«C’est catastrophique, dramatique» : ces Français inquiets pour l’économie

Comme Jean-François, les Français rencontrés lundi dans le quartier Montparnasse, à Paris, sont plus inquiets des conséquences économiques de l’épidémie que de la crise sanitaire.

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 «Mes clients ne peuvent plus me payer. J’ai 200 000 euros qui ne sont pas rentrés», se désespère Jean-François, indépendant dans le bâtiment.
«Mes clients ne peuvent plus me payer. J’ai 200 000 euros qui ne sont pas rentrés», se désespère Jean-François, indépendant dans le bâtiment.  LP/Arnaud Journois

La rue de la Gaîté à Paris (XIVe) n'a jamais aussi mal porté son nom. Théâtres fermés, rideaux des restaurants et des bars baissés, alors que l'horloge de la gare Montparnasse, toute proche, affiche presque midi, ce lundi 15 février, la rue est tristement vide. En débouchant sur le boulevard Edgar-Quinet, deux restaurants aux noms évocateurs, Amour et Café Bohème, ont perdu de leur romantisme. Sur leurs terrasses, des matelas occupés par des sans domicile fixe ont remplacé les tables et les chaises où une clientèle bruyante venait se restaurer.

Seule la brasserie Odessa, avec sa guirlande d'ampoules façon guinguette, entretient encore la flamme : « Montparnasse sans ses cinémas, ses restaurants et ses bars, c'est comme si le cœur d'un homme s'arrêtait de battre, ose Antoine, 48 ans et autant passé dans le quartier. Je n'en peux plus. J'ai besoin de voir du monde. Un nouveau confinement ? Ah non, il ferait plus de mal que de bien. Surtout sur le plan économique. »

Le regard un peu perdu, masque descendu au niveau du cou et cigarette aux lèvres, Jean-François est au bout de ce qu'il peut endurer économiquement : « C'est catastrophique, dramatique, répète cet indépendant dans le bâtiment. Je suis dans la position d'une personne montée dans un ascenseur et qui descend à toute vitesse vers le rez-de-chaussée. La crise sanitaire, ce n'est pas un problème, je suis en bonne santé, sans trop de surpoids. Mon souci, c'est la crise économique. Mes clients ne peuvent plus me payer. J'ai 200 000 euros qui ne sont pas rentrés. »

Et les aides d'Etat, avec le fameux « quoi qu'il en coûte » du président de la République? « Je ne suis pas comme les restaurateurs, je suis en deuxième ligne, un dommage collatéral, poursuit le père de famille de 51 ans. J'ai mis du temps pour trouver la solution afin d'obtenir une aide. Et ce n'est pas régulier. Je suis hyper-inquiet. »

«Six mois au chômage partiel, j’ai donné, il faut rouvrir l’économie», lâche Héline, 22 ans./LP/Arnaud Journois
«Six mois au chômage partiel, j’ai donné, il faut rouvrir l’économie», lâche Héline, 22 ans./LP/Arnaud Journois  

Dans la gare en pleine rénovation, Héline, installée derrière le comptoir d'un magasin qui vend aussi bien des lunettes que des bonnets, des ceintures que des montres, attend les clients. « Six mois au chômage partiel, à toucher 70% de mon salaire parce que le magasin était fermé, j'ai donné, lâche, dans un grand sourire, la femme de 22 ans. La crise sanitaire, ça ne me fait pas peur. Je suis jeune. Comme je l'ai tweeté ce matin, il faut rouvrir l'économie. »

«Les deux me font peur»

En passant devant le café l'Atlantique, lieu de rencontre de ceux qui attendent leur TGV - aujourd'hui fermé -, on parvient rapidement au square Gaston-Baty. Sur un banc, Denis déguste son casse-croûte, un simple sandwich : « Crise économique ou sanitaire, les deux me font peur, confie l'homme de 30 ans. Ma mère est fragile et j'ai vu ce que fait ce virus sur mon beau-père. »

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Pour autant, Denis aimerait tourner la page de cette pandémie : « Tant qu'elle sera là, je ne pourrai pas me reconvertir comme cuisinier. » L'idée paraît saugrenue par les temps qui courent mais le trentenaire, la tête sur les épaules, n'est pas à un paradoxe près. Employé dans une banque, il a démissionné en juin : « Je n'en pouvais plus. Aujourd'hui, je suis livreur, plus heureux. Et j'ai hâte de commencer ma formation. » Quant à se reconfiner ? « Je n'ai pas pu fêter mes 30 ans. Ce n'est pas très gai, mais je n'en suis pas mort. Et de toute façon, est-ce qu'on a le choix ? »