Boiron, géant de l’homéopathie, mise sur le cannabis thérapeutique pour rebondir

Fragilisé par le déremboursement de l’homéopathie, le laboratoire lyonnais s’associe au britannique Emmac Life Sciences pour se diversifier vers les traitements à base de cette plante interdite en France et va participer à l’expérimentation lancée par le gouvernement.

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 Le laboratoire Boiron vient de s’allier au groupe européen Emmac Life Sciences, qui produit déjà du cannabis au Portugal et le conditionne en Espagne.
Le laboratoire Boiron vient de s’allier au groupe européen Emmac Life Sciences, qui produit déjà du cannabis au Portugal et le conditionne en Espagne. LP/Olivier Corsan

Depuis le 1er janvier, le déremboursement de l'homéopathie, engagé il y a deux ans par le gouvernement sous l'impulsion d'Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, est effectif. Et le coup est rude pour le laboratoire lyonnais Boiron, leader mondial de l'homéopathie, qui a également pris la crise du Covid-19 de plein fouet.

« Avec cette campagne de dénigrement, qui a amené certains médecins à lever le pied sur les prescriptions, et la crise sanitaire qui a pénalisé le marché des rhumes, toux et grippes, nous avons perdu plus de 100 millions d'euros en deux ans, annonce Valérie Lorentz-Poinsot, directrice générale de Boiron, notre chiffre d'affaires est passé de 617 millions d'euros à 513 millions d'euros. » Les conséquences sur l'emploi sont importantes : 550 licenciements et la fermeture de treize sites en France. C'est déjà le cas pour Belfort et Pau. Ce sera le tour de Brest en fin de semaine…

Pourtant, depuis son siège ultramoderne de Messimy (Rhône), dans l'ouest lyonnais, l'entreprise familiale presque centenaire se veut « résiliente ». Pas question de se laisser abattre. Boiron continue à développer de nouveaux traitements homéopathiques, se lance dans les probiotiques et dans… le cannabis thérapeutique. En France, contrairement à de nombreux autres pays, comme les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, la production et la distribution de produits à base de cannabis sont strictement interdits, mais pourtant Boiron voit là un marché d'avenir sur lequel elle veut se positionner. « Cela fait quatre ans que je pense à l'intérêt de cette plante », confie la directrice générale, en rappelant qu'elle faisait partie de la nomenclature Boiron et était utilisée en homéopathie avant d'être interdite à la fin des années 1970.

Une grande étude sur 3000 patients

C'est ainsi que Boiron vient de s'allier au groupe européen Emmac Life Sciences, basé en Grande-Bretagne et qui produit déjà du cannabis au Portugal et le conditionne en Espagne. Avec cinq autres couples producteurs-distributeurs retenus par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), Boiron va participer, pendant deux ans, à la grande étude sur 3000 patients, lancée par le gouvernement français sur le cannabis médical.

« Ces produits, qui sont déjà utilisés dans de nombreux pays, sont très utiles pour soulager les douleurs en oncologie, les douleurs chroniques, les malades souffrant d'épilepsie, ou encore en soins palliatifs », détaille le pharmacien Jean-Christophe Bayssat, directeur général délégué des laboratoires Boiron. « Il va s'agir avec cette étude de tester différents dosages de THC et de CBD (NDLR : deux substances chimiques présentes dans la plante) ». « C'est une plante très précieuse, mais il faut la manier avec attention à cause des effets secondaires », souligne Valérie Lorentz-Poinsot, en plaidant pour l'organisation d'acteurs sérieux et reconnus sur ce marché.

En participant à cette première expérimentation, Boiron espère se positionner en amont comme « un acteur de qualité » sur une future filière française de médicaments à base de cannabis. « On mise sur l'avenir, on se prépare », explique Valérie Lorentz-Poinsot, en pariant sur l'ouverture du marché français, qui lui permettrait de se déployer également à l'international. Mais aussi de réintroduire le cannabis dans ses doses homéopathiques.