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Bars et restaurants menacés : «Notre secteur ne supportera pas une nouvelle fermeture»

Roland Héguy, président confédéral de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie, craint qu’après Aix et Marseille, les bars et restaurants d’autres grandes villes dont Paris ne soient aussi obligés de baisser le rideau pendant quinze jours.

  Depuis le 28 septembre, les bars parisiens sont dans l’obligation de fermer leurs portes à 22 heures.
Depuis le 28 septembre, les bars parisiens sont dans l’obligation de fermer leurs portes à 22 heures. LP / Arnaud Dumontier

Le ciel s'obscurcit pour les bars et restaurants. Ce jeudi, Olivier Véran, ministre de la Santé, pourrait annoncer de nouvelles restrictions pour lutter contre la propagation de l'épidémie de Covid-19. Le matin même, les maires de Paris, Lyon, Lille et Grenoble seront reçus tour à tour à Matignon pour discuter d'« éventuelles adaptations ». Lesquelles? Roland Héguy, président Confédéral de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (Umih) s'inquiète qu'après Aix et Marseille, les bars et restaurants d'autres grandes villes, dont Paris, ne soient aussi obligés de baisser le rideau pendant quinze jours. « J'ai peur que Paris et d'autres grandes villes ferment les bars et restaurants », prévient-il.

Comment s'y opposer alors que le recours déposé par l'Umih contre ces fermetures a été rejeté aujourd'hui par le tribunal administratif de Marseille? D'ores et déjà, certains restaurateurs ont pris les devants et ont limité leurs approvisionnements pour ce week-end. Vendredi, l'Umih appelle tous les tous les chefs d'entreprise et leurs salariés des bars et restaurants à « faire du bruit » devant leur établissement, à 11h45. Pas question de désobéir aux décisions gouvernementales. « Nous allons nous battre, insiste Roland Héguy. Notre survie est en jeu ».

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Le gouvernement va-t-il imposer de nouvelles fermetures de bars et restaurants ?

ROLAND HÉGUY. C'est ma plus grande crainte. Après Aix et Marseille, j'ai peur que Paris et d'autres grandes villes ferment ses bars et restaurants. Hier [NDLR : mardi], lors de notre réunion avec quatre ministres du gouvernement, Jérôme Salomon [NDLR : directeur général de la Santé] était présent. En l'écoutant donner tous ses chiffres, j'ai bien senti, entre les lignes, que c'était la direction qui était prise.

Vous êtes résigné ?

Non, nous allons nous battre. Notre secteur ne supportera pas une nouvelle fermeture. Avant la fin de l'année, ce sont déjà 30 % des bars, hôtels, restaurants, discothèques et traiteurs de Paris et d'Ile-de-France qui risquent de mettre la clé sous la porte. Et 15 % au niveau national. Cela représente 30 000 entreprises et 220 000 emplois. Sans compter les emplois induits. Nous faisons vivre plusieurs filières, les brasseurs, les torréfacteurs, les entreprises de sécurité, les femmes de ménages et tous les artisans du BTP.

Que demandez-vous ?

Que le gouvernement nous laisse travailler. Plus de 95 % des professionnels respectent les protocoles sanitaires. Et nous sommes prêts à les renforcer. Nous avons proposé de mettre en place des cahiers de rappel qui permettront, en cas de contamination, de recontacter nos clients. Nous pouvons aussi prendre leur température. Tout cela existe déjà dans certains secteurs, notamment dans les transports, et ça marche très bien.

Pourquoi ces règles fonctionneraient alors que celles déjà en place ne sont pas toujours appliquées, notamment dans les bars ?

S'il y a des mauvais élèves, c'est à l'Etat de faire son boulot. Tout l'été, il a laissé faire, notamment le long des plages. Et maintenant, parce qu'une minorité fait n'importe quoi, le gouvernement veut pénaliser 100 % d'un secteur. Ce n'est pas acceptable.

C'est une question de santé publique…

On va simplement déplacer le problème dans les espaces privés. Il y a déjà des soucis avec des appartements qui sont loués pour faire la fête. Nous sommes conscients que le gouvernement veut préserver la santé des Français. Mais qu'il nous fasse confiance et nous laisse travailler. Sinon beaucoup d'établissements vont mourir.

Pourtant le gouvernement a annoncé le prolongement jusqu'au 31 décembre du dispositif de chômage partiel avec une indemnisation à 100 % mais aussi des prêts garantis par l'Etat…

Ces PGE [ NDLR : prêts garantis par l'Etat ], il faudra bien les rembourser. Comment fait-on quand on nous oblige à fermer? J'ai conscience que des efforts considérables ont été faits, mais ce n'est pas suffisant.

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Que demandez-vous ?

Il faut régler le problème des loyers. On peut imaginer qu'ils soient réglés au prorata du chiffre d'affaires réalisé. En contrepartie, le bailleur bénéficierait d'allègements fiscaux. Il y a aussi le problème des assurances. Lors de la dernière réunion, le gouvernement a reconnu qu'elles n'avaient pas été à la hauteur. Il faudrait, comme en Allemagne, qu'elles prennent en charge 15 % de la perte d'exploitation. Nous avons déjà 5 000 établissements qui vont déposer un recours devant la justice pour que leur assurance prenne en charge ces pertes. Mais ce que nous voulons avant tout, c'est qu'on nous laisse travailler.

Et si le gouvernement ferme d'autres bars et restaurants vous appellerez à désobéir ?

Non. L'Umih n'appelle et n'appellera pas à désobéir. Mais le gouvernement doit nous respecter et nous consulter. Notre survie est en jeu.