelle Val-de-Reuil n’en compte aujourd’hui que 16 000.
Prévue à l’origine pour accueillir 140 000 habitants, la ville nouvelle Val-de-Reuil n’en compte aujourd’hui que 16 000. Service Communication Val-de-Reuil

Malgré la fatigue, sa détermination reste intacte. Mauranne Percepusse conclura bientôt ses études avec un master 2 en psychologie clinique de l'université de Poitiers presque entièrement effectué « en distanciel » et en jonglant entre son boulot étudiant le week-end dans la commune de la Vienne, en région Nouvelle-Aquitaine, et un stage, la semaine, à 400 km de là : près de la ville normande de Val-de-Reuil (Eure) où elle a grandi.

Un rythme éreintant. Aussi, à quelques mois de faire son entrée dans la vie active, le petit coup de pouce de sa ville d'origine est le bienvenu. Déjà boursière, la jeune femme est l'une des 106 étudiants originaires de Val-de-Reuil à avoir demandé une aide exceptionnelle de 250 € qui, dans son cas, lui permettra de payer son loyer et plusieurs litres d'essence.

« Car malgré ma bourse, malgré mon petit salaire, je suis souvent dans le rouge. Mes parents ne peuvent pas m'aider, raconte la jeune femme. S'il n'y avait pas eu cette pandémie, j'aurais pu trouver un petit boulot par ici, en Normandie, mais c'était impossible, alors je continue de faire les allers-retours ».

35 % de la population a moins de 25 ans

Sous condition de ressources, tout étudiant de moins de 25 ans dont l'un des parents habite la commune peut prétendre à cette aide exceptionnelle. Il faut dire que, pandémie ou pas, près d'un tiers des habitants de cette ville de 16 000 habitants vivrait sous le seuil de pauvreté. La population est aussi très jeune, puisque 35 % des Rolivalois ont moins de 23 ans. Et la proximité de villes universitaires comme Rouen ou Paris favorise la poursuite d'études dans le supérieur. Créée en 1981, Val-de-Reuil dans l'Eure est la dernière-née des villes nouvelles françaises.

Les étudiants de Val-de-Reuil, qui avant la pandémie se tournaient vers des emplois dans la restauration rapide ou l'hôtellerie, rongent leurs freins et les parents ne sont souvent pas en capacité de les aider. « Et donc les conséquences du covid, ici, sont très fortes », fait remarquer le maire PS, Marc-Antoine Jamet.

Ne pas interrompre ses études

Avec cette aide, Marc-Antoine Jamet aimerait bien sûr éviter les abandons d'études : « Je reçois des étudiants lors de mes permanences à la mairie. La dernière fois, c'est un jeune d'origine turque qui vient me voir, poursuit l'édile. Je regarde ses diplômes : je vois mention Très bien au bac. Je vois qu'il est en fac de physique. Et là, il me dit qu'il réfléchit à arrêter ses études, qu'il ne s'en sort plus. Voilà pourquoi nous avons voulu aider nos étudiants ».

Mauranne Percepusse a aussi hésité à interrompre son cursus pour trouver un emploi, avant de se raviser. « Dans notre commune, nous sommes très attachés à la promotion par l'école. Avec ces 250 €, on investit sur l'avenir. C'est une manière de dire à nos jeunes que nous croyons en eux », conclut l'édile, par ailleurs favorable à l'ouverture du RSA pour les 18-25 ans, « au moins pour la durée de la crise ».