Covid-19 : les DRH tirent la sonnette d’alarme sur les contaminations non déclarées

Les directeurs de ressources humaines craignent que les salariés cachent leur contamination au coronavirus pour éviter une baisse de leur rémunération quand ils sont placés en arrêt maladie.

 Pour éviter que des salariés cachent leur contamination, l’association des DRH des grandes collectivités demande au gouvernement de suspendre à nouveau la journée de carence. (Illustration)
Pour éviter que des salariés cachent leur contamination, l’association des DRH des grandes collectivités demande au gouvernement de suspendre à nouveau la journée de carence. (Illustration) ISTOCK

Dans les équipes de ressources humaines, le problème a été identifié depuis longtemps. Oui, des salariés cachent leur contamination au Covid-19 à leur management afin d'éviter de perdre une partie de leur rémunération quand ils sont placés en arrêt maladie. C'est notamment le cas à la SNCF.

Dans un communiqué diffusé début septembre, l'association des DRH des grandes collectivités demande ainsi au gouvernement de suspendre à nouveau la journée de carence : « L'application de [cette] journée, qui emporte une perte de rémunération, particulièrement pour les agents qui ont de faibles salaires, peut pousser les agents à ne pas se signaler lorsqu'ils sont atteints du Covid avec des symptômes bénins, s'ils sont asymptomatiques ou lorsqu'ils sont cas contact. Ils continuent alors de venir au travail au risque de mettre en danger leurs collègues. »

Une demande pour l'instant restée vaine : « Le gouvernement doit arrêter de s'arc-bouter, exhorte Johan Theuret, président de cette association de DRH. C'est une question de santé publique. » En attendant une réponse positive de l'exécutif, certaines collectivités réfléchissent à prendre à leurs charges la journée de carence.

Un salarié a l'obligation de protéger ses collègues

Mais que risque un salarié qui ne prévient pas son employeur qu'il a été contaminé par la Covid-19 ? « Il peut faire l'objet d'une sanction disciplinaire allant jusqu'au licenciement, voire même, selon la gravité, à des sanctions pénales », prévient Eric Rocheblave, avocat spécialiste en droit du travail.

En effet, si le Code du travail reconnaît le respect de la vie privée, il impose également au salarié de protéger ses collègues. « La jurisprudence en la matière est constante, poursuit le juriste. Vous ne pouvez pas cacher votre état de santé si celui-ci peut mettre en danger les personnes avec qui vous travaillez. Pour concilier ces deux principes, vie privée et obligation d'alerter son employeur, il y a le médecin du travail. » Tenu par le secret professionnel, celui-ci ne pourra pas informer l'employeur que le salarié est porteur du virus mais pourra le déclarer et lui prescrire un arrêt de travail.