Livraison de repas : comment la crise du Covid-19 a boosté le secteur

Les restrictions sanitaires ont dopé le marché dominé par Uber Eats, Deliveroo et Just Eat Takeaway. Mais la France reste très en retard sur les autres pays en matière de repas livrés.

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 Avec 28 000 restaurants référencés, le leader de la livraison de repas à domicile en France est Uber Eats.
Avec 28 000 restaurants référencés, le leader de la livraison de repas à domicile en France est Uber Eats. LP/Arnaud Journois

Le secteur de la livraison de repas, c'est un choc des titans. Trois géants internationaux s'affrontent dans l'Hexagone : l'américain Uber Eats, le britannique Deliveroo et l'anglo-néerlandais Just Eat Takeaway. Avec 12,5 millions de téléchargements de son application et 28 000 restaurants référencés, le leader en France est Uber Eats.

« Nous sommes présents dans plus de 230 agglomérations françaises et couvrons 54 % de la population », fait valoir la plate-forme américaine, qui se prévaut de 40 000 livreurs indépendants. Arrivé en France en 2015, Deliveroo affiche 20 000 restaurants affiliés et 14 000 livreurs. Mais il arrive que les livreurs travaillent en même temps pour plusieurs plates-formes.

Just Eat recrute en CDI

Avec 15 000 restaurants référencés, Just Eat (qui a racheté le français Allo Resto en 2012, avant d'être lui-même racheté par le groupe néerlandais Takeaway en 2019) est basé sur un modèle hybride, différent de ses deux concurrents. Il allie au sein d'une même interface des restaurateurs qui assurent leur propre livraison, un service de livraison externalisé confié à Stuart (groupe La Poste) et, depuis janvier 2021, son propre service de livraison.

« Nous avons lancé le recrutement de 400 livreurs en CDI à Paris, nous commençons Lyon et poursuivrons les embauches dans 30 villes de France, pour atteindre un total de 4 500 CDI d'ici à la fin de l'année 2021 », explique la communication de Just Eat. Des contrats durables qui contrastent avec les pratiques sociales souvent décriées du secteur qui ont donné lieu à de nombreux recours en justice.

Côté commissions, les trois plates-formes pratiquent les mêmes taux : environ 30 % prélevés pour chaque commande livrée. C'est 14 % ou 15 % en cas de vente à emporter. Mais en cette période de fermeture des restaurants, Uber Eats et Deliveroo ne les facturent pas.

+100% de commandes

Si les volumes de vente sont jalousement gardés secrets, tous les acteurs confient que la deuxième partie de l'année 2020 leur a été particulièrement favorable. Uber Eats affirme ainsi avoir enregistré + 100 % de commandes entre le deuxième semestre 2019 et le deuxième semestre 2020 et + 130 % en août. « De 20-22 euros début 2020, la commande moyenne est passée à 25-28 euros pendant le premier confinement et se situe entre 22 et 25 euros aujourd'hui », note-t-il.

Même afflux du côté des restaurateurs et livreurs. En 2020, Uber Eats et Deliveroo ont, chacun, vu 8 000 nouveaux établissements les rejoindre. Dans le même temps, les livreurs sont passés de 30 000 à 40 000 chez Uber Eats.

Grâce au confinement puis au couvre-feu, les plates-formes ont accueilli une nouvelle clientèle : « Des familles et davantage de clients sur le déjeuner. Nous pensons que le Covid a fait prendre deux à trois ans de maturité au marché », estime Damien Stéffan.

La France en retard

Pour autant, la France reste bien en retard sur les autres pays. « La livraison pèse seulement deux milliards d'euros sur un marché de 100 milliards d'euros, soit 2 %, précise Bernard Boutboul, président du cabinet Gira, spécialisé dans la restauration. Et 90 % de ces deux milliards d'euros se concentrent sur seulement quatre villes : Paris, Lyon, Lille et Marseille. Les Français préfèrent la vente à emporter (32 milliards d'euros). La livraison à domicile concerne une population très urbaine, jeune et aisée. Elle n'a pas encore décollé. »

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Pour le spécialiste, l'explosion n'aura pas lieu « avant cinq ou sept ans, quand la génération Z, née dans les années 2000, voudra se faire livrer tout ce qu'elle veut, quand elle veut, où elle veut ».

Si Foodora et Take it Easy ont disparu, Uber Eats et Deliveroo élargissent quant à eux leurs activités et se mettent à livrer des courses, à l'image de Glovo, leur concurrent espagnol. Mais Bernard Boutboul en est convaincu, c'est un autre géant qui remportera le match : Amazon, qui a misé 500 milliards de dollars (410 millions d'euros) sur Deliveroo international, est propriétaire de Whole Food et a signé, en France, des accords avec Monoprix. « Amazon est en embuscade, il attend que le marché soit mûr, observe le président de Gira, et j'ai bien peur que le meilleur logisticien du monde ne fasse qu'une bouchée des autres. »