L’économie sociale et solidaire, un modèle économique qui marche

Too Good to Go et Alenvi sont les deux lauréats du 14e prix de l’entrepreneur social décerné ce lundi par le Boston Consulting Group. Un prix couronnant des dirigeants qui allient la performance au soin des autres ou de l’environnement.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 En 2016, l’ingénieure Lucie Basch a développé en France l’appli anti-gaspi Too good to go, lauréate cette année du prix de l’entrepreneur social.
En 2016, l’ingénieure Lucie Basch a développé en France l’appli anti-gaspi Too good to go, lauréate cette année du prix de l’entrepreneur social. DR

Prendre soin de son environnement et des autres n'est plus laissé aux seules mains des structures publiques et des associations. Si ces dernières restent un acteur majeur de l'Economie sociale et solidaire (ESS), des créateurs d'entreprise de plus en plus nombreux décident de faire d'une mission d'intérêt général leur activité, ou d'intégrer des valeurs sociales dans leur modèle économique.

Une cinquantaine ont candidaté en 2020 au prix de l'entrepreneur social, dont « le Parisien - Aujourd'hui en France » est partenaire, décerné depuis 14 ans par le cabinet de conseil en stratégie Boston Consulting Group (BCG).

Les deux lauréats cette année sont Too Good To Go, une application permettant aux particuliers de racheter à prix modiques les invendus alimentaires des commerçants sous forme de panier surprise, et Alenvi, un service d'aide à domicile facturé selon le niveau de revenus des clients. Le premier vient de lever 25 millions d'euros, le second fait le pari d'équilibrer son activité cette année.

« Le secteur de l'ESS est très dynamique et s'est professionnalisé », constate Jean-Michel Caye, directeur associé senior du BCG. « Il y a quinze ans, on y rencontrait une majorité de bonnes volontés. On se retrouve maintenant face à des entrepreneurs encore plus professionnels, affûtés, connectés avec le monde du business, qui savent faire appel aux investisseurs et trouver les financements. La viabilité des projets et leur impact sont remarquables. »

L'entrepreneur social doit être innovant

Certes, certaines peuvent faire appel à des subventions pour des postes de travail (personnes en insertion). Et « les exigences de rentabilité sont inférieures aux autres entreprises du privé, surtout quand elles ont des actionnaires, note Jean-Michel Caye. Cela réduit la contrainte ». Mais il faut a minima un compte d'exploitation équilibré pour que le projet soit viable.

D'anciens lauréats du prix du BCG démontrent que la croissance peut être au rendez-vous quand les bons choix stratégiques sont pris dès le départ. L'entreprise adaptée DSI-AP, primée en 2008, a vu son chiffre d'affaires passer de 150 000 euros à sa création à plus de 32,8 millions d'euros l'an dernier. Plus récemment, celui de Lulu dans ma rue (lauréat 2013 via Emmaüs Défi), a vu le nombre de ses clients bondir de 800 à 60 000 en 4 ans. Ces différentes expériences prouvent que leurs dirigeants sont au moins aussi performants que les autres.

L’économie sociale et solidaire, un modèle économique qui marche

« Il faut être aussi doué que les entrepreneurs au sens classique pour faire appel aux investisseurs, les pitcher, les convaincre », souligne Jean-Michel Caye, qui salue la capacité à lever des capitaux de certains, parfois avant même d'être rentable comme le lauréat Too Good To Go.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Ouverte en 2013, l'école du numérique Simplon, dédiée aux personnes en reconversion ou éloignées de l'emploi (lauréate 2017), a pour sa part réussi une seconde levée de fonds, en 2019, de 12 millions d'euros auprès de son pool historique d'investisseurs. Elle est aujourd'hui présente dans 13 pays et son chiffre d'affaires s'est envolé à 10,59 millions d'euros en 2020.

L'argent est le nerf de la guerre mais ne suffit pas au développement. L'entrepreneur social doit être innovant dans un écosystème qui devient très concurrentiel. Se diversifier a permis à plusieurs lauréats de changer d'échelle et d'offrir des opportunités de carrière à leurs collaborateurs.

« La proximité est très importante »

Ainsi l'entreprise d'insertion la Varappe (Bouches-du-Rhône), qui a démarré en 1992 dans l'entretien des espaces verts, regroupe aujourd'hui 22 entreprises réparties dans quatre pôles d'activités, qui vont de l'écoconstruction aux prestations RH. La Varappe a été primée par le BCG en 2010 avec 3,5 millions d'euros de chiffre d'affaires et revendique 44 millions d'euros pour 2020.

L'implantation régionale est aussi un atout. « Ce sont souvent des entreprises qui ont un ancrage territorial », relève Jean-Michel Caye, en citant En direct des éleveurs (lauréat 2018), société de production et commercialisation de lait sans intermédiaire, née en Loire-Atlantique, et dont le chiffre d'affaires a progressé s'est établi à 6,3 millions d'euros l'an dernier. « La proximité joue en leur faveur et elle est très importante dans le modèle de réussite. »

La politique de ressources humaines est également une clé du succès, en particulier pour les entreprises adaptées, comme ATF Gaia (lauréate 2014), spécialisée dans la gestion d'équipements électroniques et informatiques, qui est passée de 3 à 160 salariés, atteignant 22 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020.

« Les dirigeants d'ATF Gaia ont été capables d'innover et d'avoir des gens qui font carrière chez eux, c'est vrai aussi chez DSI », ajoute le directeur du BCG. « Il y a plus de contraintes et de difficulté dans une entreprise adaptée. Il faut être capable de travailler avec des profils différents, d'individualiser les parcours et d'innover sur son modèle RH. »

Malmenés comme tous les chefs d'entreprise par la crise, certains estiment que le modèle résiste cependant mieux. « Le Covid a été l'occasion pour nos cadres de jouer à fond leur rôle, constate Laurent Laïk, président de La Varappe. On a été plus agiles, davantage décentralisés. C'est un vrai espoir pour la suite. »

 
Économie