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Crise du coronavirus : «Les baisses d’impôts ne sont pas remises en cause»

Le rapporteur du Budget, Laurent Saint-Martin, revient sur les mesures présentées ce mercredi en Conseil des ministres. Alors que le montant des aides s’envole pour faire face à la crise sanitaire, le député (LREM) rassure les contribuables : les baisses d’impôts prévues ne sont pas menacées.

 Laurent Saint-Martin, député (LREM) du Val-de-Marne.
Laurent Saint-Martin, député (LREM) du Val-de-Marne. MAXPPP/Thomas Padilla

Laurent Saint-Martin, 34 ans, député (LREM) du Val-de-Marne, est le rapporteur général du budget. Alors que l'année 2020 devrait compter un nombre record de projets de loi de finances rectificatifs (PLFR) – pandémie (et récession) obligent ! – le 2e budget modifié vient d'être présenté ce mercredi 15 avril en Conseil des ministres, par le ministre des Comptes publics. Au Parlement, c'est désormais Laurent Saint-Martin qui va porter et défendre le texte devant les députés.

Il l'indique sans ambiguïtés : les baisses d'impôts mises en place avant la crise, qu'il s'agisse de l'impôt sur le revenu (IRPP) ou de la fiscalité locale (suppression de la taxe d'habitation), ne sont absolument pas remises en cause.

Vous allez défendre votre 2e projet de loi de finances rectificatif (PLFR) en quelques semaines. En quoi consiste ce nouveau texte ?

LAURENT SAINT-MARTIN. Il s'agit d'un texte assez simple. C'est plus un PLFR bis qu'un PLFR II, pour dire les choses clairement. Nous augmentons notamment les crédits sur les mesures déjà effectives – chômage partiel et fonds de solidarité, et nous rajoutons un nouveau filet de sécurité en assouplissant les conditions d'éligibilité et en portant l'aide jusqu'à 5 000 euros pour les entreprises menacées de faillite. Le budget modifié de ce mercredi est un texte d'urgence – de maintien à flot de notre économie. Ce n'est pas un texte relance économique puisque la fin de la crise n'est pas encore là. Il faut respecter les séquences.

Ce budget modifié grave dans le marbre des chiffres qui font froid dans le dos…

C'est vrai : une récession estimée à -8 %, qui nous amène à un déficit à -9 % du PIB et une dette à 115 % du PIB. Le pays tombe dans des niveaux de déficit et d'endettement qui sont lourds, et inédits depuis l'après-guerre. C'est important de le mentionner. Il ne faut pas être trop alarmiste, mais il faut le regarder en face. Cette dette, il faudra savoir la combler, plus tard.

Les décisions actuelles impliquent-elles des hausses d'impôts à venir ?

Les baisses d'impôts ne sont pas du tout remises en cause ! La fiscalité, c'est d'abord une question de confiance et de stabilité. La baisse de l'impôt sur le revenu est maintenue, comme la suppression de la taxe d'habitation (TH), y compris pour les 20 % de Français les plus aisés – qui doivent en bénéficier progressivement, dans les trois années qui viennent. La réforme est votée et elle ne sera pas détricotée : elle sera mise en place. Elle va aider à dynamiser la reprise.

C'est-à-dire ?

En confinant, le gouvernement a appuyé sur le bouton « stop » pour l'offre (NDLR : de biens et services), mais aussi pour la demande (NDLR : ménages/entreprises/administrations). Il est donc hors de question de gréver la reprise, que ce soit celle de la production ou celle de la consommation. En trois ans, nous avons baissé plus que quiconque les prélèvements obligatoires dans ce pays : il faut s'en féliciter, car c'est justement ce qui va permettre un redémarrage rapide de notre économie.

Mais comment remboursera-t-on notre dette ?

Durant l'après-guerre, une inflation galopante avait permis de faire descendre l'endettement rapidement. Nous ne sommes plus dans le même monde, et il faudra trouver d'autres solutions. La résorption de notre dette devra passer par une économie qui redémarre très fort. Grâce à une reprise qui dégagera des excédents, j'espère que nous parviendrons à l'atténuer, petit à petit.

Avec cette dette, êtes-vous sûr de ne pas faire le sacrifice des générations futures ?

Il faut faire attention à ce terme : la dette d'Etat se refinance en permanence, elle n'a rien à voir avec la dette qu'un particulier peut laisser à ses enfants… Je crois au contraire que nous permettons aux générations futures d'avoir un monde avec des emplois maintenus, pour qu'ils puissent, demain, trouver un travail. Nous ne les sacrifions pas, c'est même tout l'inverse.

Prévoyez-vous d'autres budgets modifiés en 2020 ?

Oui, car nous avançons au fur et à mesure, projet de loi de finance rectificatif par projet de loi de finance rectificatif, en fonction de ce que nous comprenons de la crise sanitaire et de ses terribles conséquences économiques. Aujourd'hui, l'économie est atone, il est impératif de la maintenir en vie. Demain, nous la relancerons avec un nouveau texte qui permettra de cibler des secteurs. Il y aura, à ce moment-là, une relance des politiques publiques, dont un grand plan d'investissement sur la santé.