Akka, Airbus… malgré les aides, les licenciements s’envolent dans l’aéronautique

Akka, groupe d’ingénierie, vient d’annoncer qu’elle souhaitait supprimer 900 emplois. Selon les syndicats, les entreprises rechignent à signer des accords d’activité partielle longue durée (APLD) dans l’aéronautique.

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 Chez Akka, un APLD était en discussion entre la direction et les partenaires sociaux avant d’être clôturé, le 3 décembre, sans aboutir.
Chez Akka, un APLD était en discussion entre la direction et les partenaires sociaux avant d’être clôturé, le 3 décembre, sans aboutir. MAXPPP/Denise Rossano

Airbus, Figeac Aero, Latécoère ou encore Mecachrome. Depuis la fin de l'été, les plans de licenciement dans le secteur aéronautique se comptent par dizaines. Dernier en date Akka. En début de semaine, le groupe d'ingénierie a annoncé qu'il envisageait de supprimer 900 emplois, dont 800 à Toulouse, 40 au Havre (Seine-Maritime) et le reste à Paris. Frontières fermées, compagnies aériennes clouées au sol et aéroports vides, le Covid-19 a fait chanceler l'industrie aéronautique française qui depuis des années affichait pourtant une santé presque insolente.

Pour éviter un massacre social, le gouvernement a sorti son arme anti plan social. Baptisé APLD, pour activité partielle de longue durée, le dispositif permet à l'employeur de conserver ses salariés même s'il ne peut pas les occuper à plein temps. Concrètement, la durée de travail du collaborateur est réduite au maximum de 40 % sur une période de 24 mois consécutifs ou non. Il reçoit 70 % de son salaire brut et l'Etat rembourse à l'entreprise 85 % de cette indemnité. Pour l'employeur le reste à charge est donc de 15 %. Une bonne idée!

Et pourtant, si l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) a été la première à signer un accord de branche en septembre, les partenaires sociaux font un cruel constat : « L'APLD, les entreprises n'en veulent pas, assure Robert Amade délégué syndical CGT Capgemini et coordinateur CGT aéronautique. Elles profitent de la crise pour faire le ménage et réembaucher quand la reprise sera là à des conditions sociales moindres. » Interrogé sur BFM mi-décembre, Laurent Berger avait mis en garde le gouvernement contre ces « plans sociaux d'aubaines ». « Il faudra être extrêmement rude avec ces entreprises pour dire : ce n'est pas le moment d'opérer ces plans sociaux », avait prévenu le secrétaire général de la CFDT.

« Le PSE, c'est la tentation du court terme »

A Bercy, aucun capteur n'enregistre officiellement ce phénomène… pour l'instant. Bien sûr, les PSE se multiplient dans la filière aéronautique et « nous ne minimisons pas les difficultés du secteur », insiste-t-on au cabinet d'Agnès Pannier Runacher. Mais la ligne reste la même : tout faire pour qu'ils demeurent l'exception, « tout faire pour permettre aux entreprises d'amortir le choc en préservant les compétences et les savoir-faire ».

« Le PSE, c'est la tentation du court terme, lâche un col blanc de la Direction générale des entreprises. Je mentirais en disant qu'elle n'existe pas dans les conseils d'administration, mais pour l'instant, elle est tenue à distance grâce à la crise de 2007-2008. Les sociétés qui ont supprimé de façon massive des contrats de travail ont eu des difficultés à rebondir lorsque la croissance est revenue. Elles ont retenu la leçon. »

Chez Akka, un APLD était en discussion entre la direction et les partenaires sociaux avant d'être clôturé, le 3 décembre, sans aboutir. « Les syndicats ont refusé de signer un accord dérogatoire qui permettait éventuellement de faire un PSE (NDLR : plan de sauvegarde de l'emploi plus communément appelé plan de licenciement économique) à l'issue de l'APLD, justifie la direction d'Akka. Nous ne pouvons pas prendre le risque d'être empêché de faire un PSE si la situation économique est toujours sinistrée dans 24 mois. »

S'inspirer du groupe Daher

Une justification qui fait grincer les partenaires sociaux, notamment ceux d'Airbus : « Nous avons un carnet de commandes de 7 300 avions sur huit à dix ans, constate Patrice Thebault, délégué central CGT. Et ça n'empêche pas Airbus de supprimer 2 200 emplois alors que l'accord APLD ne s'applique que sur un tiers des effectifs. »

Sur le dossier Akka, au ministère de l'Economie, certains hauts fonctionnaires nourrissent quand même l'espoir de « faire descendre le curseur en appliquant la bonne méthode ». Et de citer « l'exemple du groupe familial français Daher », constructeurs d'avions, d'équipements et de systèmes aéronautiques.

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« Ils ont pris tous les dispositifs que nous avions mis sur la table, résume, à Bercy, un bon connaisseur du dossier. Grâce à cela, ils ont divisé par deux les objectifs de leur plan de sauvegarde de l'emploi, passant de plus de 1 200 emplois au printemps à un peu plus de 600 postes cet automne. » Mais pour ce patron d'une petite PME de l'aéronautique : « L'APLD, c'est bien quand vous avez une perspective de reprise. Et quand vous être en apnée, comme moi, même 15 % de salaire a assuré quand il n'y a plus d'activité, c'est trop. »