Stéphane Sardet, directeur de Demeco : «70 % à 80% des déménagements se font entre amis»

Le virage pris avec Internet depuis plusieurs années et l’accent mis sur l’accompagnement des clients sont des stratégies que Stéphane Sardet, le directeur réseau de l’entreprise de déménagement, prévoit d’accélérer.

 Stéphane Sardet, directeur de Demeco.
Stéphane Sardet, directeur de Demeco. LP/Paul Lemaire

Symbolisé par un cheval au galop, le réseau Demeco, que dirige Stéphane Sardet depuis près de 10 ans, n'a pas l'intention de se laisser dépasser par les nouveaux acteurs du marché du déménagement. Innovations et maillage international plus élargi sont au programme pour rester dans la course.

Comment se passe votre rentrée ?

STÉPHANE SARDET. Notre activité est très saisonnière, principalement liée à la scolarisation des enfants : 40 % des déménagements se déroulent entre fin juin et début septembre. A l'annonce du confinement, toutes les entreprises se sont mises à l'arrêt. Sur ces huit semaines, hors dérogations, nous n'avons quasiment pas eu de chiffre d'affaires. Nous avons respecté les consignes. Cet arrêt a engendré un report d'à peu près 10 000 déménagements sur toute la France, programmés initialement pendant le confinement.

Le déconfinement a dû être actif…

Oui, du fait des reports, mais cela n'a pas permis de croissance. Nous n'avons pas pu placer trois fois plus de déménagements dans un même camion ! Le mois de juillet a été moins bon que l'année dernière.

Donc pas encore d'exode des Parisiens ?

Pas encore. On a réalisé beaucoup de devis pendant le confinement, que les clients ne validaient pas car les agences immobilières étaient fermées et c'était impossible de visiter des biens. Après, les déplacements étaient limités à 100 km. Cela a créé un décalage car ils ne savaient pas quand ni où concrétiser leur projet. Septembre est meilleur, mais on ne récupère pas le retard pris lors du confinement.

Un constat qui s'étend à l'ensemble du secteur ?

Vous avez 1300 déménageurs en France, dont 80 % sont des entreprises de moins de 10 salariés. Ils ont subi un gros impact avec des risques de défaillance. Les entreprises bien structurées vont passer l'orage. Notre groupement a plus de 50 ans, on a traversé plusieurs crises.

Demeco fonctionne avec des agences. Comment vont-elles ?

On est une marque et un réseau d'agences qui totalisent 147 millions d'euros de chiffre d'affaires. On est lié à celles-ci par un contrat de partenariat. Nous avons 80 agents au niveau national, 16 à l'international, représentants et exploitants de la marque. Ce sont des entreprises indépendantes, implantées depuis longtemps, qui ont quasiment toutes déposé leur dossier pour un prêt garanti de l'Etat, mais sans forcément l'activer.

Qui sont vos clients ?

Les particuliers, qui représentent 60 % de notre activité, et les entreprises.

La crise vous conduit-elle à revoir vos plans pour 2021 ?

On ne va pas changer notre stratégie, orientée depuis trois ans vers un accompagnement du client pour lui faciliter la vie, avant, pendant et après le déménagement. Ce dernier peut, à 22 heures, remplir en ligne les informations sur son logement, obtenir un prix ferme et valider une date. On a multiplié notre réactivité par dix avec le numérique.

« Nos investissements ont doublé sur la partie web ces deux dernières années. » LP/Paul Lemaire
« Nos investissements ont doublé sur la partie web ces deux dernières années. » LP/Paul Lemaire  

A combien s'élève le surcoût lié au protocole sanitaire ?

Ce n'est pas tant le prix du masque, ni le gel hydroalcoolique qui coûtent cher, mais plutôt la perte de productivité. Nous avons dû revoir l'organisation pour éviter trop de croisements entre nos équipes et le client. On est obligés de mettre des véhicules relais pour éviter d'entasser trop de monde dans les camions. Tout cela atteint 10 à 15 % du prix d'un déménagement en fonction de sa taille. Sans répercussion sur la facture du client. C'est nous qui amortissons ce coût.

