Crise du Covid-19 : BlaBlaCar résiste mieux que le train et l’avion

Pendant la pandémie, le leader du covoiturage a vu sa fréquentation ne baisser que de 30% en moyenne quand celles de l’avion et du train ont chuté de plus de 60%. Il a même gagné des parts de marché sur ces deux concurrents.

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 En ces temps de pandémie, les covoitureurs portent le masque et appliquent les gestes barrière.
En ces temps de pandémie, les covoitureurs portent le masque et appliquent les gestes barrière.  ISTOCK

Dans le monde sinistré des transports, BlaBlaCar ferait presque figure d'exception. Alors que la pandémie de Covid-19 a mis KO l'aérien, qu'elle a contraint la SNCF à poser un genou à terre, le leader du covoiturage longue distance, lui, titube mais reste debout.

Presque un exploit à l'ère du Covid-19, où rester chez soi est devenu la règle et se déplacer l'exception. « Nous avons mieux résisté que nos concurrents, affirme ainsi Nicolas Brusson, cofondateur et directeur général de BlaBlaCar. Là où la plupart des transporteurs ont perdu 50 % à 60 % de leur clientèle, nous, nous avons chuté en moyenne de 30 % sur l'ensemble des 22 pays où nous sommes présents. En France, c'est même moins, entre -20 % et -25 % ».

Au royaume des aveugles, BlaBlaCar fait même mieux que de jouer les borgnes puisque toujours selon Nicolas Brusson, sur un marché réduit à une peau de chagrin l'entreprise a gagné des parts de marché pendant la pandémie. « Pour nous, 2020, n'est clairement pas une année horrible », ose même le DG.

Pourtant, une étude de l'Observatoire des mobilités émergentes (auprès d'un échantillon de 4 500 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 à 75 ans) publiée il y a moins d'un mois indique que lorsqu'ils sont autorisés à voyager, les Français utilisent moins le covoiturage (-6 %). « Mais c'est du covoiturage courte distance domicile travaille, balaie Nicolas Brusson. C'est logique avec le télétravail. Nous, c'est de la longue distance. »

Un moyen de transport flexible

Comment expliquer le « miracle BlaBlaCar »? « En pleine pandémie, entre deux modes de transport, l'utilisateur arbitre pour celui où il y a moins de contacts, décrypte Nicolas Brusson. Plutôt que de traverser un hall de gare et monter dans un train, beaucoup préfèrent s'asseoir dans une voiture. » Mais quid de passer plusieurs heures dans l'espace clos d'une voiture où le nombre de passagers n'est pas limité? « Il y a les gestes barrière, plaide l'entreprise. Et chacun est libre de poser ses propres limites. »

Autre raison aux « résultats moins mauvais » de BlaBlaCar, la flexibilité qu'offre le covoiturage par rapport au train, à l'avion et même au bus. Dès le début de la pandémie, les grands centres urbains ont été boudés au profit des lieux plus excentrés, à l'horizon dégagé, pour se mettre au vert. Un changement rapide plus facile à absorber par le covoiturage que par les transporteurs de masse dont les voyages sont programmés plusieurs semaines à l'avance.

«On s'attend à ce que les déplacements reprennent entre avril et juin»

Enfin, chez BlaBlaCar, pas d'investissements lourd dans l'achat d'un avion ou dans l'entretien des voies ferrées. Les coûts fixes sont faibles et se réduisent pour l'essentiel à la masse salariale. Mais pour autant « nous avons pris le premier confinement de plein fouet, nous avons dû avoir recours à un PGE ( NDLR : prêt garanti par l'Etat ) de plusieurs millions d'euros, concède Nicolas Brusson. Et grâce au chômage partiel, nous avons tenu le choc. »

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Pour une entreprise habituée à des croissances annuelles de 40 %, 2020 restera donc comme une année particulière avec l'apprentissage d'un nouveau mot : décroissance. Alors combien a perdu BlaBlaCar en 2020, alors qu'elle est rentable en France depuis plusieurs années ? Pas de réponse. « Mais pour 2021, nous sommes optimistes, on s'attend à ce que les déplacements reprennent entre avril et juin », veut croire Nicolas Brusson.

De là à imaginer que la pandémie va accélérer le développement du covoiturage ? « Cela peut jouer, poursuit le directeur général. Nous l'avons constaté en juillet et août et à Noël, il y a une sorte de frustration de ne pas voyager. Dès que le gouvernement l'autorise, les gens se ruent dans les transports, ils ont besoin de liberté. Cet été, certaines semaines et week-end, la fréquentation a été supérieure à celle de 2019. Aucun mode de transport n'a connu ça. »