Covid-19 : baisse de l’activité, aides publiques… combien coûterait un troisième confinement

Face à un probable reconfinement, le gouvernement étudie différents scénarios. Si l’enjeu sanitaire est capital, le coût de nouvelles mesures restrictives est scruté à la loupe. La perte d’activité pourrait aller jusqu’à -18%.

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 Un troisième confinement engendrerait une baisse de l’activité économique de -10% à -18% selon le cadre choisi. (Illustration)
Un troisième confinement engendrerait une baisse de l’activité économique de -10% à -18% selon le cadre choisi. (Illustration) LP/Delphine Goldsztejn

La décision est difficile à prendre. Et malgré les appels, ces derniers jours, à un reconfinement rapide et strict de la part des médecins, l'Elysée pourrait bien se donner une semaine de plus avant d'annoncer - ou non - un nouveau confinement. Il faut éviter la « précipitation » et attendre « calmement » les résultats sanitaires du couvre-feu généralisé, a estimé ce mardi matin le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire.

Ce qui se joue surtout au plus haut sommet de l'Etat, ce sont les contours de ce troisième acte : doit-on fermer les commerces non-essentiels? Les écoles et les crèches? Imposer le télétravail et limiter les déplacements?

Covid-19 : baisse de l’activité, aides publiques… combien coûterait un troisième confinement

Ce mercredi matin, pourtant, le Conseil de défense se réunira pour faire un point stratégique. Et orienter, éventuellement, les choix des prochains jours. « Il est évident que si cette fois-ci le débat est si long du côté du gouvernement, c'est à cause de l'impact économique que pourrait avoir un troisième confinement, analyse Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste au Bureau d'informations et de prévisions économiques (BIPE) et membre du groupe de réflexion BSI Economics. A un an de l'élection présidentielle et alors que la vaccination nous laisse espérer une sortie de crise, le gouvernement doit trouver un équilibre subtil pour sortir de la pandémie sans casser l'économie. »

Le moral des patrons est en berne

Autour de la table du Conseil de défense, les indicateurs listés par Bruno Le Maire seront donc écoutés avec beaucoup d'attention. La direction du Trésor lui a préparé une note avec des prévisions affinées, auxquelles nous avons eu accès, qui estiment la perte d'activité que pourrait engendrer tel ou tel confinement. Au printemps, l'arrêt de la France (fermeture des écoles et des commerces non-essentiels, arrêt du secteur industriel et du BTP…) avait fait chuter l'activité de 32% par rapport à l'an dernier. Avec le confinement plus allégé de novembre, la baisse n'avait été « que » de 12%.

Selon les trois scénarios retenus cette fois (léger, moyen, strict), l'activité baisserait de -10%, -13% voire -18% en cas de fermeture des établissements scolaires, des magasins non essentiels, des restaurants d'entreprise.

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« Il faudrait qu'elle chute le moins possible, estime un haut fonctionnaire du ministère de l'Economie. Aujourd'hui, avec le couvre-feu et la fermeture des cafés-restaurants, nous sommes déjà à -7% selon la Banque de France. Chaque point de gagné est à étudier de près pour ne pas ralentir la croissance en 2021. »

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Dans l'entourage du ministre, on tient toutefois à déminer : « Ces éléments chiffrés ne sont pas là pour dire qu'il ne faut pas reconfiner. Il ne faudrait pas penser que Bercy tente d'empêcher un nouveau confinement. » Le ministère apporte juste des arguments économiques. Mais ils pèsent, évidemment.

Car le moral des patrons est en berne : 49% d'entre eux s'inquiètent de « ne pas être en capacité de supporter un troisième confinement », indique une récente enquête réalisée par la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Du côté des caisses publiques, la facture des aides pèse de plus en plus lourd. En cas de reconfinement strict, Bercy estime que le coût pourrait s'élever à 15 milliards d'euros par mois (incluant fonds de solidarité, chômage partiel et exonérations de charges). Un simple couvre-feu comme aujourd'hui coûterait entre 5 et 6 milliards d'euros.

« Nous n'en avons plus les moyens, lâche, inquiète, Agnès Verdier-Molinié, la directrice de la fondation iFRAP, un think-tank libéral qui évalue les politiques publiques, et dont le dernier livre (« La France peut-elle tenir encore longtemps ? », Editions Albin Michel) vient de paraître. On a l'impression que les milliards empruntés sont magiques. Mais il faut trouver un moyen de protéger sanitairement les Français sans arrêter l'activité économique. »

Le «quoi qu'il en coûte» n'est pas remis en question

Ses prévisions sont encore plus pessimistes que celles de Bercy. En cas de reconfinement très strict - comme au printemps - la perte de richesse nationale pourrait grimper, selon elle, à 16 milliards d'euros… par semaine ! « En 2020, en moyenne, nous avons emprunté 700 000 euros par minute, lâche-t-elle. Cela ne peut plus durer en 2021. »

Cela sonne-t-il le glas « quoi qu'il en coûte »? Pas du tout, si l'on en croit Elisabeth Borne. Interrogée ce mardi matin sur RTL, la ministre du Travail a martelé qu'il « durera aussi longtemps que nécessaire ». « Tant que la crise sanitaire est présente partout dans le monde, cette politique d'aides massives est durable, nous pouvons encore emprunter sur les marchés, estime Anne-Sophie Alsif. Mais si, en 2020, nous avons pu maintenir les entreprises sous perfusion, l'heure du rééquilibrage sera de mise en 2021 pour éviter de creuser les inégalités générationnelles ou entre les secteurs d'activité. A quelques mois de l'élection présidentielle, il ne faut surtout pas ajouter à la crise économique une crise sociale. »