Vente en vrac : écolo et économique, les grandes enseignes vont devoir s’y mettre !

Le projet de loi Climat et Résilience prévoit que les commerces de plus de 400 mètres carrés consacrent 20 % de leur surface de vente au vrac d’ici à 2030. Un objectif ambitieux mais pas si simple à mettre en œuvre.

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 Pour l’instant, dans les magasins Auchan, la vente en vrac représente moins de 1 % de la surface des supermarchés ou des hypermarchés.
Pour l’instant, dans les magasins Auchan, la vente en vrac représente moins de 1 % de la surface des supermarchés ou des hypermarchés.  LP/Olivier Lejeune

C'est un sacré bond en avant que le secteur du vrac devrait vivre ces prochaines années avec le projet de loi Climat et Résilience. Ce texte présenté ce mercredi au Conseil des ministres prévoit que les enseignes alimentaires de plus de 400 mètres carrés consacrent 20 % de leur surface de vente à ce mode de distribution. Soit par exemple 1 060 mètres carrés pour un magasin de 5 300 mètres carrés, la taille moyenne d'un hypermarché en France.

Or, le vrac aujourd'hui « représente entre 2 à 8 mètres carrés pour un supermarché, et 5 à 11 mètres carrés pour un hypermarché », pointe Célia Rennesson, présidente de Réseau Vrac qui fédère l'ensemble des professionnels de la filière. A Auchan, « ce n'est même pas 1 % de la surface en moyenne », précise José Da Silva Neves, chef de groupe « produits biologiques, diététiques, vrac et self discount ».

Si ce mode de distribution se développe fortement en France depuis quelques années, il est encore donc à des années-lumière de l'objectif fixé par ce texte. Le marché pèse aujourd'hui 1,3 milliard d'euros, dont la moitié provient du rayon vrac des enseignes de la grande distribution. La crise sanitaire a certes impacté le secteur : la croissance n'a été que de 8 % en 2020 contre 40 % en 2019. En cause notamment : la fermeture de ces espaces pendant le premier confinement dans une grande partie des magasins. « Il y a eu notamment un procès injuste sur l'hygiène alors que les produits vendus en vrac ne sont pas plus manipulés que le paquet de riz que vous achetez. Au contraire même », soupire Franck Bonfils, président de la marque Juste bio, spécialiste du vrac en bio en grandes surfaces.

Mais une fois déconfinés, les adeptes ont vite renoué avec ce mode de consommation qui convainc surtout pour ses vertus écologiques (pour réduire les emballages) mais aussi pour son côté « économique », notamment dans le bio où les produits sont souvent moins chers que leur équivalent emballé, comme l'avait révélé une enquête du Parisien.

Le projet de loi reste flou sur les produits concernés

Autant de raisons qui permettent donc d'être optimiste sur le développement du secteur. « On pense que le marché sera à 3,2 milliards d'euros l'année prochaine : il y a de plus en plus de magasins équipés et d'acteurs qui s'y mettent, y compris des grandes marques », se réjouit Célia Rennesson. Les produits d'épicerie (noix, pâtes, riz…) sont plébiscités. Mais le non-alimentaire (les cosmétiques, les détergents, la lessive…) fait aussi une percée.

Franprix, une des enseignes en avance sur ce secteur propose ainsi de l'épicerie bien sûr mais aussi du liquide vaisselle, du gel douche, du shampoing, de l'huile d'olive, du vin ou encore de la vodka. Est-ce suffisant pour atteindre dans neuf ans cet objectif de 20 % ? « C'est un projet ambitieux », reconnaît l'enseigne qui précise que « certains types de produits ne se prêtent pas à la vente en vrac. »

Le flou règne d'ailleurs sur ce que le projet de loi entend par « vrac ». « S'il s'agit de tous les produits vendus sans emballage, que ce soit les fruits et légumes mais aussi par exemple les produits à la coupe (la fromagerie, le traiteur…) pour lesquels on peut utiliser nos propres contenants, cet objectif de 20 % est réaliste. Autrement, ce sera compliqué », annonce Célia Rennesson. A Auchan, si on inclut le rayon fruits et légumes, « on monte ainsi à 6 % environ de la surface d'un magasin », souligne José da Silva Neves.

Des rayons qui demandent un entretien spécifique

Au-delà du type de produits, se pose aussi la question de la rentabilité d'un tel espace qui « n'est pas simple à gérer pour les enseignes. Il y a du nettoyage, du remplissage… : cela suppose beaucoup plus de logistique et de personnel que pour un rayon classique », explique Ludovic Sourbe, directeur du Pôle innovation de Sitour, une PME du Val-d'Oise qui fabrique tout le matériel utile à la commercialisation du vrac.

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« L'entretien est coûteux alors que les produits comme les pâtes ou le riz sont peu valorisés. Il y a peu de marges possibles », ajoute Franck Bonfils de Juste bio. Sans oublier les « pertes importantes – deux à trois fois plus que pour des produits emballés – avec ceux qui consomment sur place, ceux qui se trompent de produits, ceux qui en font tomber », assure le chef de groupe Auchan.

Même si « le vrac est le sujet chaud du moment », sourit Ludovic Sourbe, se conformer à cette disposition va donc nécessiter un « énorme accompagnement », affirme Franck Bonfils. « Peut-être aurait-il fallu par commencer à éduquer les consommateurs au vrac plutôt que d'imposer une surface aux enseignes, dit-il. Car si le client n'adhère pas, ça ne servira à rien. »