AbonnésÉconomie

Ariel Wizman, dandy entrepreneur

LE PARISIEN WEEK-END. Changement de vie pour l’ancien journaliste, devenu cofondateur de la branche française de la chaîne d’accessoires chinoise Miniso. Le 20 octobre, le nouvel homme d’affaires a inauguré, à Paris, la première boutique de ce géant du design accessible.

 Ariel Wizman, 58 ans, représente aujourd’hui Miniso, une enseigne chinoise encore peu connue en France.
Ariel Wizman, 58 ans, représente aujourd’hui Miniso, une enseigne chinoise encore peu connue en France. LP/Philippe Lavieille

C'était l'homme de toutes les fêtes parisiennes. Journaliste de presse écrite, animateur lettré de Radio Nova, chroniqueur sur Canal +, DJ, documentariste… Ariel Wizman a collectionné les étiquettes. « J'ai toujours été multicarte, tout en sachant qu'un jour, je ferais quelque chose de strictement différent », commente le nouvel entrepreneur « méga heureux », virevoltant dans les rayonnages colorés d'une boutique, à côté des Galeries Lafayette. A 58 ans, l'ancien acolyte d' Edouard Baer représente aujourd'hui Miniso, une chaîne d'accessoires chinoise encore inconnue en France, alors qu'elle a conquis le monde depuis sa création, en 2013.

Un ours en peluche dodu tout doux, une brosse nettoyante vibrante pour le visage, des rangements pour la maison… Miniso, qui a ouvert son premier magasin dans l'Hexagone le 20 octobre, est un temple du shopping des objets du quotidien, alliant le design japonais travaillé d'un Muji aux petits prix d'un Hema. « C'est une marque qui crée une forte adhésion, explique Ariel Wizman. Quand j'ai fait visiter les lieux à une fille qui voulait connaître la date d'ouverture, elle a pleuré de joie comme quand on rencontre un chanteur de K-pop. » Avec 400 boutiques dans 80 pays, le géant chinois devait forcément débarquer un jour en France. « C'était un secret bien gardé, mais tous les grands groupes de distribution étaient sur le qui-vive. »

Comment Ariel Wizman est-il passé de l'encre à la Chine ? Il a commencé par mettre le journalisme de côté pour suivre un cursus à l'ESCP, une école de commerce prestigieuse. « Contre toute attente, le monde de l'économie m'a passionné, reconnaît-il. C'est intéressant, notre capacité à nous auto-­trahir. » Son premier business plan, pour créer un concept-store d'objets luxueux mais peu chers, n'aboutit pas. Il cherche la bonne idée et des compagnons de route. « On m'a présenté Jonathan Siboni et Nicolas Rey lors d'un déjeuner, début 2019, et on ne s'est plus quittés depuis. » En bande, on est plus forts. Le premier, 38 ans, diplômé de l'Essec et de Sciences-po, connaît le marché chinois grâce à sa start-up Luxurynsight, maîtrise la langue et murmure le nom de Miniso. Le second, un centralien de 34 ans, « talentueux dans les affaires », est propulsé PDG.

Son carnet d'adresses très fourni lui est utile

Quelques mois plus tard, les trois compères font leurs valises, direction la Chine, pour rencontrer les fondateurs de Miniso au siège, à Canton. Pour s'imposer face aux concurrents qui promettent 100 boutiques, tout de suite, les challengers jouent la carte de l'humain. « Les arguments business ont moins attiré que notre réseau d'artistes et notre idée de créer du lien social. On a imaginé les boutiques comme des lieux de rencontre et de festivité. »

La pandémie de Covid-19 freine ses plans, mais Ariel Wizman reste un animal social. Et son carnet d'adresses très fourni lui est utile. Le journaliste Mouloud Achour fait partie des fidèles. Il s'est associé financièrement à Miniso France et apprécie de voir son ami si passionné : « Cette reconversion, c'est la suite logique de sa carrière. En tant que journaliste ou DJ, il a toujours été un passeur, il a toujours offert ce qu'il aime aux autres. »

Mondain, toujours, mais posé. En couple depuis dix ans avec la chercheuse en physique Osnath Assayag, Ariel Wizman vante l'expertise et l'exigence de cette « femme exceptionnelle ». L'envie qui le meut aujourd'hui – apprendre, progresser, étendre ses horizons – ne serait pas étrangère au fait de vivre avec elle. A l'aube de la soixantaine, ce père de cinq enfants ne reniant ni l'élégance ni sa chevelure grisonnante est heureux de ne plus courir. « Contrairement à d'autres, j'aime bien vieillir. La vie m'impose, presque physiquement, une sagesse. Ça va bien avec le fait de travailler avec l'Asie. »

Elève du philosophe Emmanuel Levinas pendant ses deux dernières années de lycée à l'Ecole normale israélite orientale, à Paris, le dandy n'entend pas pousser à la consommation et bat en brèche tout procès contre le made in China réputé polluant. « Miniso travaille de plus en plus avec des usines responsables et écologiques. Rapidement, nous aimerions acheminer la marchandise en train plutôt que par cargos, par la route de la soie. »

L'idée de créer des emplois l'apaise

Les Frenchies espèrent aussi dessiner et fabriquer des produits en France. Et apporter ainsi une touche bleu-blanc-rouge au milieu des licences Marvel et Disney. Ariel Wizman, presque timide dans ses nouveaux habits, dit qu'il « fait du business ». Son aventure Miniso pourrait même dépasser les frontières françaises. « On a des options sur des franchises dans des pays francophones », souffle-t-il, avant de confier que créer des emplois l'« apaise ».

Il se verrait bien aussi en business angel, investissant de l'argent de manière vertueuse, dans des entreprises d'assistance à la personne ou dans le milieu associatif. « Tout succès doit servir à quelqu'un d'autre qu'à soi, philosophe-t-il. A l'époque de l'émission « La Grosse Boule », sur Nova, j'avais l'impression que ceux qui nous suivaient se sentaient plus libres. Maintenant, avec Miniso, je partage de l'utile et de la joie. » Désormais, la fête est à la maison.