Confinement : commerces ouverts, rayons fermés... mais où va-t-on faire ses courses ?

Alors que le gouvernement a interdit aux grandes surfaces de vendre des produits «non essentiels», la liste des articles concernés n’est toujours pas sortie... et la bronca des petits commerçants se poursuit.

 Alors que tous les commerces dits non essentiels sont fermés, la confusion règne sur ce que pourront vendre les grandes surfaces.
Alors que tous les commerces dits non essentiels sont fermés, la confusion règne sur ce que pourront vendre les grandes surfaces. LP/Olivier Arandel

Mais quel souk! Au lendemain de l'annonce par Jean Castex de l'interdiction faite aux grandes surfaces de vendre des produits « non essentiels », « par souci d'équité », la plus grande confusion régnait sur la mise en musique concrète de cette décision, tandis qu'un climat proche de la jacquerie régnait toujours du côté de petits commerçants complètement à bout.

Dans les hypermarchés et autres supermarchés, seule l'alimentation, l'hygiène et le petit bricolage devraient rester ouverts, tandis que les vêtements, l'électroménager, les jouets, la parfumerie etc. devraient fermer. Le décret devant préciser la liste de ce qui peut être vendu ou non ayant été repoussé à mardi matin, le gouvernement a concédé une « tolérance jusqu'à mercredi matin» pour l'application de ces nouvelles règles.

«Tous perdants, sauf Amazon»

En attendant, lundi, dans les allées des grandes surfaces, c'était le bazar. La grande distribution, par la voix de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), ne s'en est pas cachée : elle est opposée à cette interdiction. Parce que, comme le résume d'une phrase Michel-Edouard Leclerc, « nous sommes tous perdants, sauf Amazon », mais aussi parce qu'une telle décision est très compliquée à mettre en œuvre. « Il n'y aura pas des allées autorisées ou non, mais des piles ou des ampoules autorisées, présentées à côté d'autres produits qu'on ne pourra vendre », décrypte le responsable d'une enseigne.

« Et on ne pourra pas retirer les produits interdits, car nous n'avons pas de place pour les stocker », renchérit Jacques Creyssel, de la FCD. Cafouillage assuré, donc. « Quels seront les rayons inaccessibles ? Comment ? Quels contrôles ? » assène de son côté Alain Bazot, le président de l'UFC-Que Choisir.

VIDÉO. Reconfinement : «Nous ne reviendrons pas sur les mesures annoncées», prévient Jean Castex

L'annonce de Jean Castex, en tout cas, n'a pas calmé la bronca des petits commerçants, qui restent soutenus par de nombreux élus locaux. Ce lundi, le député Les Républicains du Haut-Rhin, Yves Hemedinger, déposait une proposition de loi visant à maintenir ouverts les commerces non alimentaires… Si Bercy veut encourager le click and collect, ce mode alternatif de distribution ne fera pas de miracle : actuellement, seules 32% des PME-TPE ont un site Internet.

Tirage entre Bercy et l'Elysée

Sans surprise, les grands gagnants du confinement Acte II seront donc les Amazon et consorts, qui ont déjà sacrément profité de l'acte I : entre 2019 et la mi 2020, la part du e-commerce dans le commerce de détail est passée de 9,8% à 12%, soit un bond de 20%. Leader du e-commerce en France, avec 10 millions de clients par an, CDiscount a annoncé lundi se mettre « au service des commerçants » : ceux qui voudront s'inscrire sur la marketplace de CDiscount « pourront le faire gratuitement, et ce pendant six mois », précise son PDG, Emmanuel Grenier, qui fait par ailleurs profil bas sur une autre question sensible : celle du Black Friday. « Le supprimer serait certes symbolique, mais marquerait un vrai soutien de la part du gouvernement », estime Marc Sanchez, le secrétaire général du Syndicat des indépendants.

Encore faudrait-il que le gouvernement parle d'une seule voix, car depuis une semaine, on sent un tirage net entre Bercy, qui souhaite soutenir des commerçants au bord du dépôt de bilan, et l'Elysée, qui garde son cap sanitaire. Alors que Noël approche à grands pas, Alain Griset, le ministre délégué aux PME, recevra ces jours-ci les représentants des commerçants, notamment afin d'évoquer les possibles conditions d'une réouverture.

La date du 12 novembre, fixée par Jean Castex comme point d'étape, est dans toutes les têtes. « On discute, mais qui peut croire que le gouvernement rouvrira les commerces, alors que le nombre de patients dans les hôpitaux sera alors proche de son point culminant ? Tout cela, c'est de la poudra aux yeux, une vraie mascarade », tacle un représentant de commerçants largement désabusé.