Covid-19 : Bercy au chevet d’Accor avec un prêt garanti de 500 millions d’euros

AccorInvest va obtenir un prêt garanti par l’Etat de 500 millions d’euros. Une bouffée d’oxygène… dont certains professionnels frappés par la crise ne veulent plus, préférant mettre la clé sous la porte.

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 AccorInvest, qui exploite 900 hôtels, a vu la pandémie de Covid-19 amputer son chiffre d’affaires de 70%. (Illustration)
AccorInvest, qui exploite 900 hôtels, a vu la pandémie de Covid-19 amputer son chiffre d’affaires de 70%. (Illustration) MAXPPP/Tony Hage

Un (très) gros chèque de 500 millions d'euros. En accordant au géant hôtelier AccorInvest - la foncière d'Accor fragilisée par la pandémie de Covid-19 - un prêt garanti par l'Etat (PGE) au montant substantiel (mais pas record), Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, prouve que le « quoi qu'il en coûte » n'est pas enterré. « On peut gloser sur l'absence d'Etat stratège, mais au moins, on peut compter sur l'Etat pompier », se félicite une cadre d'Accor qui voyait « fondre sur AccorInvest une impasse imminente de trésorerie ».

Ibis, Novotel, Mercure : AccorInvest exploite, sous différentes marques, près de 900 hôtels du géant français de l'hôtellerie. Fragilisée par la pandémie qui a amputé son chiffre d'affaires de 70%, la foncière a brûlé 500 millions d'euros de trésorerie depuis le premier confinement. Mi-janvier, elle avait annoncé qu'elle envisageait la suppression d'environ 770 emplois en France et 1 900 en Europe.

A Bercy, le dossier était surveillé comme le lait sur le feu, au Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), mais aussi directement au cabinet du ministre. Ce lundi encore, Bruno Le Maire et Sébastien Bazin, le PDG d'Accor, ont échangé par téléphone. Le PGE conclu a-t-il été assorti de promesses en termes de maintien de l'emploi ? « Il a permis de limiter l'impact social de la crise et de préserver des milliers d'emplois pour ce groupe », lâche sobrement un proche du ministre.

Le risque d'une zombification de l'économie

Mais alors que l'hypothèse d'un troisième confinement pourrait à nouveau ralentir l'activité, d'autres mastodontes menacent-ils de faire naufrage? D'autres « gros » PGE sont-ils à venir? No comment à Bercy. « Les hauts fonctionnaires ne chôment pas… », confie cependant un député de la Commission des affaires économiques, en refusant de donner le nom des groupes concernés.

Les PGE sont une bouffée d'oxygène, certes. Mais le système touche à ses limites, déplorent d'autres. D'abord, des économistes, qui s'inquiètent d'une zombification de l'économie - en clair, d'un surendettement des entreprises qui pénaliserait le retour de la croissance. Ensuite, des professionnels d'autres secteurs gravement frappés, comme les bars et les restaurants, ou encore le monde de la nuit, qui mettent en avant qu'ils n'ont tout simplement… plus envie.

Aujourd'hui, sur 1684 discothèques en France, « une centaine est en liquidation judiciaire, 200 sont en procédure de règlement et 120 en cessation d'activité volontaire », indique Patrick Malvaës, le président du syndicat national des discothèques et des lieux de loisirs (SNDLL).

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Et les aides n'y changent rien… « Pour ces personnes-là, qui arrêtent d'elles-mêmes, c'est parce qu'il n'y a plus de sens à leur vie, no future », soupire-t-il. Même sentiment chez certains dans la restauration. « J'ai fait ce métier pour faire vivre une cuisine, un terroir, se morfond un restaurateur nordiste. Je n'ai pas ouvert un restaurant pour recevoir tous les mois un chèque de l'Etat en restant rideau tiré. Je ne veux plus d'une vie économique dans le coma. »