Covid-19 : le gouvernement se défend d’avoir commandé des respirateurs inadaptés

Selon une enquête de France Info, la plupart de ces appareils ne permettent pas la prise en charge de patients en réanimation. Olivier Véran dénonce une polémique « vaine et malvenue ».

 230 salariés supplémentaires ont été mobilisés par PSA à Poissy et Air Liquide à Antony pour assembler les pièces permettant de fabriquer les respirateurs.
230 salariés supplémentaires ont été mobilisés par PSA à Poissy et Air Liquide à Antony pour assembler les pièces permettant de fabriquer les respirateurs. DR

30 M€ ont-ils été dépensés trop précipitamment dans la lutte contre l'épidémie de Covid-19? C'est ce que laisse entendre une enquête de France Info (FI) sur les respirateurs artificiels, qui n'a pas été démentie formellement par le ministère de la Santé.

On le sait, en attendant le résultat des différents essais cliniques sur des traitements médicamenteux, et que soit trouvé un vaccin, le respirateur artificiel est la pierre angulaire du traitement des patients dont les poumons sont lourdement altérés par le coronavirus.

Il en existe plusieurs modèles, du respirateur léger, utilisé dans les ambulances et aux urgences, au respirateur de réa, qui permet de doser avec finesse la quantité d'oxygène insufflée dans les poumons du patient. Si aucun fabricant ne communique véritablement ses prix aux journalistes, le plus gros est en général vendu aux hôpitaux près de quatre fois plus cher que le plus petit.

Ce jeudi matin, la cellule investigations de France info affirme que les 8500 respirateurs commandés à Air Liquide dans le cadre de son alliance avec PSA, Valeo et Schneider Electric, sont inadaptés aux malades du Covid.

Des médecins expliquent qu'ils ne sont pas adaptés

France Info raconte que les ministères de la Santé et de l'Économie souhaitaient dans un premier temps que 5 000 respirateurs Monal T60, modèle sophistiqué, et 5 000 Osiris 3, plus légers, soient fabriqués pour équiper les nouveaux lits de réanimation en six semaines. Les Osiris 3 nécessitant moins de composants et de temps d'assemblage, Air Liquide propose donc d'en réaliser 8 500 Osiris 3, ainsi que 1 600 T60, dans un délai de 50 jours.

Les appareils seront facturés à prix coûtant, environ 3 000 €. Dans l'urgence, les patients malades affluant dans les hôpitaux, le feu vert gouvernemental est donné, Emmanuel Macron s'en félicite le 31 mars, et la production démarre le 6 avril, six jours sur sept, 24 heures sur 24, notamment à Poissy (Yvelines) et Antony (Hauts-de-Seine).

VIDÉO. Macron annonce la fabrication de 10 000 respirateurs d'ici mi-mai

Sauf que… Les Osiris 3 ne sont pas adaptés à la réanimation, comme l'expliquent plusieurs médecins à France Info.

« La meilleure solution »

Dans un communiqué commun envoyé par le ministère des Finances, le cabinet d'Olivier Véran, ministre de la Santé, et celui d'Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, affirment qu'« il s'agissait de la meilleure solution disponible pour garantir la capacité à armer des lits, dans un contexte où tous les pays du monde tentaient d'accroître leurs stocks de respirateurs. Elle a permis d'éviter de recourir aux solutions de fortune constatées dans certains pays, comme le fait de brancher deux patients à un même respirateur. C'est donc un choix de prudence et de responsabilité ».

Le texte affirme que les respirateurs fabriqués rejoindront les hôpitaux français, mais pas qu'ils seront utilisés dans les salles de réa. « D'ici à la fin du mois de juin, la France devrait disposer de 15 000 respirateurs de réanimation, et de 15 000 autres respirateurs d'urgence et de transport, soit une quantité supérieure aux besoins exprimés et anticipés », affirment les deux ministères, qui assurent que ce surplus pourra être mis à disposition de pays partenaires si besoin.