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Confinement : les bars et les restaurants au bord du précipice

Fermés administrativement sans horizon de réouverture, deux tiers de ces établissements redoutent de devoir mettre la clé sous la porte.

 Selon une étude déclarative, 65,8% de 6 600 patrons du secteur « craignent de devoir fermer boutique » à court ou moyen terme.
Selon une étude déclarative, 65,8% de 6 600 patrons du secteur « craignent de devoir fermer boutique » à court ou moyen terme. LP/Jean-Baptiste Quentin

S'ils ont plutôt bien résisté pour l'instant, placés sous perfusion des différents dispositifs d'aide gouvernementaux, les 168 000 restaurants et 38 800 bars ou cafés tirent la sonnette d'alarme. Fermés administrativement pendant ce deuxième confinement, beaucoup sont au bord du précipice. La trésorerie, dont beaucoup disposaient encore au printemps, a fondu, les loyers pèsent trop lourd, les assurances sont aux abonnés absents et les aides - jugées insuffisantes - mettent trop de temps à arriver…

Selon une étude déclarative réalisée par les quatre principales fédérations du secteur, 65,8% des 6 600 patrons du secteur qui ont répondu aux questions « craignent de devoir fermer boutique » à court ou moyen terme. « Au début du premier confinement, 11% seulement estimaient qu'ils allaient mettre la clé sous la porte, puis 16% en mai, indique Franck Trouet, délégué général Paris-Ile-de-France du Groupement national des indépendants (GNI) de l'hôtellerie et restauration. « Aujourd'hui, ce chiffre a quadruplé ! »

Et leurs témoignages en disent long sur la réalité du secteur : « Trésorerie épuisée », lâche l'un d'eux, « en procédure d'expulsion avec un bailleur qui ne répond pas à notre demande de geste sur le loyer », évoque un autre, « aucun touriste », déplore un troisième, « nous n'avons plus de perspectives », résume un dernier.

Deux professionnels sur trois définitivement fermés… Le chiffre fait froid dans le dos. Mais dans le contexte anxiogène actuel, certains ne surévaluent-ils pas le caractère dramatique de leur situation ? « Peut-être, reconnaît Roland Héguy, le président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH). De nouvelles prévisions, que nous allons bientôt publier, montrent toutefois que 30% des entreprises du secteur sont réellement prêtes à déposer le bilan aujourd'hui, contre 15% en mars-avril. Si elles baissent vraiment le rideau, ce sera 50 000 entreprises en moins et 250 000 emplois supprimés. »

Le timing de publication de toutes ces études glaçantes n'est pas anodin. L'objectif assumé est de « mettre la pression au gouvernement », glisse le représentant d'une fédération, alors que de nouveaux dispositifs d'aides sont à l'étude à Bercy. Et qu'aucune date de réouverture n'est annoncée. « Ça peut-être dans deux semaines comme dans deux mois », se désespère Marcel Benezet, président des cafés, bars, brasseries au GNI de l'hôtellerie-restauration. « On ne pourra pas retenir les chefs d'entreprises qui n'ont plus rien à perdre, s'inquiète-t-il, évoquant une possible fronde sociale. Je crains le pire et je demande au gouvernement d'aller vite et d'ouvrir les vannes. »

Pris à la gorge avec les prêts garantis par l'Etat ?

Bercy planche sur de nouvelles aides mais ne veut pas céder au catastrophisme. Et préfère mettre en avant que « la protection a été suffisante ». « Le nombre de faillites d'entreprises (NDLR : tous secteurs confondus) est aujourd'hui inférieur à celui de 2019, relève Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie. Nous avons su protéger le tissu productif du pays, dont les petits et les indépendants. »

Mais pour combien de temps ? « Il est certain que le nombre de faillites de restaurants et cafés sera vertigineux, estime Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Certains vont mettre la clé sous la porte rapidement mais d'autres seront pris à la gorge à moyen terme, quand il faudra rembourser les prêts garantis par l'Etat. »

Selon lui, les PME devront produire 25% de valeur ajoutée supplémentaire pour pouvoir rembourser leur dette. « Or, je ne vois pas comment les restaurateurs pourront avoir une rentabilité plus élevée qu'avant, déplore-t-il. Pour qu'ils survivent, il faudrait que l'Etat compense intégralement leurs charges fixes. »