Economie sociale : à Toulouse, l’incroyable croissance du groupe DSI

Le groupe DSI-AP affiche une croissance constante avec plus de 1000 employés dont 85 % sont en situation de handicap.

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 Durant la crise du Covid-19, le gérant fondateur de DSI, Jean-Louis Ribes (ici avec une employée), n’a pas hésité à créer de nouvelles activités pour sauver des emplois.
Durant la crise du Covid-19, le gérant fondateur de DSI, Jean-Louis Ribes (ici avec une employée), n’a pas hésité à créer de nouvelles activités pour sauver des emplois. LP/Rémy Gabalda

En 2020, le secteur aéronautique a pris dix ans dans le nez, dix ans d'emplois perdus à cause du Covid. Pourtant à Blagnac (Haute-Garonne), le groupe DSI (Distribution Services Industriels) a plié sans rompre face à l'ouragan. Comme tous les chefs d'entreprise, Jean-Louis Ribes, 61 ans, qui a créé seul cette entreprise en 1994 et se trouve aujourd'hui à la tête d'un groupe d'un millier de collaborateurs (dont 85 % en situation de handicap ), prend une grosse claque.

« On nous a confisqué notre outil de travail et tout d'un coup, en seulement quinze jours, nous avons perdu 350 emplois », raconte cet ancien joueur du Stade toulousain devenu capitaine d'industrie.

« Notre priorité a été de protéger nos salariés, plus fragiles que les autres, poursuit-il. Puis il a fallu réagir, pour sauver les emplois. Nous avons créé de nouvelles activités, comme la confection de masques (150 emplois) ».

« On a connu de la croissance dès le début »

Si la diversification des activités a sauvé des postes pendant la crise du Covid-19, elle a été un levier de croissance dès le début de l'aventure de la société. Celle-ci a été agréée entreprise adaptée dès sa troisième année d'existence et lauréate du prix de l'entrepreneur social du Boston Consulting Group en 2008.

Créé par un professionnel issu du monde de la haute technologie, fin connaisseur de ce milieu très exigeant des prestataires de service nourris à l'aéronautique, le groupe DSI regroupe désormais quatre pôles d'activités. Numérique, impression et numérisation, industrie-logistique et multiservices totalisent 120 métiers. « Cette entreprise m'appartient à 100 %, j'ai pu démarrer sans endettement et sur mes fonds propres, rappelle Jean-Louis Ribes. On a connu de la croissance dès le début (15 % par an jusqu'en 2019) et j'ai réinvesti cet argent dans l'entreprise. »

De 150 000 euros de chiffre d'affaires à sa création en 1994, DSI est passé à 32,8 millions d'euros en 2020.

«Faire monter en compétences nos salariés»

La clé de la réussite ? « Elle tient à la montée en compétences de nos collaborateurs », explique le dirigeant. « Une entreprise normale, quand elle est performante, peut attirer les talents et choisir les meilleurs profils. Nous, nous ne pouvons pas choisir parmi les meilleurs professionnels du marché. Donc c'est à nous de les former, les accompagner, leur offrir un environnement favorable. Cela prend du temps mais ça crée une très forte motivation. »

Les former oui, mais avec un objectif en tête, avoir toujours un coup d'avance. « Pour performer, on doit toujours anticiper », rappelle Jean-Louis Ribes. « On forme le personnel, en même temps on travaille le marché, et dès qu'on est prêt, on dit aux clients : on est là ! ».

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Le patron de DSI sait que ses clients attendent de ses salariés le même niveau de compétences et la même qualité de service que ceux d'une entreprise ordinaire. « Les industriels du secteur de l'ingénierie et de la SSII (NDLR : société de services en ingénierie informatique) ne demandent qu'une chose, c'est la performance. Si vous êtes performants, et qu'en plus, en tant qu'entreprise adaptée, vous pouvez leur apporter l'étiquette RSE, ça les intéresse en termes d'image », constate l'ancien rugbyman.

Un projet de ferme laitière

Preuve de sa compétitivité, DSI s'enorgueillit de faire partie de la poignée de sous-traitants, contre 40 il y a quelques années, conservés par la seule usine au monde fabriquant des mâts réacteur — pièce reliant l'aile, la voilure, au moteur de l'avion — pour Airbus. Cette chaîne de production, qui employait seulement trois salariés de DSI il y a 24 ans, en fait travailler aujourd'hui une centaine.

Le groupe a surmonté 2020 sans Plan de sauvegarde de l'emploi, sans dette, et sans toucher au prêt garanti par l'Etat. « On s'est battu, on a beaucoup formé et on forme encore, confie Jean-Louis Ribes. On prépare l'après. Nous avons moins de 50 personnes au chômage, que nous espérons récupérer d'ici 2 ans, et nous avons l'espoir de conserver la totalité de nos collaborateurs ».

Et la diversification de DSI se poursuit avec le maraîchage et un projet de ferme laitière, autant de produits qui alimenteront la cuisine centrale rachetée récemment dans le Bordelais et qui nourrit des idées de retour à la terre.