Coworking : et si on allait au bureau… dans une ferme

Ancienne laiterie ou ex-bureau de Poste… La Maison du coworking, dans la région Lilloise, choisit des bâtiments qui ont eu une vie avant de les transformer en espaces de bureaux.

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 A Marcq-en-Barœul (Nord), une ferme réaménagée offre onze places de coworking et une vingtaine de bureaux privatifs.
A Marcq-en-Barœul (Nord), une ferme réaménagée offre onze places de coworking et une vingtaine de bureaux privatifs. LP/Sébastien Courdji

« On aurait voulu utiliser la cheminée cet hiver, mais il faut la faire débistrer (NDLR : enlever le goudron du conduit) », explique Louise en marquant une pause devant notre sourcil levé. Elle ajoute aussitôt : « C'est plus que du ramonage, parce qu'elle n'a pas servi depuis longtemps. » A Marcq-en-Barœul (Nord), à dix minutes en voiture de la gare TGV Lille-Flandres, Louise Delmon doit faire face à des impératifs inhabituels pour une gestionnaire de bureaux.

La jeune femme, qui dirige neuf centres de la Maison du coworking dans la métropole lilloise, passe en revue ce mardi matin les équipements d'une fermette blanche aux portes rouges entourée de champs, juste reliée à la vie urbaine par le bruit de fond de l'autoroute toute proche. « Nous avons investi les lieux en 2017 en aménageant un premier corps de bâtiment, alors que le reste était encore occupé par une famille, partie en 2018 », explique Camille Frealle, responsable de la communication de la Maison du coworking.

Créée en 2014 dans la région lilloise, la société exploite treize centres de coworking dans les Hauts-de-France, aux portes de Paris, à Rennes (Ille-et-Vilaine) et Orléans (Loiret). Elle projette cinq ouvertures en 2021 avec un objectif de 6 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 200 000 euros en 2014…

Espace collectif et bureaux privatifs

A Marcq-en-Barœul, la ferme offre désormais onze places de coworking et une vingtaine de bureaux privatifs pour deux ou trois personnes. « Notre but est d'ouvrir des sites en périphérie des grandes villes pour rapprocher le lieu de travail du domicile des coworkers. Aujourd'hui, c'est ce que recherchent les gens », assure Camille.

Installée devant son mug de café dans la cuisine collective donnant sur un vaste jardin, Coralie confirme : « Je ne voulais plus faire une heure et quart de bouchons pour aller au centre de Lille », assure cette consultante éditoriale au service des TPE-PME, qui a visité plus d'une quinzaine de locaux avant d'opter pour celui-ci. Elle savoure « le luxe » de rejoindre son bureau en quinze minutes à peine de voiture, voire à vélo aux beaux jours.

Les locataires de la ferme disposent d’une cuisine. LP/Sébastien Courdji
Les locataires de la ferme disposent d’une cuisine. LP/Sébastien Courdji  

Au premier étage, le gérant de l'entreprise de maîtrise d'œuvre Reynaud Brunet a aussi fait le choix de la proximité. Son associé et ses deux salariés habitent à dix minutes en voiture.

« Et ce centre est très bien localisé par rapport à notre zone de chalandise. On y stationne facilement et on a l'accès au périphérique », explique Florian Reynaud. Il a démarré seul en 2017 dans l'open space, avant de prendre des bureaux privatisés à l'arrivée de ses nouveaux collaborateurs.

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L'accès aux grands axes de circulation de la métropole lilloise a aussi été un des éléments déterminants du choix de Delphine Sylvestre, directrice marketing de Tombow, marque japonaise d'objets décoratifs et de fournitures de bureau. Elle est installée avec sa collègue au rez-de-chaussée de la ferme.

« On voulait une adresse dans la métropole lilloise, mais en centre-ville il n'y a pas de parking, pas d'espace de stockage. Ici, on pourra recevoir les boss japonais », assure-t-elle.

Les espaces de travail donnent sur un cadre verdoyant tout en se situant près des grands axes de communication. LP/Sébastien Courdji
Les espaces de travail donnent sur un cadre verdoyant tout en se situant près des grands axes de communication. LP/Sébastien Courdji  

Le cadre verdoyant emporte sans surprise l'adhésion de tous les occupants. « Le lieu a une âme et l'espace extérieur est juste exceptionnel », apprécie Delphine. « L'été, on fait des barbecues sur la terrasse », raconte un des coworkers, alors que la pause déjeuner a déjà attiré dans la cuisine une demi-douzaine de convives.

« Ici, on déconnecte totalement »

Coralie et deux autres adhérentes du centre reviennent après quelques minutes d'absence. « Il y a une zone d'activité toute proche avec des offres de restauration à emporter », explique l'une des jeunes femmes en sortant son plat d'un sac en papier, tandis que Coralie allume la gazinière pour préparer son repas.

Dès le printemps, le jardin sera investi par les locataires, certains y reçoivent même leurs clients. « Ici, on déconnecte totalement », confie une jeune femme qui travaille pour une agence de voyages.

Les clients peuvent choisir des bureaux pour deux ou trois personnes. LP/Sébastien Courdji
Les clients peuvent choisir des bureaux pour deux ou trois personnes. LP/Sébastien Courdji  

Coralie avoue aller parfois se changer les idées « en allant voir les animaux », les poules et les oies du voisin, dont on entend parfois les caquètements et les gloussements derrière la haie.

Si 2020 a été une année atypique, le centre n'a jamais été déserté. « Pendant le deuxième confinement, les gens étaient contents de venir ici », note Louise, la directrice, qui reconnaît cependant une baisse de fréquentation en ce début d'année.

100 à 300 euros par mois

Les bureaux individuels (à partir de 300 euros) et les postes de travail dans l'open space (nomade ou fixe, à partir de 100 euros) se louent au mois. Sur les onze postes de coworking, dix sont occupés, et une vingtaine de bureaux (sur quarante) loués.

« Nous avons des clients qui sont partis car ils ont acheté leurs propres locaux et nous sommes contentes de les avoir accompagnés, expliquent Camille et Louise. Mais d'autres ne les ont pas conservés parce qu'ils ont malheureusement connu des pertes d'activité ».