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Confinement : les arrêts maladie de longue durée s’envolent

Une étude de Malakoff Humanis que nous dévoilons révèle une forte hausse des arrêts maladie de longue durée et de ceux pour troubles psychosociaux. A l’inverse, le confinement a fait chuter les arrêts courts.

 Les arrêts pour troubles psychologiques étaient la deuxième cause d’arrêt de travail en mai, au sortir du premier confinement.
Les arrêts pour troubles psychologiques étaient la deuxième cause d’arrêt de travail en mai, au sortir du premier confinement.  LP/Philippe de Poulpiquet

Quel impact a eu le coronavirus sur l'absentéisme au travail en 2020? Selon le baromètre annuel de Malakoff Humanis, basé sur un panel* de 2008 salariés et 405 dirigeants du secteur privé, cet impact est important mais diffus. « Seuls 6 % des arrêts courts (moins d'une semaine), ont pour motif déclaré le Covid, explique Anne-Sophie Godon, directrice de l'innovation au sein du groupe de protection sociale. C'est peu et c'est loin d'être la première cause d'absentéisme sur les douze derniers mois. » Seuls 15 % des salariés interrogés courant septembre ont déclaré avoir connu cette année les symptômes du virus, et un quart seulement a dû être arrêté. Un chiffre qui cache des pics, comme celui d'avril, quand le Covid représentait un quart des arrêts de travail.

Confinement : les arrêts maladie de longue durée s’envolent

De plus en plus d'arrêts longs

En réalité, du fait du confinement et du chômage partiel les arrêts courts ont baissé de huit points pour ne plus concerner que 36 % des salariés. En revanche, l'étude met en lumière la montée en puissance des arrêts longs. De 9 % des arrêts en 2019, ils grimpent cette année à 12 %, soit une progression de 30 % et une durée moyenne de 94 jours ! « Le Covid ne représente pratiquement rien dans ces arrêts, 44 % concernent des salariés de plus de 50 ans, rapporte la spécialiste de la prévoyance, la hausse est beaucoup liée au vieillissement de la population active. Et 14 % sont dus aux troubles psychosociaux », dit-elle, avant d'évoquer « l'impact durable, selon elle, de la non prise en charge des maladies graves durant la crise sanitaire ».

Hausse des troubles musculaires due au télétravail

Les trois premières causes d'absentéisme constatées au cours de l'étude restent, dans l'ordre, la maladie ordinaire (29 % des arrêts), les troubles musculo-squelettiques (TMS, 17 %) et les troubles psychologiques (15 %). Mais c'est dans le détail que se mesure l'impact du Covid : les TMS représentent par exemple 28 % des arrêts chez les salariés qui ont télétravaillé au moins trois jours. « Cela prouve que l'entreprise doit accompagner ces salariés, leur proposer des matériels dont ils disposent au bureau : grand écran, souris verticale, conseils… », glisse la directrice de l'innovation.

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Doublement des arrêts pour troubles psychologiques

De même, l'employeur et le management doivent veiller au bien-être des salariés confinés car, selon l'étude toujours, les arrêts pour troubles psychologiques (burn-out, dépression…) sont devenus la deuxième cause d'arrêt de travail au mois de mai. En janvier, 9 % des arrêts étaient dus à ces troubles, mais pendant le confinement ce taux s'est envolé à 14 %! Plus inquiétant encore, ce chiffre a continué de grimper lors du déconfinement, se stabilisant depuis autour de 18 %! « Il y a une anxiété liée au contexte économique et sanitaire et aux effets du confinement », analyse Anne-Sophie Godon. Le problème est d'autant plus inquiétant que ces troubles génèrent souvent des arrêts longs : « Ils représentent 6 % des arrêts courts mais 18 % des arrêts moyens et 14 % des arrêts de plus d'un mois, la durée pouvant dépasser six mois en cas de burn-out ou de dépression », insiste la directrice en charge de l'étude.

Fort désengagement des salariés

Enfin, l'observatoire rapporte l'inquiétude des employeurs vis-à-vis de l'engagement de leurs salariés : plus de la moitié estime que cette implication dans le travail a baissé cette année. D'où le conseil d'Anne-Sophie Godon, « C'est un mouvement de fond, les salariés veulent plus d'autonomie et concilier vie pro - vie perso. La prévention est plus que jamais une obligation », assène-t-elle.

* Étude de perception réalisée par l'Ifop pour Malakoff Humanis auprès d'un échantillon de 2 008 salariés et 405 dirigeants ou DRH d'entreprises du secteur privé, du 24 août au 24 septembre 2020.