Covid-19 : le risque d’absentéisme au travail plus fort que jamais

La dernière étude de Malakoff Humanis fait ressortir un taux de 26% d’arrêts de travail dû au Covid-19 en avril. A la veille d’une nouvelle vague, sa responsable estime que plusieurs facteurs peuvent favoriser une aggravation de l’absentéisme.

 Entre mars et juin, le Covid-19 est devenu le premier motif des arrêts de travail.
Entre mars et juin, le Covid-19 est devenu le premier motif des arrêts de travail. LP/Guillaume Georges

« Environnement économique dégradé, retour d'une situation sanitaire inquiétante : tout est réuni pour que ce que nous avons connu lors de la première vague du Covid en matière d' arrêts de travail se reproduise, voire s'amplifie », met en garde Anne-Sophie Godon, responsable chez Malakoff Humanis du baromètre mensuel sur l'absentéisme dans le secteur privé qu'elle présentait ce jeudi.

La dernière mouture de cet observatoire, basée sur les témoignages de 3000 salariés interrogés par l'Ifop (NDLR : étude Ifop pour Malakoff Humanis, réalisée en quatre vagues, de mars à juin 2020, auprès d'un échantillon représentatif de 3000 salariés du secteur privé), est aussi l'occasion de mesurer concrètement les effets de la crise sanitaire sur les arrêts de travail… de demain.

Appréhension du retour en entreprise

On apprend ainsi qu'entre mars et juin, le Covid-19 est devenu le premier motif des arrêts de travail. Il est à l'origine de 26 % des arrêts en avril, au plus fort de la crise, et encore de 19 % en juin. Et l'on ne parle pas ici des dérogatoires pour cause d'enfants non scolarisés ou de personne fragile au foyer.

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La surprise de ce baromètre, c'est la « percée » des risques psychosociaux, devenus second motif d'absence. Pour la première fois, à partir du mois de mai, ils sont passés devant les troubles musculo-squelettiques (TMS). « L'appréhension du retour en entreprise concernait en juin 60 % des salariés, relève Anne-Sophie Godon. 11 % envisageaient alors de se faire prescrire un arrêt pour éviter un retour sur le lieu de travail. » Parmi eux, 20 % redoutaient d'être contaminés alors qu'ils sont malades chroniques ou touchés par une pathologie à risque. 16 % parce qu'ils redoutaient des mesures de protections sanitaires insuffisantes…

Alors que la seconde vague de contamination frappe à la porte, Anne-Sophie Godon, estime qu'« il n'y a aucune raison pour qu'en matière d'absentéisme ça se passe mieux ». Même si, ajoute-elle, « jamais la santé au travail n'a pris une part si importante en entreprise. Ce sont les salariés qui le disent! »

« 19 % de salariés ne souhaitent pas reprendre les transports en commun »

Beaucoup de facteurs, en revanche, plaident pour une possible aggravation. « 16 % des salariés déclarent avoir des difficultés financières suite à la pandémie. C'est là un vivier d'absentéisme auquel s'ajoute celui des 19 % de salariés qui ne souhaitent pas reprendre les transports en commun si un risque élevé de contamination resurgit. »

Enfin, l'état de santé des salariés est, lui, un nouveau facteur de risques. « Un certain nombre de salariés, précise la responsable de l'Observatoire de Malakoff Humanis, ont renoncé à des soins ou n'ont pu y avoir accès durant le confinement. On ne peut exclure que leur état se soit de ce fait dégradé et induise des arrêts. Il y a aussi ceux dont le diagnostic a dû être retardé, comme pour le cancer, et dont l'état est du coup plus dégradé. » Anne-Sophie Godon invite donc les employeurs à « recréer du lien collectif et de l'engagement ».