«Au moindre coup dur, je peux basculer»: quand la crise ravive la peur du surendettement

Alors que les ménages modestes sont frappés de plein fouet par la crise, le gouvernement va labelliser cent nouveaux «points conseil budget» afin de les aider.

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 Les Crédits municipaux (ici dans le centre de Paris) font partie des premiers lieux à avoir accueilli des Points conseil budget.
Les Crédits municipaux (ici dans le centre de Paris) font partie des premiers lieux à avoir accueilli des Points conseil budget. LP/Jean-Baptiste Quentin

Carole ressort à peine la tête de l'eau. A 52 ans, la fonctionnaire est engluée dans les dettes depuis deux ans. 8 000 euros d'impayés de loyer sont au-dessus de sa tête, comme une épée de Damoclès. Après avoir touché le fond, peiné à se nourrir elle et ses deux enfants, Carole, yeux creusés par les cernes, entrevoit la lumière. Elle renfloue sa dette à hauteur de 10 euros par mois à son bailleur. Sa situation est « stabilisée », dit-elle, mais fragile. « Je gagne un peu plus que le smic. Je n'ai pas le droit à un découvert, plus de chéquier. Au moindre coup dur, je peux basculer », lance-t-elle, la voix pétrie d'angoisse.

Pour éviter une descente aux enfers et une nouvelle lourde dépression, Carole est venue chercher de l'aide, ce lundi après-midi, à la permanence du Point conseil budget (PCB) située au Patio, établissement municipal d'Igny (Essonne). Ces structures, lancées en 2019 dans le cadre du Plan Pauvreté, sont souvent pilotées par des associations locales, en échange d'une subvention de 11 000 euros par an. Elles offrent un service d'accompagnement et de prévention pour les personnes en situation de surendettement, ou en passe de le devenir.

«Beaucoup de foyers modestes sont au point de bascule»

En pleine crise sanitaire et économique, le gouvernement a décidé de renforcer le dispositif. Cent nouvelles labellisations vont être accordées. Elles viendront s'ajouter aux quatre cents existantes. « Le PCB est un rouage essentiel pour lutter contre la précarité. La demande de terrain est forte et les candidatures à la labellisation nombreuses », argue Marine Jeantet, déléguée interministérielle à la lutte contre la pauvreté. L'appel à manifestation devrait être lancé au printemps, pour une mise en place effective à la rentrée.

L'objectif est clair : éviter à tout prix que les personnes modestes tombent dans une précarité extrême. « Nous ne voulons pas qu'à la crise sanitaire, s'ajoute un drame humain », insiste-t-on dans l'entourage du ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran. Les indicateurs semblent pourtant loin d'être alarmistes. En 2020, le nombre de dossiers de surendettement a baissé de 24 % par rapport à 2019, selon la Banque de France.

Un semblant d'éclaircie. Car selon l'INSEE, plus d'un tiers des 10 % des ménages les plus pauvres ont vu leur situation financière se dégrader à partir du premier confinement. De même, le nombre de bénéficiaires du RSA a augmenté de 8,3 % en 2020. « Beaucoup de foyers modestes sont au point de bascule, raison de plus pour renforcer la prévention. Nous ne connaissons pas encore les effets à moyen-long terme de la crise sanitaire. Nous craignons une forme de rattrapage dans les prochains moins… », s'inquiète Marine Jeantet.

Une attention particulière aux familles monoparentales

Ahmed, 59 ans, craint de replonger dans les tréfonds et l'engrenage du surendettement. Pris en charge par un PCB à Sarcelles (Val-d'Oise) dès 2019 avec 9 000 euros de dettes, il avait réussi à retrouver du travail « à droite à gauche », respecter un échéancier et commencer à se remettre sur pied. Le confinement est venu tout fracasser. « D'un coup, je ne trouvais plus de travail, j'étais de nouveau au RSA, avec cette peur de me retrouver à la rue, souffle-t-il. Je suis retourné dans une spirale négative… Heureusement, mes enfants sont vieux. Je suis le seul en danger. »

Le gouvernement porte une attention particulière aux familles monoparentales frappées de plein fouet par le premier confinement. Carole en fait partie. Après une séparation en 2017 elle avait dû, pendant un an, s'en sortir avec 600 euros par mois. En arrêt maladie longue durée, son salaire avait été « divisé par deux ». Sa prévoyance a mis un an à prendre en charge son dossier et compléter son salaire. « J'ai dû me tourner vers l'épicerie sociale pour nourrir mes fils. J'étais sans repère, sans espoir, confie-t-elle. J'ai besoin d'aide pour ne pas replonger. Je ne souhaite à personne de connaître une telle détresse. »