Entreprises en difficulté : des «avocats urgentistes» pour éviter la faillite

2021 est l’année de tous les dangers pour les entreprises en difficulté. Des cabinets de «restructuring» viennent à leur secours.

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 Le chef d’entreprise doit réagir bien avant que le manque de cash ne soit avéré.
Le chef d’entreprise doit réagir bien avant que le manque de cash ne soit avéré. IStock/Zoranm

Avis de tempête pour les entreprises en difficulté. Selon Mana Rassouli, du cabinet d'avocats d'affaires Altana, « le risque de faillites en série est bien là au premier semestre 2021 », même si le gouvernement a écarté pour l'instant un nouveau confinement. Dans ce contexte, les professionnels du restructuring (NDLR : réorganisation des sociétés en difficultés) déploient toute une boîte à outils pour tenter de réduire le nombre des entreprises condamnées.

« Comme en médecine, il faut tout faire avant de tomber dans l'urgence absolue et travailler en amont », prévient Pierre-Gilles Wogue, également chez Altana.

Surveiller de très près la trésorerie

Cela semble une évidence, mais les finances, « c'est là que tout se joue, prévient Isabelle Buffard-Bastide », du cabinet Desfilis. Car nombre de patrons de PME peuvent être pris de court par un effet de ciseaux fatal.

La trésorerie s'amenuise, avec l'augmentation des délais de paiement, au moment même où le chiffre d'affaires pique du nez. Par exemple parce qu'un contrat conclu n'est finalement pas signé, ou encore parce que la situation tendue provoque une crise de gouvernance avec les actionnaires.

Concrètement, le chef d'entreprise doit réagir bien avant que le manque de cash ne soit avéré. « Même s'il ne s'agit que de quelques centaines ou milliers d'euros en moins, cela signifie que la cote d'alerte est atteinte », affirme l'avocate. « Pour s'en prémunir, il faut absolument établir des prévisions de trésorerie quotidiennes », indique le cabinet Altana, ce qui est visiblement loin d'être toujours le cas.

Face au danger de la cessation de paiements, les coachs s'attacheront à intervenir préventivement. « Par exemple en nommant un monsieur bons offices, comme un mandataire ad hoc, en amont, pour favoriser des discussions constructives ou tenter une conciliation avec les principaux créanciers, surtout les banques, précise Philippe Rosenpick, associé chez Desfilis. Ces procédures ont l'avantage d'être confidentielles. »

Il y a ensuite les démarches collectives plus classiques, comme le redressement judiciaire ou la procédure de sauvegarde. « Elles permettent de geler toutes les dettes de l'entreprise, placée sous la protection du tribunal », rappelle Isabelle Buffard-Bastide. « Nous avons par exemple pu sauver l'entreprise Du Pareil au même, spécialisée dans le vêtement d'enfant, grâce à un rapprochement avec le concurrent Sergent Major et une procédure de sauvegarde financière accélérée. Ça s'est joué à quelques jours! », témoigne Pierre-Gilles Wogue.

Stratégie et réactivité

Très en amont des vrais soucis, aidé par un avocat-coach, le chef d'entreprise qui anticipe des difficultés doit agir sur trois leviers simultanés : limiter ses charges (ce qui n'est pas toujours facile, ni possible) ; réduire la voilure en fermant de lui-même une activité partielle déficitaire ; enfin, s'adapter à la situation en développant des niches « d'opportunité ».

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De grandes entreprises ont ainsi dopé leur marque durant le confinement, comme Burger King grâce à ses tutoriels cuisine, Zara et ses mannequins en mode selfie, Gemo et sa nouvelle collection de prêt-à-porter sur le jeu vidéo « Animal Crossing » ou encore Decathlon et ses séances de sport à la maison…

Le spécialiste du restructuring agit alors comme conseil en stratégie. « Notre rôle est d'aider le chef d'entreprise à prendre le recul nécessaire », résume Philippe Rosenpick. « Si une société ne peut être sauvée dans sa totalité, nous devons tout faire en amont pour en épargner les parties viables et les redévelopper », assure Pierre-Gille Wogue.

La PME Colin Industrie, entreprise historique de Loches (Indre-et-Loire), spécialisée dans la mécanique de précision, doit sa survie au fait de s'adosser à la bonne personne. LMJ, le « sauveur », lui aussi dans la mécanique, a été sollicité dans l'urgence avec un délai de trois jours avant la mort définitive de l'entreprise…

Des spécialistes des outils complexes

Idem pour Toupargel (surgelés), sauvé in extremis par l'un des actionnaires de Grand Frais, dans le Rhône, sollicité au bon moment avec les bons arguments.

« Nous connaissons les acteurs financiers et judiciaires, nous manions des outils complexes auquel le chef d'entreprise, souvent seul et sous stress, n'est pas habitué », conclut Isabelle Buffard-Bastide, du cabinet Desfilis.

Les prix de ces prestations varient selon la durée et la complexité des missions. Une aide ponctuelle, pour trouver un mandataire par exemple, sera facturée aux environs de 160 euros HT de l'heure. L'accompagnement long d'une PME sera réglé sous la forme d'un forfait de 10 000 euros minimum jusqu'à 50 000 euros.