Amazon : une pétition appelle à boycotter la plate-forme pour ses cadeaux de Noël

Accusé de profiter du confinement au détriment des petits commerces, Amazon est visé par des associations et des élus appelant les Français à ne pas acheter leurs cadeaux pour les fêtes sur la plateforme.

 La pétition #NoëlsansAmazon demande aux Français de n’acheter aucun cadeau sur la plateforme américaine pour « soutenir l’emploi local ».
La pétition #NoëlsansAmazon demande aux Français de n’acheter aucun cadeau sur la plateforme américaine pour « soutenir l’emploi local ». LP/Yann Foreix

« Des centres-villes déserts avec des boutiques aux rideaux baissés. Est-ce que c'est ça le monde de demain que l'on souhaite? » Cette colère froide du député (ex-LREM) du Maine-et-Loire, Matthieu Orphelin, ne vise pas la mesure de confinement décidée par le gouvernement mais le géant d'e-commerce Amazon, accusé de profiter de la crise du Covid-19 pour vendre toujours plus de produits sur Internet au détriment des petites enseignes de proximité.

Proche de Nicolas Hulot, l'élu a eu l'idée de lancer ce mardi une pétition sous forme de lettre au Père Noël, que nous vous dévoilons. Intitulée #NoëlsansAmazon, elle vise à « soutenir l'emploi local » en n'achetant aucun cadeau sur la plateforme américaine. Parmi les signataires figurent des élus, dont la maire de Paris Anne Hidalgo ou l'ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho, mais aussi des personnalités comme le comédien Philippe Torreton, l'autrice Christine Orban ou le dessinateur Philippe Geluck.

Une vingtaine d'ONG (Les Amis de la Terre, France Nature Environnement ou Greenpeace) s'y sont aussi associées aux côtés de la Confédération des commerçants de France, dont le président appelle le gouvernement au secours. « On est en train de faire disparaître les commerces physiques car ils sont de plus en plus écrasés par la concurrence déloyale de ces grands acteurs numériques souvent dispensés de contraintes fiscales qui pèsent sur nous », fulmine Francis Palombi.

Dans leur réquisitoire contre Amazon, les signataires de la pétition l'accusent notamment d'être « prédatrice ». « On estime que 1 emploi créé chez Amazon, c'est entre 2,2 et 4,6 emplois détruits ailleurs sur nos territoires, souligne Matthieu Orphelin. C'est le petit magasin d'électroménager de votre rue qui ferme ou la librairie qui baisse le rideau. »

Sollicité, Amazon nous indique : «nous sommes un service utilisé par 11 000 TPE et PME françaises qui s'appuient sur nous pour vendre leurs produits. C'est un moyen de conserver leur activité et leurs emplois qu'elles représentent. » Un argument que Matthieu Orphelin balaye d'un revers de main : « 5 % seulement des commerçants qui vendent leurs produits sur Amazon.fr sont français et la moitié sont des sociétés chinoises. » N'oubliant pas sa fibre écologiste, l'élu pointe par ailleurs le modèle économique du Goliath de l'e-commerce qui « incite à la surconsommation permanente de produits vendus à moindre prix et importés de l'autre bout de la planète ».

Lui imposer une taxe exceptionnelle ?

Ce lundi, cette fronde anti-Amazon a encore pris davantage d'ampleur avec la mobilisation de responsables politiques, syndicaux mais aussi de libraires ou d'éditeurs qui ont appelé à imposer une taxe exceptionnelle sur les ventes du géant et des « autres profiteurs de la crise sanitaire ». « C'est vrai que le système mis en place par Amazon est hyperpratique, que l'on y trouve tout ce qu'on veut en quelques clics et qu'on est livré très rapidement, reconnaît Stéphane, un adepte d'e-commerce. Mais si on achète tout sur ce site, que deviendront les petits magasins et plate-formes françaises comme Darty ou la Fnac, qui vendent eux aussi ces produits ? »

Conscient que la polémique enfle à l'approche de Noël, le Premier ministre lui-même a convié il y a quelques jours les consommateurs à « décaler ou retarder » leurs achats de Noël pendant le confinement « plutôt que de commander sur un grand site étranger des produits par Internet ». Même le ministre de l'Economie, Bruno Lemaire, les a appelés à privilégier la carte locale. « Si vous pouvez trouver votre jouet dans un commerce de proximité, votre livre chez un libraire indépendant et qu'il suffit de passer un coup de fil pour le commander, faites-le. »