Prévoyez-vous une grande innovation ?

On a des pistes, toujours sur la notion de service. Ce sera quelque chose qui n'existe pas et sera lancé l'année prochaine. Nos investissements ont doublé sur la partie web ces deux dernières années.

Souhaitez-vous vous diversifier ?

Oui, mais toujours autour des services d'accompagnement des familles et des entreprises. Il y a six ou sept ans, on avait sorti une application, Easy Demeco, pour faire des visites en vidéo en autonomie. Le client chargeait l'appli, enregistrait ses pièces, ses placards… sans intervention humaine. C'était trop tôt. Elle n'existe plus.

Beaucoup d'acteurs ont débarqué sur le marché. Vous ont-ils bousculé ?

Non. Déjà, notre premier concurrent, c'est le faire soi-même. En France, 70 % à 80 % des déménagements sont opérés entre amis. Sur les 50 plates-formes qui gravitent sur le web, 90 % reposent sur des formulaires dont ils revendent les contacts à des déménageurs. La meilleure des plates-formes, que je ne nommerai pas (NDLR : L'Officiel du déménagement), a un chiffre d'affaires très inférieur au nôtre…

« Un déménagement coûte 1 100 euros en moyenne. » LP/Paul Lemaire
« Un déménagement coûte 1 100 euros en moyenne. » LP/Paul Lemaire  

Ils sont très compétitifs sur les prix aussi…

Un déménagement a un prix justifié qui repose sur un matériel spécifique : camions, grues, temps de transport, main-d'œuvre… Attention aux promesses. En 2015, un concurrent à Paris, très local, se positionnait comme low-cost. Toute la profession en parlait car il cassait les prix. En réunion avec mes agents, j'avais fait une simulation sur cette plate-forme, leur avais montrée sans le prix, en leur demandant leur tarif : 100 % de mes déménageurs avaient donné un prix inférieur à la plate-forme…

Combien coûte un déménagement ?

Comptez 1100 euros en moyenne. Cela grimpe quand le logement est grand, qu'il y a beaucoup de route. Quand le camion roule 800 km, c'est du temps et du carburant.

La main-d'œuvre est-elle difficile à trouver ?

Chez Demeco, nous sommes 2500. Le métier de déménageur attire peu. On en recrute environ 150 par an, sauf cette année à cause du Covid. Leur profil est varié et nous avons des parcours d'intégration. On fait appel à des jeunes l'été, qu'on embauche comme déménageur. On leur fait passer les permis poids lourds, ils peuvent devenir chef d'équipe, chauffeur-déménageur, contremaître, responsable d'exploitation…

BIO EXPRESS

1972. Naissance à Saint-Jean d'Angely (Charente-Maritime).

1996. Diplômé d'une école de commerce (Yvelines).

2000. Responsable chez Carglass.

2008. Directeur régional Groupe Narbonne (véhicules de loisirs).

2011. Directeur réseau Demeco.

En route pour l’international

Connu en France depuis cinquante ans, Demeco a mis un coup d’accélérateur il y a trois ans sur sa présence internationale. « C’est un levier de croissance pour le réseau et chacun de nos agents, insiste Stéphane Sardet, son directeur général. Les clients, notamment les grands comptes, vont de plus en plus à l’étranger ou en reviennent », ajoute-t-il.

Canada, Etats-Unis, Mexique, Chine, Australie, Emirats sont les pays déjà couverts par l’entreprise. « Un client peut aller partout sur le globe, poursuit-il, en partant et en arrivant avec Demeco, sachant que l’étape transport est sous-traitée », souligne le dirigeant.

Il vise une dizaine de nouveaux pays d’ici 4 ans. Pour l’instant, l’activité internationale ne représente que 10 % du chiffre d’affaires.