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Création d’un euro numérique : les Européens consultés à partir de ce lundi

La Banque centrale européenne lance ce lundi une vaste consultation publique et des expérimentations sur la création d’une monnaie virtuelle commune à la zone euro capable de contrer les cryptomonnaies privées.

 L’émergence des monnaies virtuelles étatiques ou privées incite la BCE à se positionner sur ce sujet.
L’émergence des monnaies virtuelles étatiques ou privées incite la BCE à se positionner sur ce sujet. ISTOCK

Le futur euro numérique doit-il prendre la forme d'une carte bancaire? Etre utilisable sans Internet ni électricité? Offrir un seuil garantissant l'anonymat du paiement comme le permettent les espèces? Etre gratuit? Toutes ces questions font partie de la grande consultation publique que lance ce lundi en ligne la Banque centrale européenne (BCE) et dont Le Parisien - Aujourd'hui en France a eu connaissance. Au total, une dizaine de questions précises adressées autant aux particuliers européens qu'aux acteurs financiers. Leur but? Sonder les attentes et les craintes vis-à-vis de cette éventuelle monnaie virtuelle.

Si en France, l'euro numérique reste encore peu connu, il en va autrement d'autres pays du Nord notamment. « En Suède, essayez donc de payer votre café avec de la petite monnaie, le serveur s'agacera ou au mieux vous prendra pour une personne bizarre, le règlement virtuel est tellement entré dans les mœurs », commente un proche de l'institution de Francfort.

Une décision politique d'ici 18 à 36 mois

D'une durée de trois mois, cette consultation doit donner lieu au printemps à une décision politique des banques centrales de la zone euro. Si leur « go » est donné, le projet d'un e-euro pourrait se concrétiser d'ici 18 à 36 mois « L'idée de créer une monnaie numérique qui dispose du même niveau de confiance qu'un billet de banque est intéressante », souligne l'eurodéputé Gilles Boyer,

Concrètement, plusieurs scénarios sont sur la table mais il paraît peu probable que cet e-euro s'affranchisse des banques. Emis par la BCE, il serait géré par les banques nationales - comme elles le font déjà pour les paiements en espèces, par carte bancaire et par chèque - à travers éventuellement la création d'un compte spécifique adossé au compte courant principal du client.

Pour la BCE, il y a urgence à réagir. C'est un fait : la demande de cash recule depuis plusieurs années en France comme en Europe. Cette érosion ne fait que s'amplifier en cette période de pandémie de Covid-19 même si aucune transmission du virus par pièces ou billets n'est prouvée. Et le récent relèvement du plafond des paiements par carte sans contact à 50 euros devrait encore accélérer la bascule.

Une question de souveraineté monétaire

Mais sa principale motivation est ailleurs. Seule habilitée à battre monnaie dans la zone euro, la BCE a toutes les raisons de s'inquiéter de l'émergence de monnaies virtuelles étatiques ou privées. « La monnaie, c'est la souveraineté et les initiatives privées sont parfois hors de contrôle », ajoute Gilles Boyer. Dans sa ligne de mire comme celle de l'institution, le lancement à venir du Libra, la monnaie virtuelle du patron de Facebook Mark Zuckerberg mais aussi d'autres cryptomonnaies aux valeurs fluctuantes.

« C'est un sujet hautement politique car si on laisse des acteurs privés s'emparer de la monnaie, il y a un fort risque de voir la BCE perdre son pouvoir de régulation monétaire au profit d'acteurs guidés par la seule logique marchande », explique l'économiste Abdelkader Slifi, professeur à l'université Paris-Dauphine, qui estime que la BCE suit « une stratégie défensive afin de rattraper son retard face au Libra » qui pourrait bien capter bon nombre de transactions numériques à sa sortie. Pour freiner son déploiement en Europe, les ministres des Finances français, allemand, italien, espagnol et néerlandais ont adopté début septembre une nouvelle réglementation très stricte à l'égard de toute monnaie virtuelle, n'excluant pas son interdiction éventuelle.