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Covid-19 : déjà des renoncements aux soins liés au reconfinement

Selon des chiffres que nous révélons en exclusivité, les annulations de rendez-vous chez le médecin en hausse de 30 % et la baisse de 10 % des prises de rendez-vous inquiètent les professionnels de santé qui lancent #SoignezVous.

 « Nous sommes nombreux à constater une instabilité des agendas depuis le confinement », témoigne Marie Msika Razon, médecin généraliste à Paris.
« Nous sommes nombreux à constater une instabilité des agendas depuis le confinement », témoigne Marie Msika Razon, médecin généraliste à Paris. AFP/Sébastien Bozon

Le premier confinement, entre mars et mai dernier, s'était soldé par un constat alarmant : plus d'un patient sur trois avait renoncé ou retardé des soins, prenant le risque d'aggraver leur état de santé. Parmi eux, beaucoup de malades chroniques, diabétiques, cancéreux… La perspective, fin octobre, d'un nouveau confinement a rapidement mobilisé; au point que sept Ordres (des médecins, infirmiers, kinés, dentistes, pharmaciens, sages-femmes et pédicures) ont lancé lundi dernier un appel commun à ne pas renoncer aux soins.

Selon nos informations, Doctolib, plate-forme de rendez-vous en ligne, a constaté entre le jeudi 29 octobre, début du reconfinement, et mardi 3 novembre, une hausse de 30 % des annulations de rendez-vous et une baisse de 10 % à 15 % des prises de rendez-vous. « Les spécialistes sont particulièrement concernés, avec + 38 % d'annulations de rendez-vous », précise Stanislas Niox-Château président cofondateur de Doctolib. Il est un peu tôt pour l'assurer, mais, fait inquiétant, il semble que ces annulations sont le fait de malades chroniques, compensées en partie par des patients Covid-19.

Beaucoup de patients ne s'estiment pas prioritaires

« Nous sommes nombreux à constater une instabilité des agendas depuis le confinement, témoigne Marie Msika Razon, médecin généraliste dans le XIVe arrondissement de Paris. J'ai appelé beaucoup de mes patients, notamment les malades chroniques pour leur dire que le cabinet est ouvert, qu'ils ne doivent pas reporter les rendez-vous. Plusieurs m'ont dit craindre de côtoyer au cabinet des patients contaminés. D'autres, poursuit-elle, estiment qu'ils ne sont pas prioritaires, qu'il faut laisser la place aux victimes de la Covid. Beaucoup annulent croyant à tort que nous sommes débordés. C'est au point que mes délais de rendez-vous ont nettement raccourci ! »

Plusieurs conséquences de ces annulations sont redoutées. « Une dégradation de l'état de santé des patients, un diagnostic tardif de pathologies comme le cancer en cas de renoncement à un dépistage, et, ajoute le Dr Mzika Razon qui dirige aussi un centre de planning familial, une prise en charge trop tardive des grossesses non désirées. » Sans oublier, glisse-t-elle, le « risque d'engorgement des cabinets à la sortie du confinement ».

Mais tout n'est pas noir. D'abord, on est loin des renoncements du premier confinement qui s'élevaient à -44 % chez les généralistes, -71 % chez les spécialistes. Et la prise de rendez-vous pour des téléconsultations remonte : + 61 % depuis vendredi dernier. « Curieusement, en Allemagne où nous sommes également implantés, ni au premier confinement ni au second on a observé la moindre baisse d'activité de consultation, rapporte le PDG de Doctolib. Mais en France, la communication officielle et médiatique, les consignes de fermeture des cabinets de certains Ordres (NDLR : dentistes, ophtalmo, kinés…) ont suscité chez les gens de la peur et l'idée que tous les cabinets étaient engorgés ou fermés. Rien de tout ça en Allemagne. »

Cette fois, pour prévenir les renoncements, à la demande des 135 000 professionnels de santé abonnés à ses services Doctolib a adressé depuis jeudi dernier cinq millions de mails pour inciter les patients à maintenir leur rendez-vous, quitte à les transformer en téléconsultation. Enfin, un appel signé par 110 000 professionnels de santé et initié par des médecins membres du conseil scientifique de Doctolib va être lancé ce jeudi. Le hashtag qui l'accompagne résume à lui seul le message : #SoignezVous…