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Bernard Tapie : «Ils ont voulu me couper l’électricité»

Deux jours avant une audience du tribunal correctionnel sur la liquidation de ses biens, l’homme d’affaires a eu la surprise de voir débarquer dans son hôtel particulier parisien un technicien… venu lui couper l’électricité.

 Lundi 21 septembre, Bernard Tapie est averti qu’un technicien d’Enedis, mandaté par EDF pour lui couper l’électricité, est à la porte de son hôtel particulier à Paris.
Lundi 21 septembre, Bernard Tapie est averti qu’un technicien d’Enedis, mandaté par EDF pour lui couper l’électricité, est à la porte de son hôtel particulier à Paris.  LP/Philippe Lavieille

Mauvaise surprise ce lundi 21 septembre pour Bernard Tapie à la veille d'échéances judiciaires importantes. Vers 11 heures, l'homme d'affaires, qui doit assister deux jours plus tard à l'audience en appel de la mise en liquidation de ses biens prononcée le 30 avril dernier par le tribunal de commerce de Bobigny, est averti qu'un technicien d'Enedis est à la porte de son hôtel particulier dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris.

« Je l'invite à entrer, raconte Bernard Tapie, je lui offre un café et il m'explique qu'il est mandaté par EDF pour me couper l'électricité. Il a été stupéfait de me voir, il n'avait pas fait le rapprochement entre la société GBT (NDLR : Groupe Bernard Tapie) et moi. » L'ancien ministre demande à parler à un responsable d'Enedis. « Je lui ai expliqué que la liquidation judiciaire de mes biens n'est pas définitive et, qu'en plus, je paie moi-même mes factures de gaz et d'électricité. C'est fou, ils ont essayé de me couper l'électricité », s'emporte Bernard Tapie, en colère contre ses créanciers du CDR, l'entité chargée d'apurer le passif de l'ex-Crédit lyonnais, et le mandataire judiciaire qui a ordonné l'intervention.

Contacté par notre journal, le technicien d'Enedis, Olivier V., confirme la version de l'ancien patron de l'OM. « Je suis intervenu à la demande du service recouvrement d'EDF pour une résiliation du contrat et, sur ma fiche, il était marqué que c'était dans le cadre d'une liquidation judiciaire », explique-t-il. Monsieur Tapie, qui m'a d'ailleurs accueilli chaleureusement, m'a expliqué que c'était illégal de lui couper l'électricité. »

«Ce qu'ils veulent, c'est ma peau»

Le technicien en réfère à son supérieur hiérarchique qui décide d'annuler l'intervention. « C'est le mandataire judiciaire et non le fournisseur d'électricité, en l'occurrence EDF, qui est seul décisionnaire. La résiliation dans ce cas n'avait pas lieu d'être », estime Olivier V., ému par sa rencontre avec Tapie. « J'ai été touché de le voir dans cet état et, franchement, je trouve ça dégueulasse de l'attaquer en justice alors qu'il est aussi diminué physiquement. »

L'épisode reste en travers de la gorge de Bernard Tapie, qui, à 77 ans, se bat contre un cancer métastasé. Dans l'interminable bras de fer judiciaire qui l'oppose au CDR et le ministère public dans l'arbitrage contesté de 2008 après la revente litigieuse en 1993 d'Adidas par le Crédit lyonnais, il y voit une nouvelle preuve de l'acharnement de ses adversaires. « Ce qu'ils veulent, ce n'est pas récupérer l'argent soi-disant volé aux contribuables, c'est ma peau », assène-t-il régulièrement. Condamné en 2015 à rembourser 404 millions d'euros, obtenu grâce à l'arbitrage contesté en 2008, Bernard Tapie a proposé plusieurs plans de remboursement tous retoqués par la justice.

Dans la balance, l'ancien patron de l'OM avait mis sa villa « La Mandala » à Saint-Tropez, estimée à 75 millions d'euros, son moulin du Breuil en Seine-et-Marne, évalué à 5 millions d'euros, et présenté au tribunal une promesse de vente de l'Hôtel de Cavoye à Paris pour 80 millions d'euros. « Je veux vendre mon hôtel particulier parisien mais le parquet s'est opposé à la vente, de même qu'il s'est opposé à ce que les saisies pénales effectuées par le juge Tournaire et libérées par ma relaxe soient versées en avance sur les créances réclamées par le CDR comme je l'avais proposé pour prouver ma bonne foi », s'indigne l'ancien patron de l'OM. Qui conteste toujours le montant de sa dette. « En France, les 404 millions sont devenus 570 millions d'euros alors que j'ai touché en tout et pour tout 270 millions d'euros de l'arbitrage. »

Tapie s'en prend à Bruno Le Maire

A la veille de son audience devant la cour d'appel de Paris, il pousse aussi un coup de gueule contre le ministère des Finances. « Bruno Le Maire, qui fait des grands discours pour sauver les entreprises françaises a accepté, au travers du CDR, que plus de 80 millions partent en Belgique » où la justice a aussi été saisie de cette affaire tentaculaire. « Dieu merci, conclut Bernard Tapie, la présidente du tribunal correctionnel a décidé de surseoir à statuer. Les magistrats en ont marre d'être manipulés par des parquets à la botte du pouvoir. A bientôt monsieur Le Maire ! »

Après cette nouvelle audience, Bernard Tapie aura un autre rendez-vous avec la justice. Relaxé en juillet 2019, au terme d'un procès ultra-médiatisé, des accusations d'« escroquerie » et de « détournement de fonds publics » dans l'affaire de l'arbitrage pour lesquelles le parquet avait requis 5 ans de prison ferme, il sera rejugé en appel à partir du 12 octobre en compagnie de Stéphane Richard, le PDG d'Orange, et de quatre autres prévenus relaxés comme lui en première instance.