Christophe Burckart, DG d’IWG France : «On va assister à une hybridation des lieux de travail»

En trente ans, le groupe IWG (regroupant les marques Regus, Signature, Spaces, Stop & Work) s’est imposé comme le leader de l’espace de travail flexible et partagé. Rencontre avec son directeur général, Christophe Burckart.

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 Puteaux (Hauts-de-Seine), le 15 janvier 2021. Christophe Burckart, directeur général d’IWG France, leader en France des espaces de coworking.
Puteaux (Hauts-de-Seine), le 15 janvier 2021. Christophe Burckart, directeur général d’IWG France, leader en France des espaces de coworking. LP/Delphine Goldsztejn

Créée en 1989 par l'entrepreneur anglais Mark Dixon pour offrir des bureaux aux hommes d'affaires en déplacement, la société Regus ouvre son premier centre en Belgique, puis en France dès 1992. En trente ans, le groupe IWG (regroupant les marques Regus, Signature, Spaces, HQ et Stop & Work) s'est imposé sur notre territoire et dans le monde comme le leader de l'espace de travail flexible et partagé, avec 3500 sites et plus de 10000 collaborateurs dans le monde, dont 128 sites et 388 salariés en France.

Le groupe IWG - qui a enregistré un chiffre d'affaires mondial de 2,98 milliards d'euros en 2019 - a connu une forte accélération de ses activités au second semestre 2020 en France, où huit nouveaux sites ont été ouverts. « Le marché du coworking représente aujourd'hui 2 % des espaces de travail et les grandes agences de conseil prévoient que leur part passe à 30 % d'ici 2030 », se réjouit Christophe Burckart, directeur général IWG France.

Comment votre activité a-t-elle pris son envol en France ?

CHRISTOPHE BURCKART. Au départ le raisonnement était purement économique. Le concept est que Regus signe un bail conventionnel avec un propriétaire et optimise les coûts pour les entreprises en leur permettant d'utiliser les locaux pour une durée variable, et d'en modifier la surface. Au-delà de la flexibilité, notre offre a répondu au développement du nomadisme et à l'attente des entrepreneurs qui apprécient de travailler en réseau sur l'ensemble de nos sites et d'appartenir à une communauté.

Y a-t-il eu un tournant ?

Il y a eu un coup d'accélérateur en 2015, notre croissance est passée à plus de 10 % par an avec l'ouverture d'un centre par mois. Nous avons mis en place une approche multimarques, avec l'acquisition en 2014 du hollandais Spaces, à l'origine des grands coworkings communautaires. Il y en avait alors dix aux Pays-Bas, aujourd'hui il en existe dans une centaine de pays. La France se trouve dans une position moyenne, la maturité est plus forte dans les pays anglo-saxons.

Comment avez-vous géré les mesures liées à la pandémie ?

Les espaces sont tous restés ouverts. Ils ont connu une baisse de fréquentation jusqu'au 11 mai mais des clients venaient tous les jours, avec la mise en place d'un protocole strict, qui a été très majoritairement respecté, alors qu'on dit souvent que les Français ne sont pas disciplinés. Et de nouveaux clients sont venus s'installer dans nos locaux. Des entreprises dont les collaborateurs travaillaient chez eux et qui avaient besoin d'une salle pour se retrouver en mode projet ont fait appel à nous. En septembre 2020, nous avons connu une rentrée historique, avec la signature de 700 contrats, + 30 % au-dessus du rythme normal.

Les profils de vos clients ont-ils changé ?

Parmi ces contrats nous avons un très grand nombre de nouveaux clients, qui ont compris qu'ils avaient un besoin de flexibilité totale et auxquels les baux conventionnels 3-6-9 ans ne conviennent plus. Les premières à s'organiser pour changer de modèle ont été les TPE-PME. Les grands groupes ont mis plus de temps, pour consulter en interne.

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Mais nous avons vu de grandes entreprises comme Oracle conserver seulement leur siège en actif propre et proposer du coworking sur le reste du territoire. Ou encore Engie prendre des bureaux dans un de nos centres, près d'une gare parisienne, pour sa partie digitale qui comprend plus d'une centaine de personnes. Un site attractif dans un quartier où Engie n'avait pas de locaux, ce qui lui a permis d'attirer des talents, et où elle pourra agrandir ou réduire les bureaux selon l'évolution de ses besoins.

Vos Stop & Work, ces centres de travail partagé en zone résidentielle ou en région, répondent-ils à un changement de modes de travail et de vie ?

Nous avons cinq marques. Regus est l'historique. Signature se place dans le haut de gamme, son dernier centre a ouvert à Lyon (Rhône) le 15 janvier. HQ est la version d'entrée de gamme de Regus. Spaces incarne le concept de coworking communautaire, avec des surfaces de 5000 m² et plus. Stop & Work représente une alternative au travail à domicile.

Nous avons lancé cette dernière en 2014 dans des villes comme Fontainebleau (Seine-et-Marne) et Maisons-Laffitte (Yvelines). Les salariés ou les indépendants qui ne veulent pas rester chez eux y trouvent des services efficaces et des interactions avec d'autres personnes. Leur lieu d'implantation a été choisi au plus près des zones résidentielles mais bien desservies par les transports pour éviter à ces personnes d'avoir à se déplacer jusqu'au cœur des métropoles.

Confinements et télétravail ont-ils été favorables aux espaces partagés ?

Avant la pandémie, 25 % des entreprises avaient signé des accords de télétravail, on estime qu'on atteindra 80 % dans les années à venir. On va assister à une hybridation des lieux de travail. Les gens vont pouvoir travailler dans leur entreprise, à proximité de leur client ou à domicile. On n'ira plus tous les jours au siège de son entreprise. Mais on est aussi revenu du télétravail à 100 %. Des entreprises anglo-saxonnes qui avaient fait ce choix en 2020 ont fait marche arrière.

Vous avez de nouveaux projets ?

Pour 2021, nous prévoyons de poursuivre notre rythme d'ouverture d'un site par mois, qui a été un peu ralenti début 2020. Nous avons lancé une offre pour les grandes entreprises, en tant que prestataire de services. On propose d'aménager puis d'exploiter pour elles, dans une partie de leurs locaux, un espace flexible destiné à leurs collaborateurs, clients ou partenaires.

Nous avons aussi développé deux offres de service, une plate-forme d'aide aux créateurs d'entreprise (Rovva) et une autre pour les télétravailleurs (HomeToWork). Et nous avons ouvert nos marques à la franchise. Nous avons reçu des signes d'intérêt et nous espérons les concrétiser avec des signatures avant l'été 2021.

Des marques ouvertes en franchise

Les cinq marques d’espaces de travail Regus (80 sites), HQ (20 sites), Spaces (12 sites), Signature (5 sites) et Stop & Work (11 sites) sont désormais ouvertes à la franchise.

« La franchise s’adresse à des professionnels expérimentés dans des domaines tels que l’hôtellerie-restauration ou le retail (NDLR : vente au détail), qui ont déjà un business établi, des moyens financiers et recherchent une activité à forte croissance », précise Christophe Burckart, directeur général France de IWG. « Nous leur proposerons des territoires d’exclusivité sur lesquels nous n’ouvrirons pas d’autres centres, mais où ils devront s’engager sur un certain nombre d’ouvertures de sites ».

Les franchisés bénéficieront des conseils des équipes Regus pour l’aménagement de leurs bureaux et leur exploitation, ou pour profiter de prix préférentiels chez des fournisseurs. En contrepartie, ils devront respecter le cahier des charges imposé par la marque.