Confinement et couvre-feu : pourquoi la vente de produits surgelés explose

Depuis le début de la crise du Covid-19, les Français ont redécouvert ces produits. Pratiques, hygiéniques, bon marché et de bonne qualité : ils cochent toutes les cases dans le contexte économique et sanitaire.

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 Dans les grandes surfaces alimentaires, « le marché est à + 11,6 % en 2020 », souligne une experte qui pointe des progressions à deux chiffres pour les légumes, les fruits de mer, les viandes et les poissons.
Dans les grandes surfaces alimentaires, « le marché est à + 11,6 % en 2020 », souligne une experte qui pointe des progressions à deux chiffres pour les légumes, les fruits de mer, les viandes et les poissons. LP/Philippe de Poulpiquet

Dans le chariot des Français, les surgelés occupent désormais une place de choix. On n'y trouve pas seulement des frites, du steak haché ou des pizzas. Les paquets de haricots verts ou de pavés de saumon s'arrachent aussi. Entre les confinements, le couvre-feu et les tensions sur le pouvoir d'achat, ces produits sont les grandes stars de ces derniers mois marqués par le Covid-19 : « C'est l'un des marqueurs forts de cette consommation atypique liée à la crise », confirme Emily Mayer, spécialiste des produits de grande consommation à l'institut IRI, chiffres à l'appui.

Rien que dans les grandes surfaces alimentaires, « le marché est à + 11,6 % en 2020 », souligne l'experte qui pointe des progressions à deux chiffres pour les légumes (+ 13,1 %), les fruits de mer (+ 13,2 %), les viandes (+ 17,1 %) et les poissons (+ 19,2 %). La croissance est plus forte encore pour les magasins spécialisés : « C'est du + 29 %, précise-t-elle. Tous réseaux confondus, le secteur a gagné 1 milliard d'euros en un an ! »

Ces chiffres sont d'autant plus « inespérés » que ce marché n'avait rien de florissant avant la crise sanitaire. Il était même en régression ou au mieux stable ces dernières années. Le scandale « de la viande de cheval » en 2013 a notamment laissé des traces. « Il a éclaboussé toute une filière même ceux qui n'étaient pas concernés, soupire Lionel Urvoy, directeur du site de production Sveltic du groupement Agromousquetaires qui fournit notamment à Intermarché des plats cuisinés surgelés (hachis parmentier, lasagnes, poêlés…) Nous avons perdu 15 % de notre chiffre d'affaires à ce moment-là. Ce n'est que maintenant que nous réussissons enfin à retrouver notre niveau d'avant crise tant la demande a été forte. »

Emballés, ils inspirent plus confiance

C'est d'abord pour son côté « pratique » que les Français se sont rués sur les surgelés, notamment lors du premier confinement : « Dans une période où se rendre en magasin était compliqué, ces produits avaient l'avantage de se garder longtemps, d'être rapide à cuisiner alors que les enfants étaient à la maison. Ils inspiraient aussi plus confiance puisque les produits sont emballés, on n'a pas à les manipuler », indique Emily Mayer.

Ainsi, les ventes s'envolent au printemps dans les grandes surfaces (+ 30 %). Aucune enseigne n'échappe aux ruptures de stocks. « C'était très tendu sur certains produits. On a très vite manqué de poissons panés, par exemple », raconte Emmanuel Préau, chef de groupe surgelés d'Auchan. En amont de la chaîne aussi, ça chauffe. « On a fait du + 50 % en mars et avril. C'était assez incroyable », se souvient Jérôme Bonnet, directeur commercial d'Atlantique alimentaire, une PME de 180 salariés basée de La Rochelle (Charente-Maritime) qui produit des quiches, des tartes et des crêpes surgelées en marques propres pour la grande distribution et les réseaux spécialisés.

Chez Thiriet, le spécialiste des surgelés né dans les Vosges en 1902, la croissance est même de + 80 % en mars avec notamment une explosion des commandes en ligne. « On fait depuis très longtemps de la livraison à domicile et du click and collect. Et là évidemment, ça a très bien marché. Pour le client, c'était la garantie du respect de la distanciation », pointe Christiane Bertoncini, directrice générale du groupe qui compte 2 millions de clients.

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Mais même en dehors de ces périodes de confinement, les Français continuent à remplir leur chariot de surgelés, que ce soit en produits « bruts » – parce qu'ils ont retrouvé le plaisir de cuisiner – ou en plats déjà tout fait. Les 400 000 nouveaux clients « recrutés » par Thiriet sur l'ensemble de l'année – avec un chiffre d'affaires en hausse de 30 % – le prouvent. Tout comme la croissance enregistrée encore en ce début d'année dans les grandes surfaces pour ces produits (+ 14,8 %) dont + 19,6 % pour les légumes et + 27,6 % pour les viandes. Et le couvre-feu à 18 heures, décidé à la mi-janvier n'explique pas tout. « Au delà du côté pratique, les Français ont (re) découvert que finalement les surgelés avaient plein d'autres qualités », se félicite Christiane Bertoncini.

«Une renaissance pour notre filière»

D'abord, le côté anti-gaspi : « le produit est fractionnable avec des dates de consommation longues. On ne prend donc que ce dont nous avons besoin et on range le reste. On n'a rien à jeter », note Emmanuel Préau d'Auchan. Il y a aussi évidemment le prix. « Le steak haché surgelé c'est 50 % moins cher que le frais, un kilo de haricots verts surgelés, c'est seulement 1,70 euro. Le coût est bien moindre », assure-t-il avant de souligner que ce type de produit répond au final à « toutes les nouvelles attentes des consommateurs que ce soit sur le pouvoir d'achat, l'environnement, mais aussi sur… la santé alors que ses qualités nutritionnelles sont très bonnes ». Les légumes par exemple sont récoltés « en plein champ et en pleine saison avant d'être surgelés dans les 4 heures. D'ici la fin de l'année, tous nos produits à marque propre surgelés, y compris les plats cuisinés, auront d'ailleurs le Nutriscore. Et une grande partie sera en A ou B! » promet-il.

C'est justement sur la qualité que les surgelés, longtemps associés aux additifs, au mal manger, tiennent leur revanche. « Depuis quelques années, il y a eu un travail de fond sur les recettes. Cela passait inaperçu parce que le secteur souffrait d'un déficit d'image. Le Covid-19 a au moins permis de mettre en lumière tous les efforts fournis par la filière », se réjouit Lionel Urvoy.

« A la faveur de la crise sanitaire, les Français ont changé leur regard sur les surgelés, se félicite aussi Jérôme Bonnet. Si certains y sont venus un peu contraints et forcés au début, ils se sont finalement rendu compte que ce n'était pas si mauvais que cela. Au contraire ! C'est presque une renaissance pour notre filière. »