Bridgestone : un sursis pour sauver les emplois

Les ministres Élisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher se sont rendues à Béthune (Pas-de-Calais) pour négocier avec la direction de l’équipementier japonais des solutions alternatives à la fermeture de cette usine qui emploie 863 salariés.

 Élisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher ont échangé avec la direction France et Europe de Bridgestone puis avec des représentants du personnel et élus.
Élisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher ont échangé avec la direction France et Europe de Bridgestone puis avec des représentants du personnel et élus. Reuters/Pascal Rossignol

Un léger sursis pour l'usine de pneumatiques Bridgestone, à Béthune (Hauts-de-France) à défaut d'un réel « plan B ». Le gouvernement, qui entendait faire pression ce lundi sur la direction du géant japonais du pneumatique pour tenter d'éviter la fermeture du site, va finalement devoir jouer la montre et faire preuve d'imagination pour sauver les emplois.

Réunis ce lundi à l'hôtel de la communauté d'agglomération de Béthune pour une réunion de crise avec la direction du groupe, des élus locaux et des représentants des salariés, le gouvernement a annoncé qu'il allait mandater le cabinet de conseil Accenture pour « contre-expertiser » les scénarios étudiés par Bridgestone avant de prendre la décision de fermer son usine.

« Nous réunirons l'ensemble des parties prenantes d'ici deux à trois semaine d'une manière aussi physique que possible pour revoir les différents scénarios mais également soumettre des scénarios alternatifs à une fermeture de site », a assuré à l'issue de cet échange la ministre déléguée à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher. Parmi les scénarios évoqués : « Le recyclage du pneu […] un élément pouvant mettre de la charge dans l'usine. » A ses côtés, la ministre du Travail, Elisabeth Borne, a juré que « le gouvernement se battra pied à pied pour sauver les emplois ». « Ce site, ce sont des compétences qui sont rares […] des emplois qualifiés », a-t-elle insisté. Dans la foulée de cette réunion, les deux ministres se sont rendues dans l'usine.

La fermeture du site, seule option pour la direction

Dans un communiqué publié plus tôt dans la journée, la direction du groupe avait annoncé que la fermeture du site était la seule option, mais qu'elle entendait participer « activement » à la recherche de solutions pour le site et le territoire. La direction a également dit rechercher des entreprises intéressées par une reprise totale ou partielle du site et de ses employés mais aussi pour développer des projets « permettant de créer de nouvelles activités dans la région ».

Le groupe s'engage également à soutenir la mise en œuvre « des solutions », y compris la reprise du site par des concurrents. « Nous ne laisserons aucun salarié sans emploi ou sans accompagnement adapté et personnalisé », a déclaré dans ce communiqué Laurent Dartoux, président de Bridgestone pour l'Europe. Parallèlement, l'entreprise entend proposer un plan d'accompagnement adapté à chaque salarié.

«Il ne faut pas se raconter d'histoire»

Premier employeur de cette ville de 25 000 habitants, le manufacturier avait brutalement annoncé mercredi son intention de fermer en 2021 cette usine qui emploie 863 personnes, invoquant une surcapacité de production en Europe et la concurrence des marques asiatiques à bas coût. Avec sa production des pneus de petit calibre, elle serait ainsi selon Bridgestone « la moins performante » parmi la dizaine de ses sites européens.

En dix ans, ses effectifs ont chuté de 40 %. L'annonce de la fermeture avait provoqué un tollé dans la classe politique. Présent devant l'usine ce lundi, le député LFI François Ruffin est venu dénoncer « cette folie de la mondialisation », la « complicité des politiques » et appelé le gouvernement à « refuser d'homologuer le plan social » pour « mettre Bridgestone au pied du mur ».

« Il ne faut pas se raconter d'histoire, les petits pneus ne se vendent plus, a réagit le président (ex-LR) de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand. En revanche qu'ils apprennent à compter : ça va leur coûter plus cher de faire un plan social que d'investir sur le site avec le soutien de l'état! » Il souhaite « que le gouvernement puisse obtenir une vraie discussion avec la direction japonaise du groupe ». Parmi les solutions sur la table, « avec Bridgestone ou sans » : « Un investissement pour faire des pneus plus grands, de 18 pouces, qui coûtent plus cher et qui donnent plus de valeur ».

« Depuis des années on répète qu'il faut investir, faire des pneus de gros calibre, à forte valeur ajoutée, pour rester compétitifs, explique Stéphane Lesix, secrétaire du CFDT du CSE. Aujourd'hui, la direction a enfin ouvert la porte à cette piste de travail intéressante. Cela nécessitera de gros investissements pour que ça avance dans le bon sens mais aujourd'hui, il s'est passé quelque chose de rare : tous les syndicats et les politiques ont fait bloc contre la décision de fermeture. » De son côté, Sylvie Zeisberger, déléguée CFE-CGC, note « une lueur d'espoir grâce cette petite brèche qui vient de s'ouvrir ».